Zoom sur notre assiette : les fruits et légumes de la France à l'Europe

lu 7324 fois

Cette année, dans le cadre des Rencontres de la Fondation Louis-Bonduelle, le contenu de nos assiettes en fruits et légumes, et de celles de nos voisins européens, a été passé à la loupe ! La journée du mardi 1er juin 2010 a été l'occasion de dresser un panorama de la consommation de fruits et légumes en France et en Europe.

« Zoom sur notre assiette : les fruits et légumes de la France à l'Europe » - Crédit photo : www.ti-marche.com Comment évolue la consommation de fruits et légumes ? Quels en sont les déterminants ? Et les obstacles ? Au travers de différentes approches, socio-économique et épidémiologique, chercheurs et acteurs de l'évolution des comportements alimentaires sont intervenus pendant les rencontres de la Fondation Louis-Bonduelle.

Parce que le but de la Fondation est d'agir au jour le jour pour que les Européens passent de la théorie à la pratique, et adoptent enfin les bons réflexes alimentaires, les programmes qui ont démontré leur efficacité ont fait l'objet de présentations détaillées.

Que trouve-t-on dans l'assiette des Français ?

Menée entre 2005 et 2007, l'étude INCA 2 (*) a permis de faire le point sur la consommation alimentaire des Français, enfants et adultes, et d'évaluer son évolution grâce aux premières données recueillies en 1999 (INCA 1 ). L'enquête a révélé que la consommation de légumes est restée globalement stable, ou a légèrement augmenté, aussi bien chez les adultes que chez les enfants. Cependant, on note une augmentation au cours de la période dans le groupe spécifique des femmes adultes. Quelque soit le sexe, la consommation de légumes augmente avec l'âge et est supérieure dans le Sud de la France.

Quelques chiffres

  • Un adulte sur deux consomme moins de deux portions de fruits et légumes par jour
  • Un homme de la tranche d'âge 55-79 ans consomme 60 % de légumes en plus qu'un homme de la tranche d'âge 18-34 ans
  • 15 % des apports en fibres chez les enfants et 19 % chez les adultes sont assurés par les légumes
  • Les légumes font partie des cinq plus forts contributeurs des apports en vitamines B1, B5, B6 et C et en minéraux (potassium, cuivre, fer, magnésium, manganèse...)

Bien que les légumes constituent une source majeure de fibres, de vitamines et de minéraux, leur consommation demeure toujours inférieure aux recommandations de l'OMS, surtout chez les enfants et les jeunes adultes.

(*) étude Individuelle Nationale de Consommation Alimentaire 2, Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA)

Consommation de fruits et légumes : déterminants et obstacles

Aujourd'hui, plus personne n'ignore qu'il est recommandé de consommer « au moins cinq fruits et légumes par jour ». On ne peut donc pas expliquer la faible consommation de fruits et légumes par le manque d'information.

Quels sont donc les facteurs qui limitent la demande des consommateurs ?

Les effets de l'âge : L'âge est le facteur socio-démographique le plus important corrélé à la consommation de fruits et légumes. Celle-ci croît régulièrement jusque vers 60-65 ans puis diminue. Il faut également savoir qu'il existe aussi un « effet générationnel » : à âge égal, les jeunes générations sont moins amatrices de fruits et légumes, en particulier frais, que les générations qui les ont précédées. Une tendance qui à terme engendrera une baisse générale de la consommation de ces aliments.

Le statut socio-économique : Les fruits et légumes sont les aliments pour lesquels la consommation est la plus liée au statut socio-économique. Plus les revenus et le niveau d'éducation sont élevés, plus la quantité et la variété des fruits et légumes frais consommés sont importantes. Entre le quart le plus pauvre et celui le plus riche de la population, les quantités de fruits et légumes frais consommées varient presque d'un facteur un à trois. Les écarts sont toutefois moins importants pour les légumes et fruits transformés, dont les prix ont connu une augmentation moindre que celle des fruits et légumes frais.

Comment surmonter les obstacles ?

Les différentes interventions à destination du grand public, dont la fameuse campagne « 5 fruits et légumes par jour », ont un impact positif sur les connaissances et les attitudes envers les fruits et légumes. Mais elles ne suffisent pas à lever tous les freins. Deux voies complémentaires peuvent être envisagées :

Les interventions ciblées : Elles visent des classes d'âge spécifique ou des populations fragiles, à un niveau local (école, commune). Il s'agit de modifier l'environnement des individus en agissant sur le prix et l'accessibilité, tout en stimulant la demande par l'information et l'éducation.

