Nutrition et santé : de la science à la pratique

Temps de lecture : 7 min

Nutrition et santé : de la science à la pratique

Du 7 au 9 novembre derniers s’est tenue la 8e édition de la conférence EGEA. Réunissant plus de 300 participants internationaux, EGEA 2018 appelle à mettre en cohérence l’avenir des systèmes agricole et alimentaire avec la santé des personnes et au bénéfice des individus et de la planète.


« Que ton alimentation soit ta première médecine », … Le lien entre ce que nous mangeons et notre santé est connu de longue date. Une alimentation de mauvaise qualité nutritionnelle est considérée par l’OMS comme un des principaux facteurs de risque pour notre santé, au même titre que le tabac ou l’alcool. L’obésité touche un adulte sur huit dans le monde. Dans l’Union européenne, un enfant sur trois est en surpoids ou obèse. Face à cette situation et dans le contexte de la décennie d’action des Nations-Unies pour la nutrition, s’est tenue à Lyon la conférence EGEA « Nutrition et santé : de la science à la pratique ».

Cette 8e édition de la conférence EGEA s’est tenue cette année à Lyon du 7 au 9 novembre 2018. Elle a réuni plus de 300 participants – scientifiques internationaux, professionnels de santé, décideurs politiques, représentants de la société civile et professionnels des fruits et légumes – en provenance d’une trentaine de pays.

A la clé de ces trois jours d’échanges :

  • un état des lieux des connaissances sur l’alimentation et la prévention des maladies chroniques ;
  • des clés pour les médecins afin que la prévention puisse prendre plus de place dans leur pratique ;
  • des recommandations plus larges, pour que le système alimentaire devienne plus sain et durable.

Des recommandations concrètes, fondées scientifiquement

Comme l’ont souligné Vytenis Andriukaitis et Phil Hogan, les commissaires européens respectivement chargés de la Santé et de l’Agriculture dans leur préface à la 8e édition d’EGEA :

« En réunissant l’ensemble des parties prenantes pertinentes, EGEA a pour vocation de faciliter les échanges sur la manière de garantir une agriculture durable, des aliments nutritifs et sains et, de fait, une population en bonne santé ».
Tout au long de cette 8e édition, 54 intervenants ont exposé les dernières avancées en matière de nutrition et santé. De larges temps d’échange ont permis d’élaborer des recommandations concrètes, scientifiquement fondées.

Encourager la consommation de fruits et légumes, dès le plus jeune âge

Au plan scientifique, le constat est clair :

  • une alimentation saine riche en fruits et légumes est non seulement bonne pour la santé humaine mais également pour la planète.
  • Un mode de vie et une alimentation saine, riche en fruits et légumes contribuent à prévenir de nombreuses maladies chroniques, à prolonger l’espérance de vie et à améliorer la qualité de vie à tout âge. Il s’agit d’un équilibre général entre les bénéfices des fruits et légumes et les risques éventuels. Il n’y a jamais eu d’étude ayant montré que les fruits et légumes ne sont pas bons pour la santé. Par contre, une faible consommation de fruits et légumes est un facteur de risque pour notre santé.

Malgré ce consensus, les niveaux de consommation observés restent insuffisants. Il est ainsi impératif de changer les habitudes alimentaires et d’augmenter la consommation de fruits et légumes, notamment chez les plus jeunes.

« Il faut toucher les enfants le plus tôt possible. Il est plus facile de construire les habitudes que de les défaire » Margherita Caroli, pédiatre

« Les interventions réalisées chez des enfants d’âge pré-scolaire, dans les crèches par exemple, sont 7 fois plus efficaces que celles réalisées chez les 6-11 ans » Daniel Weghuber, pédiatre, président d’ECOG

Les professionnels de santé, des acteurs clés

En tant qu’acteurs centraux de la santé, les médecins ont un rôle clé à jouer en matière de prévention et d’information des individus. Pourtant, pour nombre d’entre eux le conseil nutritionnel est un sujet difficile à aborder, notamment du fait d’un environnement non facilitant, d’un manque de temps et de formation. Ce manque de formation, tant au plan théorique qu’au plan de la pratique et du savoir-être a été fortement souligné. Les représentants du corps médical présents sont unanimes sur la nécessité de faire évoluer le cursus de formation des médecins.

« Notre système de santé et la formation de nos médecins sont axés sur le curatif. Les médecins et certains de nos étudiants ne se rappellent pas avoir eu des cours de nutrition ! » Martine Laville, praticien hospitalier et professeur de nutrition à l’Université Lyon 1

Afin d’améliorer la prévention et la prise en charge des maladies chroniques, l’idéal serait qu’un dialogue médecin-patient puisse s’instaurer et inclure des conseils réguliers sur le mode de vie et l’alimentation, dans le respect du patient, de ses attentes et en tenant compte du contexte propre à chacun.

