Cosmétiques : le bio en plein boom ?

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Cosmétiques : le bio en plein boom ?

Aujourd’hui plus que jamais, une véritable prise de conscience concernant le mieux vivre est en train de se propager à travers la France. Les médias mettent le doigt sur des disfonctionnements entrainant des risques environnementaux et de santé publique. Les français creusent le sujet et tentent de rectifier le tir en consommant mieux dans leur assiette mais également en terme de beauté.


Nuoo, spécialisé dans la box beauté dédiée aux produits cosmétiques naturels, bio ou vegan, a souhaité en savoir davantage sur le lien entre les françaises et les produits d’hygiène et de beauté bio ou naturels. La marque a choisi l’Ifop pour réaliser une étude par questionnaire auto-administré en ligne du 06 au 10 septembre 2018 auprès d’un échantillon de 1 047 femmes, représentatif de la population féminine âgée de 18 ans et plus.

Infographie BIO naturel - Nuoobox.com

La rédaction de Nuoobox.com a collaboré avec Laure Friscourt, Directrice marketing et développement du pôle Beauté et Grande Consommation de l'Ifop pour décrypter les résultats de cette enquête.

On remarque une certaine segmentation de la population interrogée, notamment en ce qui concerne la consommation des produits bio/ naturels en fonction de la catégorie socio-professionnelle.

En effet, les CSP+ consommeraient plus de produits cosmétiques bio/naturels que les autres. C’est effectivement une constante que l’on retrouve dans la majorité des études réalisées autour de la thématique bio ou naturalité, le prix étant encore aujourd’hui un frein à l’achat pour certaines populations au pouvoir d’achat plus restreint. Toutefois, cet écart entre les différentes catégories socio-professionnelles est en train de se résorber. Aujourd’hui les produits bio/naturels touchent de plus en plus toutes les classes sociales et tous les âges. Notons que le Bio et le Naturel sont deux notions qui se confondent encore dans l’esprit des consommateurs, qui sont par ailleurs en demande de clarification.

Cette résorption s’observe-t-elle également à l’étranger, comme aux USA ou en Asie ?

Dans certains autres pays ou autres régions du monde, les choses peuvent être différentes. En Asie du Nord, dans des pays tels que la Chine, le Japon ou la Corée, l’utilisation d’ingrédients naturels est très ancrée dans la culture et les habitudes de consommation (notamment dans l’univers des produits de beauté), beaucoup plus qu’en Occident. Ainsi, l’usage de produits naturels est beaucoup plus répandu que dans notre pays et touche toute la population, quelle que soit sa classe sociale. A l’inverse, aux États-Unis, la notion de développement durable, englobant entre autres la dimension de naturalité et innocuité des produits, est moins ancrée dans l’esprit des consommateurs. Cela évolue, mais les Etats-Unis restent encore aujourd’hui en retrait des pays Européens ou de pays asiatiques tels que la Chine sur cette dynamique sociétale.

On observe également que certains produits bio/naturels, tels que les soins visages/corps ou les soins pour cheveux, récoltent davantage les faveurs des consommateurs, contrairement aux produits de parfumerie bio/naturels ?

Effectivement, parmi les catégories de produits cosmétiques bio/naturels les plus consommés se trouvent les catégories des soins visage, de l’hygiène visage, des soins corps et des produits/ soins pour les cheveux. Ceci s’explique par le fait que les consommateurs ont conscience que ces produits sont absorbés par la peau et pénètrent donc dans leur corps ; ils sont ainsi plus sensibles à la naturalité des ingrédients, plus prudents et exigeants dans la sélection de ces types de produits, préférant ainsi se fier à des ingrédients bio ou naturels ayant une bonne innocuité. Le domaine de la parfumerie, est, quant à lui, un secteur très particulier de l’univers cosmétique qui va faire appel au sens et à l’émotion du consommateur. L’innocuité n’est donc pas le premier critère de sélection des produits dans ce secteur, où c’est avant tout le marketing et l’émotionnel qui priment. A noter toutefois que cela évolue, et que la composition des parfums devient un critère dont l’importance grandit parmi les acheteurs de parfums très haut de gamme.

On dénote par ailleurs une certaine méfiance des consommateurs vis-à-vis de certaines appellations bio, mais également des différents labels. Qu’en pensez-vous ?

Il est vrai que l’on observe à la fois une grande dynamique du bio et de la naturalité, mais également de la méfiance de la part des consommateurs. Le consommateur se sent souvent un peu perdu face à la pléthore de labels sur le marché, et face aux mentions figurant sur les packaging, mais tout cela est en train de se clarifier. Pour exemple, certains fabricants apposaient jusqu’à aujourd’hui la notion 0% sur les emballages de certains produits pour indiquer l’absence d’un élément dans la composition, alors que celui-ci n’entre pas dans la composition même du produit. La nouvelle législation européenne permettra de mieux encadrer ces mentions. De plus, s’il y a quelques années encore, l’utilisation d’ingrédients naturels dans les produits cosmétiques véhiculait inconsciemment pour les consommateurs occidentaux une moindre efficacité, la tendance est en train de s’inverser : produits naturels connote aujourd’hui efficacité pour plus de la moitié des consommateurs.

Pensez-vous donc que les gros distributeurs, tels que les grandes surfaces et notamment les parapharmacies, sont amenés à tendre eux-aussi vers ce marché ?

C’est en effet un véritable enjeu, face à la démocratisation des produits bio/ naturels. D’autant plus que les parapharmacies sont en plein boom aujourd’hui en France. Ce que l’on constate sur le marché des cosmétiques bio/naturels, c’est également une émergence de ce que l’on appelle les Indie Brands. Ces petites marques réussissent à prendre des parts de marché non négligeables grâce à leur modèle économique beaucoup plus agile. Elles sont d’ailleurs en plein essor outre-Atlantique, notamment dans l’univers du maquillage et des soins. Leur modèle économique leur permet de vendre via une plateforme e-commerce, beaucoup moins coûteuse que la vente physique en magasin.

En conclusion, le mot de la fin ?

L’étude montre une grande dynamique du bio et de la naturalité dans le domaine de la beauté, mais à la fois une grande méfiance de la part des consommatrices. Ce phénomène se décrypte par le fait que l’efficacité des produits cosmétiques bio ou naturel est à la fois l’une des principales motivations mais aussi l’un des principaux freins. Il y a quelques années, les ingrédients bio ou naturels étaient perçus comme inefficaces alors qu’aujourd’hui la mentalité évolue sur la question.

Avec la démocratisation du cosmétique bio ou naturel, les petites entreprises peuvent se positionner sur ce marché. Cette émergence des INDIE BRANDS arrive directement des US, il s’agit de petites marques qui arrivent à prendre une part de marché avec un modèle économique très agile notamment avec des plateformes de e-commerce, moins couteuses que les boutiques physiques.

Pour conclure, je dirais que même si le bio est présent dans une grande variété de produits, il ne s’inscrit pas encore complètement dans le territoire du plaisir. On observe en effet un manque de sensorialité perçue par les consommateurs dans les produits bio/naturels, ce-qui pour ma part, représente une vraie piste à investiguer. Il y a, de plus, aujourd’hui, un véritable travail de clarification de l’offre à faire afin de faciliter le choix du consommateur qui se trouve encore perdu et méfiant. La dynamique est bonne, mais il reste encore quelques progrès à faire !

SOURCE : IFOP

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