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Manger sain, équilibré et durable... sans dépenser plus !

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Manger sain, équilibré et durable... sans dépenser plus !

Pour le même prix, manger mieux tout en réduisant notre impact sur la planète, c'est possible ! Sans dépenser plus pour nos courses, il est possible de manger des produits plus sains et de meilleure qualité, issus notamment de l’agriculture biologique, tout en limitant notre impact sur la planète. Voici ce que révèle une étude co-réalisée par le WWF France et ECO2 Initiative dans le cadre des Etats Généraux de l’alimentation (EGA) qui se tiennent à Paris durant tout l’automne 2017.

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En termes de recommandations nutritionnelles, les politiques publiques en France n’intègrent pas encore les impacts environnementaux comme critère dans leurs préconisations. C’est le cas du PNNS (Programme national nutrition santé) par exemple ou du GEMRCN (Groupement d'Etude des Marchés en Restauration Collective et de Nutrition) en restauration collective.

Même si ces recommandations promeuvent une consommation accrue de produits végétaux (céréales, fruits et légumes, légumineuses), le contenu de l’assiette dite « équilibrée » d’un point de vue nutritionnel est encore majoritairement basé sur une alimentation où la viande, les produits de la mer et les produits laitiers occupent une place centrale. Or ces produits ont un impact important sur les écosystèmes (consommation de terres et d’eau, émission de gaz à effet de serre etc.) mais aussi sur le coût de l’alimentation.

C’est pourquoi plusieurs questions se posent aujourd’hui. Le modèle alimentaire actuel, correspondant à une évolution des pratiques et habitudes alimentaire depuis les années 60, notamment avec l’essor de l’élevage et de la pêche industriels, est-il plus performant d’un point de vue nutritionnel, environnemental et économique ?

La nouvelle version de l’étude (INCA3) a été publiée le 12 juillet 2017. Dans le cadre des Etats Généraux de l’alimentation (EGA) qui se tiennent à Paris durant tout l’automne 2017, il nous a donc semblé utile de poursuivre les travaux précédents en allant plus loin, notamment en intégrant la notion de modes de production durables (agriculture biologique, labels de qualité sur les conditions d’élevage, certifications de pêche durable) et la notion de coûts d’une alimentation durable, à l’échelle d’un ménage français.

Ainsi le WWF et Eco2 Initiative se sont associés pour élaborer des « paniers durables » selon différents critères : bas carbone, sains et équilibrés d’un point de vue nutritionnel, intégrant des produits labellisés et à un coût acceptable.

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L’étude a donc comparé le panier standard des Français avec un panier dit « flexitarien » [1], adapté à l’alimentation hebdomadaire d’une famille de 4 personnes (2 adultes et 2 enfants) [2]. Ce panier prend en compte trois critères de durabilité :

  • un coût équivalent au panier alimentaire moyen des Français (environ 190 € par semaine) ;
  • un impact carbone moindre, correspondant à la quantité de gaz à effet de serre, en équivalent CO2, émise pendant tout le cycle de vie d’un aliment (production, transformation et transport) [3] ;
  • une qualité nutritionnelle adéquate, calculée selon l’approche du Nutri-Score, la signalétique nutritionnelle promue par le Ministère de la santé, avec cinq notes allant de A à E, selon la valeur nutritionnelle du produit.

Par rapport au panier standard des Français, ce panier flexitarien, composée à partir de 163 aliments parmi ceux les plus consommés par les Français, prévoit :

  • une diminution de la viande (-31 %).
  • une diminution des poissons sauvages (-40%).
  • une diminution des produits transformés industriels, gras, salés et sucrés (-69%).
  • une diminution des produits à base de farines raffinées (pâtes, pain, etc.) au profit de farines complètes (-46%).
  • une augmentation de la part de légumes, céréales et légumineuses (95%).

Concrètement, cela signifie, pour une personne, de passer de 6 repas par semaine avec de la viande ou du poisson sauvage, à 4 repas par semaine, et d’un repas par jour avec des produits transformés à seulement 2 repas par semaine.

Afin d’illustrer de manière simple ce que veut dire flexitarien nous proposons ici une comparaison entre les deux régimes en terme de fréquence de consommation par personne, pour les catégories d’aliments les plus impactées :

Régime actuel - Régime flexitarien

Une réduction de ces aliments, largement présents aujourd’hui dans le panier alimentaire moyen d’une famille française de 4 personnes, permettrait de réduire de 38% l’impact carbone du panier (de 109 kg CO2 à 68 kg CO2 par semaine) et de 21% son coût (de 187 € à 147 € par semaine). Grâce à cette réduction de coût, il est possible d’introduire dans le panier flexitarien près de 50% de produits certifiés (Bio, Label Rouge et MSC) sans dépasser le coût du panier standard.

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Pour arriver à ce panier durable, il est nécessaire de revoir en partie nos habitudes alimentaires [4] et d’inverser les tendances négatives des 50 dernières années, comme la consommation excessive de protéines animales, l’augmentation de boissons sucrées et de produits transformés.

