Mode de vie : plus de 40 % des cancers sont évitables

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Mode de vie : plus de 40 % des cancers sont évitables

Le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) vient de publier un rapport complet (*) sur la proportion des cancers liés aux principaux facteurs de risque en France. Ces nouvelles données sur les cas de cancers attribuables au mode de vie et à l’environnement font apparaître clairement quatre facteurs de risques majeurs : le tabac, l’alcool, une alimentation déséquilibrée et le surpoids.


Facteurs de risque et cancer

L’étude examine 13 facteurs de risque pour le cancer : le tabagisme (actif et passif), l’alcool, l’alimentation (par exemple, faible consommation de fruits, légumes et fibres, et consommation importante de viande transformée), le surpoids et l’obésité, une activité physique insuffisante, l’utilisation d’hormones exogènes, les infections, les radiations ionisantes, la pollution atmosphérique, le rayonnement solaire (UV), les expositions professionnelles, une durée d’allaitement de moins de 6 mois, et l’exposition aux substances chimiques de la population générale (arsenic dans l’eau de boisson et benzène dans l’air intérieur).

Plus de 40 % des cancers en France pourraient être évités

Sur les 346 000 cas de cancer diagnostiqués chez les adultes (30 ans et plus) en 2015, 142 000 cas de cancer (41 %) auraient pu être évités si l’ensemble de la population n’avait pas été exposée aux facteurs de risque étudiés, ou si son exposition avait été limitée.

« Ces résultats soulignent l’importance de la prévention et permettent aux agences sanitaires en France de mieux cerner les priorités pour limiter l’exposition aux facteurs de risques les plus importants » souligne le Dr Soerjomataram, du CIRC, qui coordonnait les travaux.

Les quatre facteurs de risque les plus importants sont le tabac, responsable du plus grand nombre de cas (20 %, soit plus de 68 000 nouveaux cas imputables au tabagisme), l’alcool (8 %), une alimentation déséquilibrée (5,4 %), et le surpoids et l’obésité (5,4 %).

Parmi les autres facteurs liés au mode de vie, 3 % du total (plus de 11 000 cas) sont attribuables aux UV, 0,9 % à une activité physique insuffisante, 0,7 % aux radiations ionisantes d’origine médicale (examens diagnostiques), 0,6 % aux hormones exogènes, et 0,5 % à une durée d’allaitement de moins de six mois.

Pour les facteurs de risque environnementaux, 4 % des nouveaux cas de cancers sont imputables aux agents infectieux, 3,6 % aux expositions professionnelles, 1,2 % au radon dans l’air intérieur, 0,4 % à la pollution atmosphérique, et 0,1 % à une exposition à des substances chimiques dans l’environnement général (arsenic dans l’eau de boisson et benzène dans l’air intérieur).

Le tabac, l’alcool, l’alimentation et le surpoids en tête

« Cette étude de grande ampleur confirme le poids majeur des facteurs de risque liés au mode de vie et aux comportements individuels sur l’incidence des cancers en France, en tête desquels figurent le tabac, l’alcool et la nutrition. Ces résultats soulignent la nécessité de poursuivre les actions de sensibilisation de l’ensemble de la population afin que chacun en soit largement informé et puisse agir. L’Institut national du cancer communique depuis 2016 auprès du grand public sur les 40 % de cancers qui pourraient être évités grâce à des changements de comportement. En mai et juin 2018, nous avons déployé une campagne nationale « Savoir, c’est pouvoir agir » qui visait à informer le grand public sur le rôle prépondérant du tabac et de l’alcool sur la survenue de nombreux cancers. La prévention est un levier majeur d’action sur lequel l’Institut reste mobilisé » précise le Professeur Norbert Ifrah, Président de l’Institut national du cancer.

Les cancers liés à l’alcool et au tabac en forte augmentation chez les femmes

Chez les femmes, le tabac et l'alcool sont les premier et deuxième contributeurs les plus importants au fardeau du cancer en France. En comparant au précédent rapport du CIRC sur l’année 2000, la proportion de cancers liée au tabac est passée de 6,1 % à 8,0 % et celle liée à l'alcool, de 4,5 % à 7,3 %. La prévalence de l'exposition au tabac et à l'alcool a augmenté chez les femmes et a entraîné une augmentation des cancers associés. Par exemple, en 2015, le nombre de cancers du sein imputables à la consommation d’alcool était de 8 080, soit plus de 15% de ces cancers.

D’après les données du réseau de registres des cancers en France, l’incidence des cancers associés principalement à la consommation de tabac et/ou d’alcool n’a pas suivi la même tendance chez les hommes que chez les femmes entre 1980 et 2012. L’incidence des cancers de la lèvre-bouche-pharynx, de l’œsophage et du larynx a connu une augmentation considérable chez les femmes (entre + 1 ,1 % et + 1,7 %) alors qu’elle a fortement diminué chez les hommes (entre - 2,6 % et - 2,8 %).

L’incidence du cancer du poumon s’est, quant à elle, stabilisée chez les hommes (+ 0,1 %), mais elle a considérablement augmenté chez les femmes avec une évolution annuelle moyenne de plus de 5,5 % par an depuis 1980.

Importance d'un programme complet de prévention du cancer

Le nouveau rapport du CIRC offre un outil important pour permettre l’identification des facteurs de risque et la mise en place de stratégies de prévention complètes et efficaces. Il montre que la stratégie de contrôle de la consommation de tabac doit être maintenue et renforcée dans les futurs plans de santé publique. Pour les autres facteurs de risque majeurs (alcool, alimentation, surpoids), les actions de prévention doivent être intensifiées pour avoir un impact maximum. C’est aussi le cas pour d’autres facteurs de risque, comme le rayonnement solaire ou les infections, pour lesquels il existe des actions de prévention efficaces.

« Ces résultats indiquent qu’il reste urgent de sensibiliser les femmes et les hommes au risque associé à la consommation d’alcool et au tabagisme », souligne le Dr Christopher Wild, Directeur du CIRC : « L'étude montre également que la réduction de l'exposition à cette vaste gamme de facteurs de risque de cancer nécessite non seulement une sensibilisation et une éducation du public, mais aussi des interventions soutenues par des politiques et mesures gouvernementales ».

(*) Ce travail (accessible ici), financé et réalisé avec le soutien de l’Institut national du cancer, présente les dernières estimations pour la France métropolitaine en 2015. Il est le fruit d’une collaboration étroite avec les agences sanitaires françaises et de nombreux experts internationaux.

SOURCE : Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC)

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