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Les bénéfices nutritionnels, sanitaires et environnementaux de l'agriculture biologique sont incontestables

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Les bénéfices nutritionnels, sanitaires et environnementaux de l'agriculture biologique sont incontestables

L’agriculture biologique est poussée par des vents favorables : la prise de conscience des dégâts causés par l’agriculture intensive et la confirmation de la nocivité de certains pesticides incitent les consommateurs à se tourner vers les produits bio. Pour répondre à cette demande, les surfaces agricoles bio continuent à augmenter en France (+ 17 % en 2016 par rapport à 2015). Quant aux acteurs de la distribution, ils multiplient les ouvertures de magasins spécialisés ou les promesses d’une offre de produits toujours plus riche.

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Dans ce contexte porteur, il est utile de vérifier la véracité des bénéfices habituellement attribués à ce mode d’exploitation qu’ils soient nutritionnels, sanitaires ou environnementaux.

Une absence (bien orchestrée) de consensus sur les bénéfices nutritionnels...

De nombreuses études ont tenté de mesurer les bénéfices nutritionnels éventuels des produits bio par rapport aux produits conventionnels, par exemple du fait d’une plus grande richesse en nutriments (minéraux, vitamines…). Mais les publications sont, à ce jour, contradictoires et ne permettent toujours pas de dégager de consensus. La communauté scientifique se divise toujours sur l'existence de différences nutritionnelles entre les aliments estampillés AB et ceux cultivés en conventionnel. On peut légitimement se demander pourquoi car il y a déjà largement de quoi faire !

Si on prend le problème à l'envers, il est plus facile de répondre : L'agriculture conventionnelle apporte-t-elle plus de bénéfices nutritionnels que l'alimentation biologique ? Réponse sans équivoque possible : NON !

Pourtant de nombreuses différences marquantes, considérées comme nutritionnellement bénéfiques, ont déjà été mises en évidence : plus de polyphénols (antioxydants), moins de métaux lourds et de résidus de pesticides dans les productions « bio » : tels sont les résultats d’une revue bibliographique internationale, à laquelle a collaboré l’Inra, qui a comparé la composition des produits végétaux issus de l’AB avec ceux de l’agriculture conventionnelle.

Plus de vitamines et minéraux...

Une recherche réalisée par la nutritionniste américaine Virginia Worthington, regroupant les résultats de 41 études, ayant pour but de déceler la différence en apport nutritif entre les aliments biologiques et les aliments conventionnels a montré qu’il y aurait nettement plus de vitamine C, de fer, de magnésium et de phosphore dans les légumes bio. On y retrouverait également moins de protéines, mais elles seraient de qualité supérieure. Selon ces résultats, il n’est malheureusement pas possible d’affirmer scientifiquement que les aliments biologiques sont plus nutritifs que les aliments conventionnels... qui échappent ainsi à la comparaison un peu trop facilement.

Moins d'allergies...

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Dans un autre registre, beaucoup moins d’eczéma, d’allergies et d’asthme (36% en moins) chez les enfants qui consomment des produits de l’agriculture biologique et dont les mamans ont consommé des produits de l’agriculture biologique pendant leur grossesse. C’est ce qui ressort de l’étude KOALA réalisée aux Pays Bas et publiées dans le British Journal of Nutrition...

Beaucoup plus d'antioxydants...

Les résultats du projet QLIF (Quality Low Input Food), financé par l’Union Européenne, a déjà révélé que les fruits et les légumes biologiques contiennent en moyenne 40 % d’antioxydants en plus que les produits non biologiques. Cette différence est encore plus grande dans le cas du lait biologique, qui contient pas moins de 60 % d’antioxydants et d’acides gras oméga 3 en plus.

Les conclusions d'une analyse exhaustive des résultats de 343 publications internationales comparant des produits végétaux issus de l’agriculture biologique avec ceux issus de l’agriculture conventionnelle (fruits et légumes, céréales, herbes et épices, graines oléagineuses) montrent que les méthodes de production bio conduisent à des niveaux accrus de composés potentiellement bénéfiques pour la santé et réduisent les composés indésirables. « C'est la première méta-analyse qui permet de tirer des conclusions aussi marquées et statistiquement validées, » rapporte Philippe Nicot, co-auteur Inra de cette publication internationale conduite par l’Université de Newcastle. Les différences les plus marquantes concernent les concentrations de divers antioxydants nettement plus élevées dans les produits bio, de 19 % à 68 % pour certains polyphénols et flavonoïdes. De plus, les concentrations de cadmium, les teneurs en azote (nitrates et nitrites), la fréquence de détection de résidus de pesticides sont inférieures en agriculture biologique.

Selon cette étude de Newcastle, « le passage à la consommation de fruits, légumes et céréales bio (et des aliments produits à base de ces végétaux) conduirait à une augmentation de 20 à 40 % (et dans certains cas 60 %) de consommation en composés polyphénoliques, soit l'équivalent d'une portion de fruits et légumes supplémentaire sans augmentation de l'apport calorique ». Or, des études épidémiologiques ont clairement montré le bénéfice santé d'une consommation accrue de ces micronutriments aux effets antioxydants sur la réduction des risques de maladies chroniques, notamment des maladies cardiovasculaires, neurodégénératives et certains cancers.

