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Budget limité : manger équilibré est toujours possible

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Budget limité : manger équilibré est toujours possible

En France, on estime qu’environ 8 millions de personnes n’ont pas accès à une alimentation suffisante et de bonne qualité pour des raisons financières. Ceci est d’autant plus préoccupant que non seulement les personnes concernées ont plus de risques de développer des pathologies liées à l’alimentation, mais cette situation génère également des phénomènes d’exclusion sociale.

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Dans le cadre des Etats Généraux de l’Alimentation, sur le sujet portant sur « Comment favoriser l’accès du plus grand nombre à une alimentation suffisante et saine ? », Caroline Rio, diététicienne, et Jean-Louis Lambert, économiste et sociologue de l‘alimentation, étaient réunis à l’occasion d’un atelier dédié à l’Alimentation des populations à budget modeste. Ils ont dressé le constat suivant :

En 2017, 45 % des Français estiment avoir des difficultés budgétaires (Crédoc, enquête consommateur 2017). 48 % des ménages appartiennent ainsi à la catégorie des consommateurs modestes et 21 % ont des bas revenus, soit moins de I 022 euros par personne et par mois (Insee, « Les cahiers de la consommation »). De nouveaux profils de bénéficiaires de l'aide alimentaire se dessinent, comme les jeunes de moins de 25 ans, des familles monoparentales, des personnes âgées, des travailleurs pauvres, des jeunes retraités.

L'alimentation est souvent considérée comme la variable d'ajustement dans le budget des Français

« Les fins de mois peuvent être difficile au niveau de l'alimentation » a précisé Jean-Louis Lambert, « cependant si le prix reste le critère de choix le plus important, les aspects symboliques sont également largement pris en compte par les mangeurs ». Et d’ajouter : « la société crée donc des envies et des frustrations pour les personnes ayant un budget restreint. Mais l'alimentation reste un facteur de plaisir qui peut être accessible dans l'immédiat. Il faut en tenir compte pour les accompagner vers une alimentation équilibrée ». Caroline Rio a donc appelé à « préserver ce plaisir et arrêter de diaboliser certains aliments ».

Les mangeurs sont désorientés en raison de la multiplication des injonctions : manger mieux, manger moins de ceci, moins de cela…

« Pour accompagner les populations aux budgets modestes vers une alimentation équilibrée, il faut cesser de juger les personnes les plus précaires et de diaboliser certains produits » a précisé Caroline Rio diététicienne. « Les personnes avec un petit budget se sentent donc jugées et stigmatisées car elles ne peuvent répondre à toutes ces injonctions alors qu'elles mènent un combat quotidien pour se nourrir ».

Moins d’injonction, plus d’attention

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Les milieux défavorisés sont les plus sujets aux carences en micro nutriments. « Le plaisir de manger certains aliments, comme les produits laitiers, peut permettre de combler certaines de ces carences » a témoigné la diététicienne. « Le temps de préparation et la praticité sont aussi des critères essentiels. Ainsi, les produits prêts à manger sont souvent plébiscités, car ils ne nécessitent pas de temps long de préparation. Le fait-maison est plus coûteux en temps mais aussi parfois en prix… électricité, gaz, matériel… . 2,5 kilogrammes de pommes de terre en filet sont plus chers que 2,5 kilogrammes de frites surgelées et ces dernières sont bien plus rapides à préparer. Les produits laitiers, les œufs et les légumes secs, font partie des aliments basiques qui ont un très bon rapport qualité nutritionnel, praticité et prix ».

Démédicaliser les discours nutritionnels

Pour Jean-Louis Lambert « les discours qui médicalisent l’alimentation ont un effet limité sur les populations modestes. On leur promet la santé à long terme, alors qu’elles vivent au jour le jour ». Caroline Rio a conclu : « pour les populations à petit budget, il est important de privilégier une communication positive plutôt qu’une approche normative, moralisante ou culpabilisante, comme le NutriScore. Et construire une approche globale de l’alimentation afin d’équilibrer les discours aussi bien que les régimes alimentaires : on ne mange pas des nutriments mais des aliments ».

SOURCE : CNIEL

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