Alimentation saine et durable : la planète se mobilise

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Alimentation saine et durable : la planète se mobilise

Le 18 octobre, le Comité des Nations Unies sur la sécurité alimentaire mondiale (CSA) a donné le top départ de cette ambition de grande ampleur : en 2020, des lignes directrices volontaires sur des systèmes alimentaires durables seront édictées. Il aura fallu 4 ans de travail et la publication en 2017 du rapport « Nutrition et systèmes alimentaires » du Groupe d’experts de haut niveau du CSA pour lancer cette gigantesque négociation internationale qui durera 2 ans.


La planète se mobilise pour une alimentation saine et respectueuse de l'environnement

Deux ans pour transformer radicalement nos systèmes alimentaires à l'échelle internationale. Le compte à rebours est lancé ! Le Fonds français pour l'alimentation et la santé (FFAS) a tenu à organiser une conférence le 23 novembre pour définir les enjeux et les étapes qui aboutiront à ces lignes directrices :

  • Premier constat : l'enjeu est planétaire. 1 personne sur 3 dans le monde est malnutrie. Pays du Sud et du Nord sont embarqués dans la même galère. En Europe, le nombre de personnes en surpoids ou obèses dépassera bientôt celui des citoyens ayant un poids normal.

  • Deuxième constat : la méthode de travail et les grands principes ont été actés. "Chaque pays va maintenant travailler sur ces lignes directrices volontaires pendant 2 ans avec le souci d'inclure tous les acteurs (publics, privés, ONG...)," a déclaré Patrick Caron, président du Comité directeur du Groupe d'experts de haut niveau du CSA. Ces lignes directrices devront aider à réformer aussi bien la chaîne de production que l'environnement alimentaire et les comportements des consommateurs. Et une attention particulière sera portée aux populations vulnérables.

Conscients des obstacles à surmonter (conflits d'intérêt, asymétrie des pouvoirs entre les différents acteurs) ..., les Etats ont deux ans pour tracer les grandes lignes d'un système alimentaire plus sain et plus respectueux de la planète. "Il nous faut les construire à partir des désaccords", a même indiqué Patrick Caron.

A l'ouverture de ce grand chantier, la conférence du FFAS a permis de dessiner à grands traits ces futures lignes directrices.

Ce que ces normes ne seront pas :

  • Un catalogue d'interdits : "Il faut lutter contre l'idée selon laquelle la nutrition est avant tout un facteur de risque." Frédéric Lambert, chef du service Europe et international au ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation

  • Des normes contraignantes : "Les lignes directrices auront une dimension mondiale mais elles devront pourvoir se décliner à des échelles nationales, voire locales". Patrick Caron

  • Un modèle alimentaire sain unique pour l'ensemble de la planète : "Si l'on ne respecte pas les traditions alimentaires de chacun, nous n'aurons pas d'impact à long terme sur la lutte contre la faim." Valentin Brochard, chargé de plaidoyer sécurité alimentaire à Action contre la Faim.

Ce dont ces normes devront tenir compte :

  • Des droits humains : « Si on veut aller vers un système durable et mener à bien cette transition, il faut que les agriculteurs puissent dégager un revenu correct de leur activité." Frédéric Lambert.

  • Des ruptures très profondes dans les comportements alimentaires : "Les choix alimentaires des Millenials sont portés par des valeurs très différentes des anciennes générations, et notamment le bien-être animal." Agnès Martin, responsable du plaidoyer pour la santé et la nutrition chez Danone.

  • De l'offre et pas seulement de la demande : "Face à certaines mesures comme l'étiquetage nutritionnel ou les taxes sur les boissons sucrées, les industriels ont modifié leur offre alimentaire et la qualité nutritionnelle s'est parfois dégradée." Hervé Guyomard, directeur de recherche à l'Inra, chargé de mission sur la Politique agricole commune.

Partir du terrain

Les experts (*) présents le 23 novembre lors de la conférence du FFAS ont montré que l'on ne partait pas d'une feuille blanche. Les Etats, les ONG et les entreprises privées n'ont pas attendu la publication de lignes directrices pour agir.

  • Le Mexique qui compte 73% de personnes en surpoids ou obèses a instauré une taxe sur les boissons sucrées et sur les aliments très caloriques.
  • Danone a créé des bouteilles d'eau avec des mascottes afin de les rendre attractives aux yeux des enfants.
  • « L'Agence Française de Développement finance des projets dans le monde entier favorisant une utilisation rationnelle des ressources naturelles », a indiqué Céline Place, sous-directrice adjointe du développement humain au ministère de l'Europe et des Affaires Étrangères.

Les initiatives ne manquent pas. « Pour favoriser l'élaboration de lignes directrices efficaces, il faudra les répertorier et analyser leurs résultats », a indiqué Daniel Nairaud, directeur général du FFAS.

Un calendrier porteur

Evidemment, deux ans, c'est long mais le calendrier international est porteur. Les Nations Unies ont déjà défini les objectifs du développement durable (ODD) d'ici 2030. « La France qui présidera le G7 à partir de janvier a bien l'intention de mettre les questions de sécurité alimentaire à l'agenda » a déclaré Céline Place, du ministère de l'Europe et des Affaires Etrangères.

« Et d'ici 18 mois, la plateforme numérique "NumAlim" aura vu le jour. Cette gigantesque base de données qui établira la carte d'identité des aliments et qui contiendra des informations sur les modes de production et de consommation nous permettra de mener des recherches pour connaître nos besoins réels et se nourrir en conséquence », a déclaré le directeur général du FFAS.

L'Allemagne a, quant à elle, déjà annoncé une contribution de 500 000 euros au processus de consultation. Et même si certains pays traînent des pieds, un retour en arrière n'est pas possible. Le rendez-vous pour 2020 est pris !

(*) Les experts présents :

  • Muriel Mambrini, Directrice de recherche à l’INRA et membre du Conseil scientifique et éthique du FFAS
  • Patrick Caron, Président du Comité directeur du Groupe d’experts de haut niveau (HLPE) du Comité des Nations Unies pour la sécurité alimentaire mondiale (CSA)
  • Hervé Guyomard, Directeur de recherche à l’INRA, chargé de mission sur la Politique Agricole Commune
  • Céline Place, Sous-directrice adjointe du développement humain, Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères
  • Frédéric Lambert, Chef du service Europe et International, DGPE, Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation
  • Agnès Martin, Danone
  • Valentin Brochard, chargé de plaidoyer sécurité alimentaire, Action Contre la Faim
  • Daniel Nairaud, Directeur général du FFAS

SOURCE : FFAS

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