Un bénéfice sanitaire et environnemental clairement démontré

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Alors que le caractère protecteur pour l’environnement de l’agriculture biologique semble être une évidence, peu d’études d’envergure ont été publiées à ce jour pour vérifier ce présupposé et mesurer précisément les impacts positifs. La récente étude [1] menée conjointement par l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) et l’Institut Technique de l’Agriculture Biologique (ITAB) apporte des éléments de réponse permettant dans certains cas de quantifier ces bénéfices.

Une limitation des pollutions en nitrates

La France fait partie des pays d'Europe où les apports d’engrais azotés à l’hectare sont considérés comme élevés. Ces engrais se décomposent rapidement et sont à l’origine des pollutions en nitrates des cours d’eau et des nappes phréatiques. L’agriculture biologique s’interdisant l’utilisation des engrais de synthèse, ceci constitue un premier facteur limitant les pollutions en nitrates. En revanche, elle recourt à des apports d’azote organiques (par ex. fumiers, lisiers non industriels…) et aux plantes légumineuses qui fixent l’azote atmosphérique. Même si ces engrais naturels peuvent dans certains cas entraîner des pollutions en nitrates, les experts de l’INRA et de l’ITAB considèrent qu’en raison de leur plus grande stabilité, les relargages éventuels de nitrates sont à la fois plus lents et limités et globalement inférieurs de 40 % à ceux observés en agriculture conventionnelle.

Une interdiction quasi-totale des pesticides nocifs

Si le cahier des charges de l’agriculture biologique interdit l’utilisation des pesticides de synthèse, il autorise en revanche d’autres substances d’origine minérale ou végétale. S’agissant des extraits végétaux, l’étude ITAB - INRA indique que leur innocuité est admise, ce qui explique la raison pour laquelle la réglementation les classe dans la catégorie des « substances peu préoccupantes ». Quant à celles dont la toxicité a pu être mise en cause, elles sont désormais interdites ou en passe de l’être (roténone, PBO). En revanche, pour ce qui est des substances minérales, subsiste le problème du cuivre qui, en s’accumulant dans le sol, devient toxique pour la microflore et la faune. En l’absence d’outil de mesure disponible, les experts de l’INRA et de l’ITAB n’ont pas eu la capacité de quantifier le bénéfice environnemental provenant de l’interdiction des pesticides de synthèse. Les experts indiquent cependant qu’il y a un consensus scientifique pour considérer que ce mode d’agriculture génère au global significativement moins d’impacts négatifs sur la faune (oiseaux, insectes, batraciens…) que l’agriculture conventionnelle.

Une autre étude a souligné l’intérêt de l’agriculture biologique pour réduire la présence des pesticides dans l’environnement : l’étude [2] publiée en 2010 par l’INRA sur les moyens d’atteindre l’objectif du Grenelle de l’Environnement de réduire de 50 % les pesticides d’ici 2018. L’INRA a étudié les possibilités de réduction de l’usage des pesticides pour chaque type d’agriculture : agriculture conventionnelle intensive, agriculture intégrée [3] et agriculture biologique. Or, les experts soulignent que l’objectif de réduction des pesticides ne peut être atteint qu’en développant massivement l’agriculture intégrée (68 % des surfaces cultivées) et l’agriculture biologique (13% des surfaces préconisées contre 5 % actuellement). Il est à noter que dans ce cas de figure, les experts calculent un maintien, voire une augmentation, du revenu agricole par rapport à des modes de production intensifs.

Une reconnaissance officielle de la capacité de l’agriculture biologique à limiter les pollutions a été apportée par les lois « Grenelle I et II » adoptées en 2009 et 2010. Pour les 500 captages utilisés pour la fabrication d’eau potable, considérés comme prioritaires au regard de l’ampleur des populations desservies et des risques de pollution, les deux lois Grenelle demandent que les pratiques agricoles soient encadrées autour de ces captages afin de les protéger des pollutions. Dans ces zones la priorité est explicitement donnée à l’agriculture biologique par rapport à l’agriculture conventionnelle.

Une absence de résidus de pesticides

Les contrôles officiels montrent que la quasi-totalité des produits issus de l’agriculture conventionnelle respectent les normes en matière de résidus de pesticides. Mais alors que certains pesticides sont soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens, la présence de ces résidus, même à faible dose, constitue une préoccupation. S’agissant en revanche des produits d’agriculture biologique, l’efficacité du cahier des charges est avérée puisqu’aucune trace de pesticide n’est généralement trouvée (hormis des cas de contaminations dues aux champs conventionnels voisins).

