L’indice de masse corporelle, un bon outil pour savoir si son poids est sain ?

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L’indice de masse corporelle, un bon outil pour savoir si son poids est sain ?

Rester en bonne santé relève parfois du défi, tout comme connaître son poids idéal. La plupart des gens font, pour cela, confiance à l’indice de masse corporelle, ou IMC, qui établit un rapport entre poids et taille. Bien que de nombreux experts considèrent cette méthode comme relativement limitée, l’IMC demeure une façon populaire d’estimer si son poids est sain.


Il a été demandé à cinq experts si l’indice de masse corporelle ou IMC peut effectivement constituer un bon indicateur de la salubrité de notre poids... et tous sont unanimes en affirmant que non.

Alessandro Demaio, Médecin

Il y a deux questions distinctes ici : l’IMC est-il un bon indicateur de poids, et le poids reflète-t-il précisément l’état de santé ? L’IMC, qui est l’outil le plus souvent utilisé pour déterminer des « intervalles de poids sain », a été conçu principalement pour suivre le poids des populations. Bien qu’il s’agisse d’un outil de dépistage simple et utile lorsque l’on s’intéresse à des groupes de personnes, ce n’est pas un marqueur très précis pour ce qui est de la santé individuelle. En effet, l’IMC repose sur les mesures de la taille et du poids, et sur leur rapport (IMC=Poids/Taille2). Mais le poids seul ne permet pas de faire la différence entre un kilogramme de gras et un kilogramme de muscle, pas plus qu’il ne permet de tenir compte de la forme du corps et des endroits où est répartie la graisse, lesquels peuvent dépendre, par exemple, de l’origine ethnique ou du sexe.

Ainsi, les individus en surpoids ne sont pas tous sujets à des risques de maladie cardiaque ou à des problèmes métaboliques (conversion de la nourriture en énergie), de la même façon que les gens minces ne sont pas tous en bonne santé. En règle générale toutefois, l'excès de poids chronique ou un important gain de poids sont liés à des risques de survenue de diverses maladies. Poids et IMC peuvent donc malgré tout s'avérer utiles pour estimer l'état de santé – en particulier en combinaison avec d'autres mesures telles que la circonférence de la taille. Mais ils ne constituent pas à eux seul une garantie de bien-être, ni ne se substituent à un examen approprié chez un médecin traitant.

Emma Gearon, Épidémiologiste

L’IMC est un indicateur simplifié mettant en rapport poids et taille. Il ne peut pas différencier la masse musculaire de la masse graisseuse. De ce fait, chez les adultes dont la masse musculaire est élevée, comme certains athlètes, l’IMC tend à surestimer le risque pour la santé. Au contraire, il sous-estime ce risque chez certains adultes ayant une faible masse musculaire, mais qui ne sont pas forcément en bonne santé en raison par exemple d’un mode de vie sédentaire. Malgré cette limitation, l’IMC est considéré comme adéquat pour estimer les risques pour la santé au niveau de la population entière.

Nous avons pourtant prouvé qu’en Australie, l’IMC sous-estime de plus en plus le risque au niveau de la population générale également, surtout si on le compare à la mesure du tour de taille. Dans l’enquête sur la santé 2011-12, 10 % des femmes classées comme ayant un poids normal par l’IMC étaient en réalité obèses si l’on considérait leur tour de taille, tout comme 25 % des hommes et 50 % des femmes classés en simple supoids. Par conséquent, l’IMC a sous-estimé la prévalence de l’obésité de près de 50 % chez les femmes et 30 % chez les hommes. Cet indice ne peut donc plus être considéré comme un indicateur fiable de salubrité du poids, et des recherches doivent être menées afin d’identifier une alternative appropriée.

Evelyn Parr, Spécialiste de l’exercice

Les indicateurs de force, de forme physique et de tissu adipeux sont beaucoup plus informatifs de l’état de santé que l’IMC. Celui-ci ne nous dit pas à quel point une personne est musclée, ou bien où se situe sa graisse : est-elle répartie sur les bras et les jambes ou plutôt au milieu du corps ? L’IMC renseigne simplement sur le poids d’une personne relativement à sa taille. En tant que tel, il s’agit d’une mesure importante pour les études à grande échelle, ou pour les cabinets médicaux, lorsque le temps manque.

De nombreuses études, impliquant des milliers de participants, utilisent l’IMC comme indicateur prédictif de mortalité. En tant qu’individus en revanche, nous devrions nous focaliser sur notre forme physique, car ce sont nos muscles qui nous aident à rester en bonne santé à mesure que nous vieillissons. Si nous n’exerçons pas nos muscles, nous risquons de devenir une génération de personnes trop grasses, avec une faible masse musculaire. En d’autres termes, concentrons-nous sur des mesures de forme plus à même d’indiquer si nous sommes en bonne santé – sans lien avec notre poids –, et laissons l’IMC aux études scientifiques à grande échelle.

Steve Stannard, Nutrition & Sport

Pour un individu, l’IMC n’est pas à lui seul un indicateur pertinent pour savoir si son poids est correct. L’indice de masse corporelle décrit de façon grossière la forme d’une personne, au sens littéral ; un IMC élevé signifie que la personne a un rapport volume/surface important (large pour sa taille, en forme de « boule »), tandis qu’un IMC faible signifie l’inverse (personne mince pour sa hauteur, en forme de « bâton »). Certes, le plus souvent, quelqu’un qui est large l’est probablement parce qu’il possède trop de graisse. Mais ce n’est pas toujours le cas : parfois, il peut s’agir simplement d’un individu très musclé, de petite taille. Or un volume de muscle important est plutôt signe de bonne forme !

Cependant, au niveau d’une population entière, nous savons qu’en moyenne une personne possédant un IMC élevé risque généralement davantage que les autres de souffrir de nombreuses maladies non transmissibles, telles que le diabète ou les maladies cardiovasculaires, qui sont associées à des niveaux trop élevés de graisse corporelle. L’IMC est donc avant tout un bon indicateur de la santé d’une population.

Tim Crowe, Diététicien

L’IMC est seulement un indicateur très approximatif de la façon dont la santé est reliée au poids et à la taille. Il ne donne aucune information sur la quantité de graisse corporelle ou sur son emplacement. Qui plus est, les intervalles définis par l’IMC peuvent aussi différer selon l’origine ethnique. On sait toutefois désormais que lorsque nous avançons en âge, une valeur élevée d’IMC traduit un meilleur statut nutritionnel, ainsi qu’un risque de chute et de maladie moindre.

D’autres mesures simples, comme la mesure du tour de taille, sont plus utiles pour les individus, car elles renseignent directement sur la répartition de la graisse corporelle au niveau de l’abdomen, laquelle est plus directement en lien avec le risque de maladie. L’IMC est quant à lui bien plus efficace pour rendre compte de la santé des populations dans leur ensemble, et pour suivre son évolution au fil du temps, que comme outil de diagnostic individuel.

La version originale de cet article a été publiée en anglais.

(Par Alexandra Hansen, Health + Medicine Section Editor/Chief of Staff, The Conversation et Lionel Cavicchioli, Chef de rubrique Santé)

The Conversation

SOURCE : The Conversation

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