Quelles sont les habitudes alimentaires des ménages dans une métropole ?

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Quelles sont les habitudes alimentaires des ménages dans une métropole ?

Les progrès de l’alimentation ont accompagné l’avènement de la consommation de masse. Ils ont permis d’optimiser la conservation des aliments, leur praticité, les quantités disponibles, la sûreté et la traçabilité des produits… Pourtant, ce modèle de développement, touché par plusieurs crises ou scandales sanitaires, soulève de nombreux questionnements dans le champ économique et auprès des consommateurs. Les décideurs publics, comme les citoyens, la société civile et les acteurs économiques, interrogent l’alimentation dans ses liens avec le territoire, la santé, l’environnement, etc. Mais comment appréhender ces nouveaux questionnements et leurs conséquences sur le système alimentaire territorial ?


À l’occasion de la seconde édition du Nantes Food Forum (*), qui se déroule du 3 au 7 octobre 2018, l'Agence d’urbanisme de la région nantaise (Auran) à livré les principaux résultats de la première enquête réalisée sur les pratiques et habitudes alimentaires des ménages de la métropole nantaise., réalisée auprès de 1 500 ménages au printemps dernier. Voici la synthèse des premières conclusions apportées par cette étude très riche en enseignements qui a déjà fait l’objet de plusieurs publications thématiques.

Une « consommation de masse » pas si homogène que ça

Si le développement de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution alimentaire a pu conduire à standardiser les comportements alimentaires des ménages, cela ne semble plus tout à fait le cas aujourd’hui. Une offre alimentaire sans cesse renouvelée a augmenté le panel des pratiques et habitudes alimentaires, tout en affaiblissant leur prévisibilité. S’ajoutent des marqueurs socio-économiques forts (revenus, niveau de diplôme…) ou personnels (statut familial, sensibilité écologique…) qui induisent une grande diversité des pratiques d’achat et de consommation fortement différenciés entre les ménages.

Le système de production et de distribution peut-il répondre aux nouvelles attentes d’un nombre croissant de ménages tout en tenant compte des facteurs socioéconomiques (revenus, âge…) ? Cela relève-t-il de l’action publique locale ? Dans quelle mesure ? Avec quelle efficacité ?

Des inégalités sociales perceptibles dans les pratiques de consommation alimentaire

Plus d’un ménage sur cinq a récemment renoncé à acheter un produit alimentaire car il était trop cher. Les ménages les plus pauvres sont directement impactés par les phénomènes de frugalité alimentaire. La diversification des attentes et de l’offre en cours peut conduire à renforcer les écarts entre consommateurs et leurs possibilités de choix. Afin de lier les politiques de lutte contre la pauvreté au projet alimentaire territorial, un diagnostic sur la précarité alimentaire des ménages s’avère nécessaire, en lien avec une étude approfondie sur l’aide alimentaire et ses bénéficiaires.

Comment éviter une nouvelle « fracture » alimentaire entre ceux qui auront les moyens de faire évoluer leur consommation vers plus de qualité et les autres ?

Une relation entre « local » et « bio » à éclaircir

Les habitants de l’agglomération nantaise nourrissent des attentes fortes vis-à-vis des productions locales, qu’ils situent à l’échelle régionale et départementale. Les ménages connaissent la richesse du territoire régional, grand producteur et exportateur de produits agricoles. Les attentes des ménages en termes de santé et d’environnement conduisent les ménages à porter une attention particulière aux produits locaux de manière complémentaire aux produits issus de l’agriculture biologique. Et particulièrement pour les légumes et fruits frais. Pourtant, le local ne s’oppose pas au bio et 26 % des ménages achètent régulièrement des légumes locaux ainsi que des légumes bios.

Quelle place, dans une région agricole fortement exportatrice, à une production « locale » et « bio » répondant aux besoins des 630 000 habitants de la métropole nantaise ?

Des pratiques de consommation influencées par le système de distribution

Les comportements des ménages évoluent au sein d’un système socioéconomique marqué autant par la distribution que la production. Les achats en moyenne et grande surface restent largement majoritaires pour l’ensemble des produits frais alimentaires. Néanmoins, les ménages tendent à diversifier les formats de vente en jouant la carte de la diversification, de la proximité géographique et physique et de la qualité. Pour les légumes, fruits, viandes et poissons, les commerces spécialisés tirent leur épingle du jeu. C’est aussi le cas des supérettes de proximité, davantage fréquentées pour l’achat de produits frais que les enseignes bios ou le hard-discount.

Comment faire évoluer la complémentarité des formats de vente, adossés très majoritairement à quelques grandes enseignes, au profit d’une plus forte diversité de l’offre ?