Panier standard - Panier flexitarien

Cette étude montre donc qu’il est tout à fait possible de trouver un équilibre permettant de :

  • Manger plus sainement et de manière équilibrée
  • Manger des produits de qualité en privilégiant des produits certifiés (bio, Label Rouge et MSC)
  • Manger plus durable à coût égal (le coût du panier flexitarien n’excède pas celui du panier INCA3)
  • Réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre de l’alimentation
  • Réduire la pression sur les ressources notamment halieutiques

Bien évidemment, le panier flexitarien tel qu’il est défini dans cette étude est assez ambitieux par rapport au régime alimentaire actuel des français. L’adoption d’un tel régime alimentaire nécessiterait des changements culturels et économiques mais également des incitations publiques et privées fortes pour y arriver.

Il est donc tout à fait possible de remettre en cause le chemin pris pendant les 50 dernières années avec l’industrialisation de l’alimentation, l’augmentation de la consommation de protéines animales, de produits sucrés, gras, salés et industriels. Non seulement cette remise en cause est nécessaire pour relever les défis environnementaux et de santé publique des prochaines décennies mais elle profitera également à la fois aux producteurs et aux consommateurs d’une alimentation plus saine, de proximité et de qualité, tout en préservant les ressources naturelles.

« Consommer des produits de meilleure qualité, avec un impact moindre sur l’environnement, est à la portée de tous. C’est la conclusion de l’étude que nous présentons aujourd’hui et qui propose un panier « flexitarien ». Au quotidien, cela passe par des gestes simples : par exemple manger de la viande 4 fois par semaine au lieu de 6, des produits transformés seulement 2 fois par semaine et, à l’inverse, consommer plus de légumes et de céréales. On le voit bien, il est possible de changer nos habitudes alimentaires sans attendre. C’est bon pour la santé et pour la planète et ça ne coûte pas plus cher ! » précise Pascal Canfin, directeur général du WWF France

Même si cette nouvelle assiette [5] suppose une évolution de nos pratiques et habitudes alimentaires, qui peuvent sembler difficiles à court terme, nous avons voulu tracer une trajectoire à 10 ou 15 ans qui montre qu’une alimentation durable est tout à fait possible. Il s’agit ni plus ni moins d’inverser les tendances négatives de ces dernières décennies (excès de protéines animales, diminution de la consommation de légumineuses et céréales, augmentation des boissons sucrées et augmentation de la consommation de produits transformés de mauvaise qualité).

Il n’est ici ni question de perdre le plaisir de manger, ni de réduire nos apports nutritionnels, mais au contraire de manger mieux et plus sainement, avec des aliments de qualité, dont les conditions de production sont plus respectueuses de l’environnement. Cela implique de manger moins de protéines animales industrielles et importées mais de privilégier des protéines animales locales et de qualité, notamment via l’achat de produits certifiés.

L’assiette telle qu’elle a été construite dans ce rapport est une proposition d’évolution moyenne mais il existe d’autres possibilités et d’autres combinaisons. Ainsi, il est tout à fait probable qu’on puisse arriver au même résultat avec une partie de la population qui soit végétarienne et une autre flexitarienne.

Nous espérons que cette étude, qui montre qu’il est tout à fait possible d’opter pour une alimentation plus durable, ouvrira la porte à de nombreux débats et recherches supplémentaires.

[1] Le terme « flexitarien » indique un mode de consommation alimentaire qui consiste à réduire fortement sa consommation de protéines animales au profit des protéines végétales. L'assiette flexitarienne présentée dans l’étude se compose ainsi de 2/3 de protéines végétales contre 1/3 de protéines animales.

[2] Pour aboutir à ce panier durable, l’étude a réalisé une comparaison entre les 3 principales études déjà menées sur la consommation des Français :

  • Le panier moyen actuel des Français présenté par l’étude INCA 3 (Étude individuelle des Consommations Alimentaires), réalisée par l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’Alimentation, de l’environnement et du travail) et publiée en juillet 2017. Cette étude donne une photographie de la consommation alimentaire actuelle moyenne en France.
  • L’assiette Livewell, réalisée en 2016 par le WWF, qui définit le profil de l’assiette durable en 2020 et en 2030.
  • L’assiette Afterres 2050, issue des travaux de Solagro, qui présente un scénario sur l’évolution des systèmes agricoles et alimentaires français à l’horizon de 2050.

[3] L’impact carbone du panier flexitarien est aligné sur l’engagement de la France dans le cadre de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte et de l’Accord de Paris (réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre françaises d’ici à 2030 par rapport à 1990 et les diviser par 4 entre 1990 et 2050)

[4] Un sondage, publié en octobre 2017 par le WWF France, révélait en effet que les Français sont prêts pour une réelle transition alimentaire et agricole. Les chiffres du sondage témoignent d'une défiance certaine des Français vis-à-vis du système agricole et agro-alimentaire conventionnel (93% considèrent leur santé impactée par la présence de pesticides dans les aliments consommés), et d’une profonde volonté de changement (70% des Français ont déjà adopté des habitudes de consommation plus durables et sont prêts à aller plus loin).

[5] Composition moyenne de l’alimentation d’une personne par jour.

SOURCE : Toute la diététique !

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