Rythmes alimentaires : snacking et grignotage pour 1/3 des Français

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Rythmes alimentaires : snacking et grignotage pour 1/3 des Français

En partenariat avec le CRÉDOC et Thibaut de Saint Pol, l’Observatoire du Snacking décrypte les tendances de consommation des Français. Cet éclairage approfondi et sociologique de la pratique du « snacking à la française » ne remet pas en cause les trois repas traditionnels du modèle alimentaire français qui perdurent mais il apparaît comme une évolution de nos manières de manger.

Depuis quelques années, les enquêtes du CRÉDOC et de l’INSEE rapportent les signaux annonciateurs d’une mutation des habitudes alimentaires des Français.

Si le rituel des trois repas par jour semble bien ancré dans les pratiques, le petit déjeuner accuse une perte de vitesse chez les enfants comme chez les adultes, les consommations de fruits et de légumes chutent chez les jeunes générations, la structure des repas se simplifie avec une contraction du nombre de plats servis et la consommation de plats préparés augmente au détriment de celle des produits frais.

Pour autant, manger en France se conforme à un modèle bien établi : des horaires relativement fixes et communs au plus grand nombre, des prises alimentaires souvent à table et assis, et en compagnie d’autres individus (famille, amis, collègues…). Rappelons qu’en France, l’alimentation occupe en moyenne chaque jour 2 h 22 (enquête Emploi du temps - INSEE), que cette durée augmente légèrement tandis qu’elle a tendance à diminuer dans les pays voisins, et qu’un quart des repas sont pris à l’extérieur.

Trois grandes tendances de consommation hors repas

Si les occasions de consommation semblent nombreuses au cours de la journée (huit sont identifiées), trois grands moments « hors repas » rassemblent une majorité de Français :

  • le goûter (43,5 % des sujets),
  • l’apéritif (42,2 %),
  • pendant la matinée (34,4 %).

Les trois principaux repas de la journée restent encore relativement peu touchés par le snacking : 11,2 % en consomment à la place du petit déjeuner, 13,4 % à la place du déjeuner et 10,8 % à la place du dîner.

Deux autres moments de consommation hors repas interrogent davantage : l’un en début d’après-midi concerne 16 % des répondants, et l’autre en soirée/nuit rassemble 22,5 % des sujets.

Les pratique alimentaires s'adaptent aux contraintes de temps

L’analyse plus fine des données d’enquête indique une différence des pratiques de consommation hors repas selon qu’il s’agit de jour de semaine ou de week-end.

Les prises alimentaires hors repas en soirée se déroulent principalement le week-end évoquant l’envie de moments festifs et conviviaux (42,2 % à l’apéritif), tandis que les consommations hors repas de la journée sont plus fréquentes les jours de semaine (hors week-end).

Une grande diversité de pratiques selon les modes de vie

Les huit moments de consommation, hors contexte de repas identifiés, regroupent en réalité une grande diversité de pratiques, celles-ci étant fortement influencées par le mode de vie des sujets.

Ainsi, les consommations hors repas sont prises assis dans la grande majorité des cas (71 % des situations) et sans couverts (82 %), le plus souvent consommées sur le lieu de travail lorsqu’il s’agit d’une prise alimentaire à la place du petit déjeuner et du déjeuner (31,4 % et 29,2 %).

Au contraire, celles au moment de l’apéritif et celles au moment du dîner se déroulent principalement à domicile (76 %).

Enfin, si les consommations au moment de l’apéritif se déroulent en recevant des visiteurs pour 44,9 % des interrogés, celles à la place du dîner et la nuit se font souvent devant un écran (28,4 % et 45,3 %).

Il est à noter que les prises alimentaires à la place du petit déjeuner et du déjeuner se font respectivement pour 28 % et 22,5 % des interrogés dans les transports, en faisant les courses, en attendant un RDV ou au sport.

Différentes situations selon les moments de la journée

Ces prises alimentaires hors repas ne sont pas systématiquement solitaires. La commensalité (partage du repas à plusieurs) est présente dans 46 % des prises hors repas des 7 jours de la semaine.

L’heure de l’apéritif est en particulier le moment le plus convivial et festif puisque les consommations hors repas se font dans 75 % des cas à plusieurs convives ou en recevant des visiteurs (44,9 % des cas), tandis que celles du petit déjeuner et celles de la nuit sont le plus souvent solitaires (71 % et 66 % les prennent seuls, respectivement).