« Les soins doivent être adaptés à chaque patient. Le médecin doit pouvoir écouter et comprendre les soucis du patient, son contexte individuel, mais également l’inclure lui et sa famille dans la définition des objectifs et la manière dont on peut les atteindre : cela nécessite de la patience et du respect. » Anna Stavdal, médecin de famille, présidente de WONCA Europe

Renforcer la coopération entre médecin et diététicien

La prévention des maladies chroniques doit s’inscrire dans la durée et se fait idéalement par une équipe pluridisciplinaire. La complémentarité entre le médecin et le diététicien a particulièrement été soulignée pour le suivi des patients. Afin d’accroitre cette complémentarité, une meilleure connaissance mutuelle est nécessaire. Par ailleurs, de nouvelles politiques de remboursement des consultations des diététiciens sont attendues comme cela existe déjà dans quelques pays européens (Pays-Bas, Portugal, Royaume Uni). Actuellement, le non remboursement de ces consultations constitue un frein réel.

Faire des écoles un lieu du « bien manger »

Les écoles et leurs alentours doivent être des environnements protégés permettant aux enfants de prendre et d’expérimenter des habitudes alimentaires saines. Pour permettre aux écoles de jouer pleinement ce rôle, l’achat d’aliments sains permettant d’assurer des repas scolaires répondant aux normes nutritionnelles est un levier important.

Le programme communautaire « Fruits, légumes et lait à l’école » constitue un outil de choix pour les États-membres car il permet de combiner la mise à disposition de fruits et légumes avec des actions éducatives, environnementales et familiales. Le médecin et plus particulièrement le médecin généraliste joue un rôle important car il peut contribuer à l’élaboration, au suivi et l’évaluation de ces actions. Des mesures doivent également être prises pour rendre les alentours des écoles sains au plan alimentaire, tel que cela est fait au Chili.

Améliorer les systèmes alimentaires, pour l’homme et la planète

Les systèmes alimentaires continuent de subir une rapide transformation affectant nos choix et nos modes de consommation. A l’heure actuelle, l’environnement alimentaire n’encourage ni les choix alimentaires sains ni la population à être en bonne santé. Ces évolutions et l’influence des techniques de marketing alimentaire, ont particulièrement augmenté la consommation des aliments à densité énergétique élevée et celle des produits ultra transformés bénéficiant de vastes promotions commerciales notamment à l’égard des enfants. Ceci contribue à l’insécurité alimentaire chez les populations défavorisées n’ayant pas accès à une alimentation saine.

« Les enfants sont une cible privilégiée des marques et les moyens utilisés pour les toucher sont nombreux et parfois insidieux : télévision, presse, réseaux sociaux, sponsoring d’associations sportives, récompenses ou encore partenariats avec des personnalités à qui ils font confiance, comme des sportifs ou des youtubeurs ». Emma Boyland, Maître de conférence à l’Université de Liverpool

Ainsi, il est nécessaire de :

  • réglementer le marketing des produits nutritionnellement « malsains », en particulier ceux destinés aux plus jeunes ;
  • proposer une offre alimentaire plus saine, adaptée aux nouvelles habitudes de consommation, afin que le choix sain devienne le choix le plus facile ;
  • inviter les produits sains tels que les fruits et légumes à s’emparer des méthodes innovantes de marketing alimentaire afin d’accroitre la visibilité et la désirabilité de ces produits.

Un défi, exigeant la contribution de chacun

Pour encourager les modes de vie favorables à la santé et faire du choix alimentaire sain le choix le plus simple, la contribution de chacun est primordiale. Comme l’a indiqué le

  • Pr. Elio Riboli, président permanent d’EGEA :
    « Ce n’est plus une question scientifique, c’est à présent un choix de société ».

    Ce constat est partagé par les commissaires européens chargés de la Santé et de l’Agriculture :

    « C’est maintenant à nous de mettre en pratique cette volonté, d’en discuter, de coopérer, de partager les meilleures pratiques, de tirer les enseignements de nos succès et de nos erreurs, et de parvenir à un changement durable. Une alimentation saine est certainement l’un des meilleurs investissements que nous puissions faire, ensemble, pour les générations futures ».

    En effet, ce défi se joue, certes, au plan individuel, mais il repose avant tout sur des choix politiques et sociétaux en matière de santé, d’agriculture ou encore d’éducation. Car ces domaines façonnent l’environnement dans lequel l’individu évolue et conditionnent ses choix.

    L'ensemble des présentations et vidéos de l’ensemble des sessions sont disponibles ici.

    SOURCE : Sopexa

  • Nouveaux produits à découvrir

    Cela pourrait vous intéresser