Plan de prévention santé : la nutrition en première ligne

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Plan de prévention santé : la nutrition en première ligne

Comme le défini parfaitement l’OMS, « la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité ». Cela conduit à se poser la question plus largement de la qualité de vie, à tous les âges de la vie. De nombreux facteurs contribuent à améliorer ou dégrader la santé et la nouvelle politique de prévention du gouvernement vient d'annoncer 25 mesures phares, parmi lesquelles certaines ciblent directement des facteurs de risques évitables liés à l'alimentation et l'activité physique.


Une alimentation saine et équilibrée constitue une des meilleures préventions contre les maux qui touchent nombre de nos concitoyens comme l’obésité, le diabète, les maladies cardio-vasculaires. C’est pourquoi j’ai placé l’éducation à l’alimentation de nos jeunes, l’information du consommateur quant au contenu des produits alimentaires, la lutte contre le trop salé, trop gras trop sucré, au cœur de la feuille de route issue des Etats généraux de l’Alimentation. Je proposerai aussi au Parlement de voter pour que la restauration collective publique propose d’ici 2022, 50% de produits bio, sous signe de qualité et locaux dans les assiettes des écoles, des crèches, des hôpitaux… Il s’agit d’un engagement collectif.
Stéphane Travert - Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation

Supplémenter en vitamine B9 les femmes enceintes et en désir de maternité

Les anomalies de fermeture du tube neural, à l’origine de malformations de la moelle épinière, sont une des malformations néonatales les plus fréquentes : on estime qu’elles représentent 1 naissance pour 1 000 (naissances vivantes, mort-nés et interruptions médicales de grossesse). La vitamine B9 (ou acide folique ou folates) joue un rôle important dans le bon développement du système nerveux de l’embryon et intervient notamment dans la fermeture du tube neural.

Compte tenu de l’insuffisance d’apport en vitamine B9 dans la population générale (essentiellement apportée par les légumes feuilles dans l’alimentation), une supplémentation médicamenteuse systématique des femmes avant la conception et au cours de grossesse est recommandée.

Supplémenter systématiquement les femmes qui souhaitent avoir un enfant, au moins 4 semaines avant la conception et au moins durant les deux premiers mois de grossesse. Mener des campagnes de sensibilisation des femmes et des professionnels de santé concernés.

Mieux prévenir les consommations à risque et mieux repérer les addictions pendant la grossesse

Les pratiques addictives pendant la grossesse, et notamment la consommation de tabac et d’alcool, sont des facteurs de risques importants pour la santé de la mère et de son enfant. Elles sont à l’origine de lourdes complications telles que les accouchements prématurés, la mort subite du nourrisson ou des anomalies chez l’enfant. La consommation de tabac durant la grossesse augmente de trois fois le risque de mort in utero au début de la grossesse ainsi que le risque de naissance prématurée. On estime par ailleurs que 700 à 1 000 enfants sur l'ensemble des naissances annuelles, seraient concernés par le syndrome d’alcoolisation fœtale.

Afin de mieux sensibiliser les femmes enceintes aux consommations à risque pour elle-même et leur enfant et permettre ainsi notamment l’arrêt de la consommation d’alcool et le sevrage tabagique, il est par exemple prévu d"améliorer la visibilité du message sanitaire « zéro alcool pendant la grossesse » sur les contenants d’alcool en augmentant notamment significativement la taille du pictogramme « interdit aux femmes enceintes »...

Mieux informer la population sur les risques des produits chimiques de consommation courante

L’exposition aux produits chimiques par l’utilisation de divers produits dans notre quotidien, notamment les perturbateurs endocriniens, et leurs effets potentiels sur la santé, représente une préoccupation croissante de la population en particulier chez la femme enceinte.

L'objectif est donc d'informer la population sur les produits chimiques de consommation courante et sur les moyens de s’en protéger afin d’en limiter les effets potentiels sur la santé, notamment en créant d’ici fin 2018, un site internet d’information du public.

Prévenir l’obésité chez les enfants, par une promotion renforcée de l’activité physique

En 2014, la moitié des adultes était en surpoids ou obèse (un adulte sur six était obèse). Concernant les jeunes, le taux de surpoids chez les 5-6 ans était en 2013 de 11,9 % (dont 3,5 % d’obésité); pour les 10-11 ans, il était à 18,1 % (dont 3,6 % d’obésité). L’obésité infantile est un facteur prédictif de l’obésité à l’âge adulte : la probabilité qu’un enfant obèse le reste à l’âge adulte varie selon les études de 20 à 50 % avant la puberté à 50 à 70 % après la puberté.

Pour lutter contre le surpoids et l’obésité, il importe d’agir dès l’enfance à la fois Les bénéfices pour la santé de la pratique régulière d’une activité physique sont avérés, quels que soient l’âge et le sexe.

Une expérimentation de prévention de l’obésité chez les enfants de 3 à 8 ans a été lancée récemment dans 4 départements (Nord, Pas de Calais, Seine St Denis et la Réunion) qui permet au médecin traitant de l'enfant de prescrire, dans le cadre d’un forfait, des consultations diététiques, des bilans d'activité physique ou des consultations psychologiques, en fonction des besoins et de la situation de l'enfant et de sa famille. Ces consultations et ces bilans sont réalisés par des professionnels de santé ou des psychologues appartenant à des structures sélectionnées, sur la base d’un cahier des charges, par les caisses primaires d'assurance maladie et les agences régionales de santé.