Habitudes et motivations de consommation hors repas

Les consommations hors repas sont relativement fréquentes durant la semaine de sept jours : 38 % des sujets répondent consommer au moins un hors repas tous les jours ou presque et 35 % deux à trois fois par semaine.

Loin de bouleverser leurs habitudes, les Français optent pour des prises hors repas très cohérentes avec le moment de leur consommation :

  • Les consommations prises à la place du petit déjeuner empruntent les codes d’un petit déjeuner classique avec une boisson chaude consommée dans 36 % des cas, une boisson sucrée (31 %), des céréales/biscuits sucrés (29 %) ou un fruit (24 %). Si certains produits gras ou salés sont parfois présents (comme les chips consommées par 22 % des interrogés), la praticité plus que la rupture avec les grands classiques semble ici recherchée. De même, la consommation de la matinée semble correspondre à un petit déjeuner décalé.

  • La consommation sur la pause déjeuner prend des airs de pique-nique à la française, mêlant le salé au sucré. Le fromage est le grand gagnant (consommé dans 25 % des cas) juste avant les boissons chaudes (24 %), les fruits et/ou chips (22 %) et la charcuterie (21 %).

  • La présence d’aliments sucrés caractérise les consommations de l’après-midi. En tout début d’après-midi, le chocolat arrive en tête des préférences (consommé dans 24 % des cas) après les boissons chaudes (34 %) et devance les boissons sucrées (21 %) et les céréales/biscuits sucrés (16 %). A l’heure du goûter, ce sont les céréales/biscuits sucrés (31%) qui occupent la seconde place après les boissons chaudes (33 %). Les fruits et le chocolat sont présents dans 19 % des cas.

  • Moment de détente et de plaisir, l’apéritif reste très traditionnel avec la présence d’alcool, de biscuits salés ou chips, de fruits à coques/graines et de boissons sucrées. Lorsqu’elle prend la place du dîner, la consommation se joue autour de quatre grands classiques : la charcuterie, les chips, le fromage et les biscuits salés. La fin de soirée et la nuit sont marquées par le retour du sucré au travers d’aliments réconforts.

La plaisir avant tout, sans culpabiliser !

Le plaisir est la première des motivations qui guident ces moments de consommation. 38 % des hors repas sont pris pour le plaisir qu’ils procurent aux Français.

La deuxième raison de cette prise hors repas est physiologique : il s’agit pour 28 % des hors repas de satisfaire un besoin, « couper la faim ».

Manger hors repas est aussi associé à un moment de détente « pour décompresser » ou passer un bon moment en famille ou entre amis pour 17 % des occasions. L’apéritif est notamment un des moments de partage cité.

Enfin, 16 % des hors repas sont consommés afin d’obtenir de l’énergie.

À ces motivations axées sur le plaisir et le besoin, s’ajoutent dans une moindre mesure des motifs de praticité ou pour répondre à des stimuli négatifs. Il s’agit par exemple pour 8 % des cas de manger pour « patienter et tromper l’ennui », de manger sur le pouce « par manque de temps » (7 % des hors repas) ou suite à des émotions négatives comme le stress ou l’humeur maussade (5 % des hors repas).

La recherche de plaisir, d’énergie ou de partage semble payante : 88 % des hors repas sont à l’origine de satisfaction. Ces consommations sont conscientes et raisonnées dans 74 % des cas : les Français se sentent alors capables d’arrêter de manger ou de boire lorsqu’ils le souhaitent. Enfin, elles sont non culpabilisantes pour une large proportion des personnes interrogées : 86 % des hors repas n’entraînent pas de culpabilité.

Les 5 profils types de « snackeurs »

L’enquête de l’Observatoire du Snacking permet de distinguer 5 profils de snackeurs. Les adeptes de l’apéritif (12 %), les « pressés » qui snackent plutôt à la place des repas (11 %) et qui sont pour la plupart des jeunes, les grands snackeurs (15 %) qui sont plutôt des femmes qui consomment par plaisir et aussi pour décompresser, les habitués des pauses café au travail (17 %) qui sont plutôt des hommes qui snackent souvent en matinée et enfin les snackeurs solitaires (33 %) le plus souvent à la maison.