Un récent test comparatif réalisé par UFC-Que Choisir le confirme : sur 37 lots de fruits et légumes testés comprenant des carottes, des citrons et des bananes, aucune trace de pesticides n’a été trouvée dans 22 des 23 lots bio. A l’inverse, des traces de pesticides ont été trouvées dans la totalité des lots conventionnels (sans dépassement des teneurs autorisées) avec parfois jusqu‘à 7 molécules différentes de pesticides ! En outre, trois lots conventionnels contenaient des pesticides appartenant à des familles de molécules dont certaines sont soupçonnées d’être des perturbateurs endocriniens.

Dans le cadre de la révision des repères nutritionnels pour la population française (par ex. : « 5 fruits et légumes par jour »), le Haut Conseil de la Santé Publique de France (HCSP) a pour la première fois intégré à ces repères nutritionnels des recommandations pour limiter l’exposition aux contaminants [4]. Constatant en effet une augmentation de l’exposition de la population aux pesticides par rapport à la dernière enquête de consommation, le HCSP recommande pour la consommation de fruits et de légumes, de légumineuses ou de produits céréaliers complets, de privilégier ceux qui sont issus de modes de production durables, limitant l’exposition aux pesticides, c’est-à-dire les produits de l’agriculture biologique.

Un recours moindre aux antibiotiques

Les antibiotiques utilisés pour le traitement des animaux d’élevage ne représentent pas de danger direct pour les consommateurs, dans la mesure où la réglementation interdit la présence de tout résidu médicamenteux dans les produits d’origine animale. En revanche, la surutilisation des antibiotiques dans certains élevages - comme par ailleurs en médecine humaine - contribue à l’apparition de germes résistants aux antibiotiques.

Sans interdire l’utilisation d’antibiotiques aux animaux d’élevage, l’agriculture biologique donne la priorité à des traitements alternatifs (phytothérapie notamment) et à la prévention. En outre, le cahier des charges définit un nombre maximal de traitements allopathiques de synthèse par animal. Les chercheurs de l’ITAB et de l’INRA ont pu quantifier cette limitation des traitements en montrant ainsi que l’on administre 3,5 fois moins de traitements antibiotiques dans des élevages bovins d’agriculture biologique et qu’en volailles 94 % des lots ne reçoivent pas d'antibiotiques [5]. Dans ce contexte, l’agriculture biologique contribue à la préservation de l’efficacité des antibiotiques.

Les consommateurs veulent profiter d'une offre bio accessible et diversifiée

Les consommateurs sont parfaitement conscients des avantages du bio

Les consommateurs sont pleinement conscients de ces bénéfices environnementaux et sanitaires. Ainsi, une récente enquête publiée en début d’année6 montre que 92% des consommateurs pensent que les produits bio contribuent à préserver l’environnement et 88% estiment qu’ils sont meilleurs pour la santé.

Le prix, principal frein à l’achat

Plusieurs sondages montrent que le prix constitue le frein le plus important à un développement de la consommation de produits bio. Parmi les causes justifiant le fait de ne pas acheter des produits bio, 77 % des consommateurs citent en premier leur prix trop élevé [7]. Une étude plus récente confirme encore le caractère crucial du prix du bio : parmi les trois principaux critères qui pourraient donner envie d’acheter plus de bio, les consommateurs citent en premier des prix moins élevés (63 %), devant l’origine locale (55 %) et les produits de saison (11 %) [8].

Les consommateurs veulent plus de bio en GMS

Autre frein au développement du bio : la disponibilité dans les rayons. Interrogés sur les moyens permettant de consommer plus de produits bio, 73 % des consommateurs demandent à ce que ceux-ci soient plus présents en grandes et moyennes surfaces9. Il est vrai que la proportion de produits bio dans certains rayons est trop souvent anecdotique et faire des courses 100 % bio dans les magasins de la grande distribution relève encore de la gageure.

Références

  1. « Quantification et chiffrage économique des externalités de l’agriculture biologique » - ITAB-INRA – novembre 2016
  2. « Écophyto R&D Quelles voies pour réduire l’usage des pesticides ? » - INRA - Janvier 2010
  3. Mode de production faisant appel, comme l’agriculture biologique, à des principes agrologiques pour lutter contre les herbes adventices et les insectes ravageurs, mais qui autorise de manière ponctuelle le recours aux pesticides en cas de forte infestation.
  4. Révision des repères alimentaires pour les adultes du futur Programme national nutrition santé 2017-2021 » – mars 2017
  5. Quantifier et chiffrer économiquement les externalités de l’agriculture biologique ? » - ITAB / INRA - Novembre 2016
  6. Baromètre consommation Agence BIO / CSA research - Janvier 2017
  7. Baromètre 2012 de consommation et de perception des produits biologiques en France – Agence Bio
  8. Organic cluster et cosmébio » – Senseva et opinionway – février 2016
  9. Baromètre consommation Agence BIO / CSA Research janvier 2017.

(D'après UFC-Que Choisir, Service des études - INRA - ITAB)

SOURCE : Alexandre Glouchkoff

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