Se nourrir vraiment durable, c'est possible ?

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Se nourrir vraiment durable, c'est possible ?

On estime que l’alimentation contribue à hauteur de 15 à 30% à l’impact carbone des pays développés et qu’elle pourrait donc être un levier en faveur de l’environnement. Une série d'études montre que les Français pourraient assez aisément réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à leur alimentation d‘environ 30%.

Selon la FAO, les régimes alimentaires durables sont « des régimes ayant de faibles conséquences sur l’environnement, qui contribuent à la sécurité alimentaire et nutritionnelle ainsi qu’à une vie saine pour les générations présentes et futures.

Les régimes alimentaires durables contribuent à protéger et à respecter la biodiversité et les écosystèmes, sont culturellement acceptables, économiquement équitables et accessibles, abordables, nutritionnellement sûrs et sains, et permettent d’optimiser les ressources naturelles et humaines » (FAO 2010). En se basant sur cette définition, l’alimentation durable repose sur 4 piliers : l’environnement, le socio-culturel, l’économie et la nutrition en lien avec la santé.

Les 4 piliers de l'alimentation durable

Peut-on concilier ces 4 piliers et comment ?

L’équipe de recherche en nutrition dirigée par Nicole Darmon, nutritionniste, épidémiologiste – UMR Moisa – Inra Montpellier –, a conduit en France (mais pas seulement) une série d’études dont l’objectif général est de clarifier les relations entre les quatre piliers de l’alimentation durable (selon FAO), tout en cherchant à identifier des choix alimentaires plus durables.

Ainsi, les Français pourraient réduire les EGES liées à leur alimentation d’environ 30% tout en respectant l’ensemble des recommandations nutritionnelles, sans coûts supplémentaires ni changements majeurs des consommations alimentaires : plus de fruits et légumes, moins de boissons alcoolisées et un peu moins de viande ; la quantité de produits laitiers n’est pas modifiée.

Au-delà de 40%, les changements alimentaires requis sont nettement plus importants, ce qui en compromet l’acceptabilité.

Eviter les raisonnements simplistes

L’alimentation et l’agriculture sont des enjeux primordiaux de ce que l’on nomme couramment développement durable. Ces enjeux sont au coeur des réflexions d’évènements majeurs, comme l’Accord de Paris sur le climat (Décembre 2015), ou encore les Etats Généraux de l’Alimentation qui ont eu lieu en France ces derniers mois.

Même si la notion d’alimentation durable est au centre des préoccupations sociétales depuis plusieurs années, c’est est une idée neuve car elle contraint à faire dialoguer les enjeux environnementaux, socio-culturels, économiques et nutritionnels de l’alimentation. Ces préoccupations sont partagées, non seulement par les consommateurs, mais bien entendu par les acteurs publics comme privés.

Et le dialogue sera en effet nécessaire tant est complexe l’étude de la durabilité de l’alimentation.

« Elle ne peut se limiter à des raisonnements simplistes qui tendraient à considérer qu’une alimentation végétale est nécessairement saine et durable » déclare Nicole Darmon.
« Les produits animaux n’ont pas tous un fort impact environnemental, ils ont leur place dans une alimentation durable. Une alimentation plus durable ne demande pas de changement radical, sinon d’augmenter un peu la part des produits végétaux vs animaux » a-t-elle ajouté.

Concilier nutrition, durabilité et culture alimentaire, c’est possible

Ces études innovantes montrent qu’une alimentation de bonne qualité nutritionnelle n’a pas forcément un faible impact carbone et qu’il est primordial de considérer à la fois la qualité nutritionnelle mais également l’acceptabilité sociale et culturelle lors de l’élaboration de recommandations pour une alimentation plus durable. Cet aspect socio-culturel est trop souvent écarté, il est pourtant une des clefs majeures du succès. Ce type de facteurs doit absolument rentrer en ligne de compte si l’objectif poursuivi est bien de faire durablement évoluer les comportements alimentaires.

Ces études confirment également qu’il est possible de rendre compatible les quatre dimensions de l’alimentation durable sous réserve de choix alimentaires avisés. Les résultats révèlent néanmoins la complexité de la question et mettent en garde contre des raisonnements simplistes tendant à assimiler végétal et durable, et/ou à éliminer des catégories entières d’aliments.

Un grand nombre de questions se posent néanmoins encore pour optimiser les recommandations. En termes de qualité nutritionnelle, ne faut-il pas par exemple tenir compte de la biodisponibilité ? En effet la biodisponibilité de certains nutriments, comme le fer, le zinc, le calcium ou la vitamine A, est meilleure s’ils sont fournis par des produits d’origine animale. Les résultats préliminaires montrent que si on introduit dans le modèle le paramètre biodisponibilité pour le fer et le zinc, la diminution de consommation de viande de la diète « plus durable » est moindre.

SOURCE : Centre de recherche et d'information nutritionnelles

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