« La définition de ces 5 profils types de snackeurs permet d’avoir une vision plus précise des comportements alimentaires des Français en dehors des repas. Il semble ainsi qu’il y ait un allongement de la journée alimentaire, sans forcément induire une hausse de l’apport calorique comme le montrent d’autres études. Les trois repas restent incontournables et continuent de structurer la journée des Français, mais ils coexistent désormais avec de nouvelles formes d’alimentation. » commente Thibaut de Saint Pol. Il précise que « l’émergence de ces nouveaux rituels alimentaires est notamment liée aux évolutions de nos rythmes et de nos modes de vie. »

Les adeptes de l’apéritif

Ils prennent ces prises alimentaires hors repas pour passer un bon moment. Ils se sentent satisfaits et n’ont pas de culpabilité à le faire.

Ils mangent plutôt assis, entre amis, avec de la famille, avec leur conjoint, pour passer un moment convivial. Ils consomment généralement des produits de type « apéritif » plutôt le week-end.

Les « pressés »

Ils prennent ces repas sur le pouce, plutôt debout, avec des couverts, par plaisir ou gourmandise et se sentent satisfaits. Ils sont capables d’arrêter de manger mais culpabilisent.

Ils mangent principalement des fruits, des produits sucrés, des produits laitiers, des chips, des graines... à la place des repas principaux : petit déjeuner, déjeuner et dîner.

Les grands snackeurs

Ils prennent ces prises alimentaires hors repas pour passer un bon moment, par plaisir... ou pour décompresser. Et ils se sentent satisfaits.

Ils mangent plutôt à plusieurs, entre amis, avec la famille, avec leur conjoint, des collègues. Ils consomment généralement ces prises alimentaires hors repas (plutôt de type produits sucrés, chips, graines) tout au long de la journée, le week-end mais également en semaine.

Les habitués des pauses au travail

Ils mangent au travail, pendant une pause, plutôt le matin, debout, sans couvert, avec des collègues... et sans culpabiliser.

Ils consomment généralement ces prises alimentaires hors repas (plutôt du type produits sucrés, charcuterie, biscuits salés) tous les jours ou presque.

Les snackeurs solitaires

Ils mangent plutôt seul, à domicile, assis, sans couvert, devant un écran. Ils se sentent moins capables d’arrêter de manger et sont moins satisfaits.

Ils consomment généralement ces prises alimentaires hors repas (plutôt du type produits sucrés, charcuterie, biscuits salés et parfois alcool) pratiquement tous les jours.

Le snacking, une adaptation à la vie moderne

En France, les repas traditionnels perdurent et cohabitent avec les moments de snacking. Des nouveaux rituels accompagnés de nouvelles organisations sociales émergent de ces pratiques notamment pour gagner du temps le midi, s’adapter aux nouveaux usages professionnels (télétravail, co-working, etc.) ou pour s'offrir une pause gourmande au goûter. On note un vrai boom à l’heure de l’apéritif pris le plus souvent le week-end, et à plusieurs (75 %) traduisant une nouvelle forme de sociabilité.

« Le snacking en France n’amène pas à la déstructuration des repas traditionnels qui perdurent largement. Il semble plutôt contribuer aujourd’hui à structurer de nouveaux rituels de consommation, souvent construits comme les repas, avec des règles, mais aussi des moments de loisirs ou de sociabilité. », analyse Thibaut de Saint Pol.

Les encas, pauses et autres prises alimentaires hors repas ou à la place des repas traditionnels sont fréquents, très pratiqués au travail chez les actifs, et davantage à la maison chez les retraités. Les résultats de cette enquête menée par l’Observatoire du Snacking montrent que même si la consommation des Français reste largement traditionnelle, ils adoptent progressivement de nouvelles tendances alimentaires.

Le snacking peut-il s’intégrer au modèle alimentaire français ?

Les données de cette enquête combinées à celles des enquêtes du CRÉDOC et de l’INSEE permettent d’envisager le snacking comme une évolution des habitudes qui n’amène pas à la déstructuration des repas traditionnels. Les trois repas traditionnels perdurent, restent des moments incontournables dans le contexte culturel des Français tout en évoluant et en s’adaptant aux contraintes de vie.

Autrement dit, plutôt que de remettre en cause le « modèle alimentaire » français, le snacking semble constituer une évolution de nos manières de manger.

Si les prises alimentaires se multiplient, elles sont l’occasion de nouveaux moments ritualisés, conservant certaines particularités du modèle traditionnel et créant ses propres règles. Enfin, il n’est pas forcément synonyme de « malbouffe ».

SOURCE : Observatoire du Snacking

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