Des circuits courts à la traine

Les achats en Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne (AMAPs), vente directe, réseaux d’achat groupé/magasins de producteurs restent aujourd’hui très minoritaires dans les pratiques et habitudes alimentaires des ménages. Les marchés constituent en revanche un lieu dans lequel une part importante des ménages entendent pouvoir trouver une offre en produits locaux et issus de l’agriculture biologique (particulièrement les fruits et les légumes). Une part des ménages réalise également une partie de leurs achats de produits locaux ou issus de l’agriculture biologique dans les superettes et enseignes de la grande distribution.

Développer les circuits courts et la consommation de produits locaux, est-ce la même chose ?

Transition numérique et alimentation locale

Afin de répondre aux attentes exprimées en matière de transparence et d’informations sur les conditions de production des produits alimentaires tout en permettant de répondre aux attentes en matière de proximité et de services exprimées par les ménages, le numérique va probablement dans les prochaines années jouer un rôle déterminant dans la diffusion de nouveaux modèles alimentaires (drive, plateformes, livraison…). Les nouvelles générations utilisent d’ores et déjà les services offerts par le numérique et se disent davantage prêtes à le faire dans leurs pratiques et habitudes de consommation alimentaire. De nouveaux services émergeront sans doute en lien avec d’autres usages alimentaires que la simple question de la consommation et des achats alimentaires (recettes, notation, santé...). Le développement du numérique peut être une chance et un support pour développer les circuits courts, la production et la consommation locale.

Comment accompagner efficacement et accélérer le développement des innovations numériques pour développer la consommation locale ?

L’évolution constante des habitudes alimentaires

Une large majorité des ménages déclarent que leurs habitudes d’achat et/ou de consommation alimentaires ont évolué ces trois dernières années. Ils expriment la volonté d’une alimentation saine, équilibrée, limitant la consommation d’additifs et l’expliquant par un souci accru pour leur santé et limitant leur impact sur l’environnement. Ces attentes exprimées largement répandues et qui transcendent les facteurs socio-culturels constituent une tendance de fond qui aura nécessairement à moyen terme des répercussions sur les déterminants de la consommation alimentaire.

Les politiques publiques locales peuventelles agir sur la transformation du système alimentaire tout en répondant aux impératifs d’une économie agricole locale exportatrice ?

L’alimentation, un sujet qui ne laisse pas indifférent

L’action publique a besoin d’outils d’analyse préalables si elle ne veut pas se limiter à se fixer des orientations de portée générale dans le cadre des projets alimentaires territoriaux. Afin de saisir les ruptures et continuités des différents modèles alimentaires, de pouvoir mesurer et suivre les évolutions, la réalisation de ce type d’enquête sur les pratiques alimentaires des ménages devra pouvoir être reconduite de manière régulière. Ne concernant que l’alimentation à domicile des ménages, elle devra aussi être complétée par des études sur la restauration hors domicile (cantines, restaurants d’entreprises, snacking, restaurants, etc.).

Comment améliorer la connaissance des composantes de la production, la transformation, la distribution et de la consommation alimentaire pour structurer des politiques alimentaires territoriales pertinentes, efficientes et efficaces ?

Co-organisé par Le Voyage à Nantes et Alimentation Générale, Le Nantes Food Forum revient pour une deuxième édition, du 3 au 7 Octobre 2018, dans les murs de l’École d’architecture, de l’École des Beaux-Arts, de l’amphithéâtre Kerneïs, du Studio 11/15, de Bras de Fer et de La Cantine du Voyage.

L’objectif de cet événement unique est de proposer au grand public de se réunir autour d’acteurs majeurs venus du monde entier pour rejoindre la table de cette grande famille internationale, pour imaginer ensemble que manger mieux n’est pas une douce utopie réservée à quelques-uns.

Durant 5 jours, le Nantes Food Forum déploie un large éventail de formats, autour du thème Manger demain. Producteurs, distributeurs, restaurateurs, universitaires, décideurs politiques, et bien sûr, citoyens engagés partageront leur expérience et initiatives innovantes lors de leçons inaugurales, controverses, ateliers de réflexion et activités interactives, sans oublier le public prioritaire des mangeurs de demain qui auront leur Mini Nantes Food Forum.

Être à la fois professionnel et grand public, tel est le but du Nantes Food Forum, en programmant master-class, conférences et tables rondes de haut niveau mais également des événements, conviviaux et savoureux.

Accès à la billeterie ici.

SOURCE : Agence d’urbanisme de la région nantaise

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