L'action sur l'offre : Pour faire évoluer durablement les comportements alimentaires, il est nécessaire de poursuivre la valorisation de l'ensemble des attributs des fruits et légumes. Leurs caractéristiques sensorielles notamment jouent un rôle majeur dans la formation des préférences alimentaires.

Et dans l'assiette des Européens ?

Dans la majorité des pays européens, la consommation quotidienne moyenne de fruits et légumes est évaluée à 220 grammes. Elle est inférieure à la recommandation de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) de 400 grammes/jour. Mais derrière cette moyenne, on observe une grande hétérogénéité : les pays du Sud de l'Europe, qui bénéficient d'un meilleur approvisionnement en fruits et légumes, sont de plus grands consommateurs que ceux du Nord. Les enfants européens, eux, consomment en moyenne quotidiennement 80 grammes de fruits et légumes : on estime que seuls 6 à 24 % d'entre eux respectent la recommandation de l'OMS.

Par ailleurs, des analyses sur le régime alimentaire ont révélé qu'entre les gros et les petits consommateurs de fruits et légumes, les tailles de portion variaient peu et que la différence se voyait surtout au niveau de la fréquence de consommation. Quant à l'évolution, on note une hausse de la consommation pour les fruits et légumes en général, mais une baisse pour les légumes et fruits frais. Pour compléter ces tendances issues de différentes études n'utilisant pas la même méthodologie, une étude pan-européenne, « the EU menu », débutera en 2012 pour une durée de 5 ans.

Quels sont les déterminants ?

En combinant les données issues de plusieurs études, on a mis en évidence que la consommation de fruits et légumes est déterminée par un large éventail de facteurs tels que :

Le statut socio-économique : Les foyers à bas revenus consomment moins de fruits et légumes que ceux à salaire élevé. Cependant, dans les deux groupes, les prix élevés de ces aliments sont perçus comme une barrière à la consommation.

L'âge et sexe : Les femmes consomment davantage de fruits et légumes que les hommes. Et cette différence s'observe quelque soit l'âge.

Le style de vie: Les personnes avec un mode de vie sain (sans tabac, alcool avec modération et activité sportive) ont tendance à manger plus de fruits et légumes. Un mode de vie stressé entraîne une faible consommation de fruits et légumes du fait d'un manque de temps.

L'accessibilité aux produits : Une offre peu variée est perçue comme un obstacle à la consommation.

Les préférences alimentaires : Le goût alimentaire, qui se développe principalement pendant l'enfance et se modifie peu à l'âge adulte, est un facteur essentiel dans la détermination du niveau de consommation des fruits et légumes.

Les facteurs psychosociaux : Ce sont par exemple la perception d'efficacité personnelle, la confiance en soi, la conception personnelle d'un régime équilibré,...

Des initiatives européennes qui portent leurs fruits Priorité pour les gouvernements nationaux et les organisations internationales, l'augmentation de la consommation de fruits et légumes fait l'objet de nombreuses initiatives visant la population générale ou des groupes spécifiques. Et cela marche ! En moyenne, ces opérations ont permis de faire consommer environ une demi-portion de plus par jour aux adultes.

La première initiative de l'Union Européenne pour augmenter la consommation de fruits et légumes a été en 2006 le « School Fruit Scheme » : il s'agit d'un programme de distribution de fruits et légumes dans les écoles. Ainsi, ces aliments rentrent progressivement dans les habitudes alimentaires des plus petits.

Grâce à ces diverses expériences, des éléments clés assurant l'efficacité des interventions ont été mis en évidence. Lorsque ces éléments de base font partie d'un programme d'action, les chances de parvenir à un changement durable des comportements et de mentalités s'accroissent. Mais quels sont-ils ? Il faut que l'opération :

  • s'inscrive sur le long terme,
  • implique les décideurs et représentants de la population cible,
  • utilise une approche multiple axée sur les différents facteurs énumérés précédemment.
Les intervenants :
  • Présentation de l'étude INCA 2 et de ses résultats Intervention de Lionel Lafay, responsable de l'unité observatoire des consommations alimentaires, Afssa
  • Intervention de Pierre Combris, directeur de recherche, Inra, ALISS (Alimentation et Sciences Sociales)
  • Intervention de Laura Fernândez Celemin, l'EUFIC (European Food Information Council), le Conseil Européen de l'Information sur l'Alimentation)

(Rencontres Fondation Louis Bonduelle - 1er juin 2010)

SOURCE : Fondation Louis Bonduelle

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s