Afin de tenter de réduire le surpoids et l’obésité plus efficacement chez les enfants, il s'agit donc de poursuivre et de renforcer pour 3 ans l’expérimentation de la prévention de l’obésité menée avec l’assurance maladie chez les jeunes de 3 à 8 ans en complétant le forfait avec la proposition de séances d’activité physique selon les besoins et la motivation de l’enfant et de sa famille.

Etendre le Nutri-Score à la restauration collective et commerciale et aux produits alimentaires manufacturés non préemballés

Le Nutri-Score recommandé par les pouvoirs publics depuis octobre 2017 sur les denrées alimentaires est un logo qui informe sur la qualité nutritionnelle simplifiée en complément de la déclaration nutritionnelle obligatoire (indication des teneurs en matières grasses, acides gras saturés, sel, sucre, protéines) fixée par la réglementation européenne. Son application, facultative, repose sur le volontariat des entreprises de l’agroalimentaire et des distributeurs.

Avec plus de 3,1 milliards de prestations servies chaque année, la restauration collective représente près de la moitié de la restauration hors domicile. Elle doit répondre aux besoins physiologiques et nutritionnels des convives, et donc leur fournir des aliments sûrs, sains, en quantité suffisante et à leur goût, dans un budget maîtrisé et un temps contraint. Elle doit s’adapter à une grande diversité de situations et de besoins, de la crèche à l’entreprise, en passant par l’école ou l’université.

Le Nutri-Score participe de l’amélioration de l’information nutritionnelle figurant sur les produits et ainsi aide les consommateurs à acheter des aliments de meilleure qualité nutritionnelle.

Le nouvel objectif d'étendre l'utilisation du Nutri-score à la restauration collective et commerciale est double

  • Mieux informer les consommateurs sur la qualité nutritionnelle des repas servis en restauration collective et commerciale afin notamment de réduire les apports en sel, sucres, et augmenter les apports en fibres ;

  • Mieux informer les consommateurs sur la qualité nutritionnelle des denrées alimentaires manufacturées vendues en vrac et non préemballées (céréales, gâteaux, bonbons, pain, etc.) ne disposant pas d’étiquetage nutritionnel.

Cependant cela nécessite d’adapter le Nutri-Score aux caractéristiques de la restauration collective et des produits alimentaires manufacturés non préemballés. La mise en place progressive se fera à partir de janvier 2020 et sur la base du volontariat.

Cette mesure phare a vocation à être mise en œuvre dans tous les lieux de restauration fréquentés par les enfants afin que cette représentation graphique simple et intuitive contribue à l’éducation nutritionnelle des enfants à l’école et en famille afin d’améliorer leurs choix.

En outre, grâce au projet de loi résultant des Etats généraux de l’alimentation en cours d’examen, les repas servis dans les services de restauration collective des personnes publiques, notamment scolaire, devront comprendre, à l’horizon 2022, 50% des produits bénéficiant de signes de qualité ou de mentions valorisantes, dont au moins 20% issus de l’agriculture biologique.

Réduire la consommation de sel de 20 % dans la population française

Une consommation excessive de sel est un des facteurs majeurs de risque de développement d’hypertension artérielle. L’OMS a fixé un objectif de consommation maximum de sel de 5g/jour. En France, la consommation moyenne est de 8g/j. On n’observe plus de réduction de cette consommation depuis 2006. 85 % du sel consommé provient du sel contenu dans les aliments et 25 % provient du seul pain. L’OMS estime que la baisse de la consommation de sel (de 10 à 5 g/j) permettrait de réduire le taux global d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) de 23 % et les taux de maladies cardiovasculaires de 17 %.

L'objectif est donc de réduire d'ici 5 ans la consommation de sel dans la population française de 20 % en incitant les industriels, par des mécanismes d’auto-régulation, à réduire la teneur en sel des aliments (de 10 % par exemple) et à améliorer en complément le contenu en autres nutriments d’intérêt pour la santé.

Mobiliser les industriels pour réduire l’exposition des consommateurs aux perturbateurs endocriniens

Un certain nombre d’affections de la santé humaine sont aujourd’hui suspectées d’être la conséquence d’une exposition aux perturbateurs endocriniens : malformations congénitales, diminution de la fertilité, puberté précoce, cancers hormono-dépendants, troubles du développement neuronal. Ces substances se retrouvent dans une large gamme de produits de consommation courante, mais également dans l’environnement.

L'objectif est de mobiliser les industriels pour réduire l’exposition des consommateurs aux perturbateurs endocriniens et développer l’information au grand public. Susciter des engagements volontaires des industriels et des distributeurs pour substituer, dans les produits de consommation courante, les substances pouvant présenter des propriétés de perturbation endocrinienne, informer les consommateurs par la diffusion de messages de prévention ou par un étiquetage par exemple.

SOURCE : Comité interministériel pour la santé

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