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La pratique sportive comme marqueur d’intégration sociale pour les femmes issues de quartiers prioritaires

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La pratique sportive comme marqueur d’intégration sociale pour les femmes issues de quartiers prioritaires

Haïfa Tlili, ingénieure d’étude à l’Université Paris Descartes au sein du laboratoire Technique et Enjeux du Corps, mène une étude depuis 2013 sur la représentation et la pratique effective de l’activité physique chez les femmes dans les quartiers défavorisés. Forte des nombreux résultats et prix obtenus pour ces recherches, elle monte aujourd’hui un programme pilote afin de favoriser la prise de conscience, renforcer la capacité d’action et développer le leadership des jeunes femmes par la pratique sportive dans ces quartiers.

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A l’initiative de l’Ufolep, Haïfa Tlili conduit, à partir de 2013, une enquête de terrain s’intéressant pour la première fois aux raisons de la faible pratique du sport des jeunes filles âgées de 14 à 19 ans résidant dans des zones urbaines sensibles. Cette étude tente de comprendre pourquoi ces filles ne pratiquent pas de sport et d’évaluer, sur la base de leurs témoignages, les méthodes d’intervention adéquates. Pour cela, il était d’abord nécessaire de mieux cerner le lien existant entre la manière dont les adolescentes se représentent l’activité physique et sportive et les possibilités qui leurs sont offertes dans les territoires prioritaires. Le travail accompli par Haïfa Tlili s’articule en de plusieurs phases.

Afin de poser la problématique, elle commence par réaliser une cinquantaine d’entretiens exploratoires auprès de responsables de structure et d’acteurs dit « de luxe » tels que des sportives de haut niveau et des responsables d’association ayant une réelle expérience sur le sujet. Puis, elle recueille la parole de jeunes filles volontaires (n=100) et d’acteurs de terrain - éducateurs sportifs, professeurs d’EPS, responsables municipaux du service des sports (n=40) dans six départements retenus par l’Ufolep. Au total, Haïfa Tlili conduit cent-quarante entretiens approfondis (de type Focus Group).

Toutes sportives

Fruit de ce travail, un rapport de recherche, co-signé avec Nicolas Delorme (MCF, Université de Bordeaux), est publié en 2014. Plusieurs pistes y sont évoquées afin de favoriser l’activité physique chez les jeunes femmes : donner la parole aux filles, mieux les accompagner, rassurer les parents, donner du sens à l’activité physique et sportive, privilégier l’aspect ludique de l’activité, améliorer l’offre, développer une forte communication de proximité, proposer des rôles modèles, les sensibiliser le plus tôt possible avec leurs parents, encourager le travail en réseaux, etc. L’un des principaux enseignement qui en ressort est néanmoins de parvenir à positionner l’activité physique et sportive dans une démarche de plaisir, de bien-être, de connaissance de soi et de développement de son leadership et non plus simplement, comme à l’heure actuelle aux yeux de ces jeunes filles, à des questions d’ordre esthétique.

Ces préconisations permettent à l’UFOLEP de mettre sur pied en 2016 l’action « Toutes Sportives ». Des mesures concrètes sont mises en place sur le terrain, comme le fait de faire bénéficier les nouvelles adhérentes de tarifs préférentiels su les licences sportives. Cette campagne vise à mieux toucher et sensibiliser les femmes dans leur diversité pour leur permettre de s’engager dans une pratique physique régulière et lutter ainsi contre les inégalités et les discriminations. L’action « Toutes Sportives » reçoit un prix spécial « Sexisme pas notre genre » remis par Laurence Rossignol, Ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des Femmes, le 14 décembre 2016 » lors de l’événement « Les 4 saisons du sport au féminin » à la Maison du Sport à Paris.

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Mise en place d’un programme pilote pour favoriser leadership et empowerment des filles, femmes des quartiers populaires par les activités physiques et sportives

Ses recherches permettent à Haifa Tlili d’obtenir des financements par la Fondation Paris Descartes et d’être lauréate, en septembre 2016, de la prestigieuse bourse IVLP (International Visitor Program) décernée par l’Ambassade des Etats-Unis. Elle passe alors trois semaines aux Etats-Unis pour y rencontrer des leaders d’opinion sur la question des femmes, du sport, de l’empowerment et du leadership en Amérique du nord. Au cours de son séjour, elle traverse alors Washington D.C., Baltimore, Los Angeles, Minneapolis, Boston et Worcester. Ainsi nait le programme pilote « Leadership et Empowerment des filles, femmes des quartiers populaires par les activités physiques et sportives » qu’elle souhaite mettre en place et évaluer entre 2017 et 2020.

Son objectif principal est de donner la parole aux femmes souvent oubliées pour trouver avec elles, pour elles et par elles des solutions qui développeraient prise de conscience, capacité d'action et leadership par l’activité physique et sportive. Deux groupes seront constitués. Un premier composé de 10 filles âgées de 7 à 14 ans, et un deuxième composé de 10 femmes âgées de 30 à 60 ans. Des stages intensifs et intergénérationnels débuteront alors.

SOURCE : Université Paris Descartes

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