Zoom sur... la vitamine D

lu 4050 fois

Ce dérivé du cholestérol usurpe son nom de « vitamine » D car il s'agit d'une hormone synthétisée dans l'organisme humain à partir d'un dérivé du cholestérol sous l'action des UVB, soit l'ergocalciférol (D2) soit le cholécalciférol (D3). On a longtemps cru que son rôle se cantonnait à la fixation du calcium dans l'os. Ce n'est que très récemment que ses autres propriétés ont été mises à jour.

Ce que l'on sait aujourd'hui c'est que cette hormone régule plus de 800 gènes, d'où son implication dans de nombreuses pathologies comme le diabète ou l'obésité, l'arthrite ou le psoriasis, certains cancers ou la démence... mais on commence surtout à comprendre combien elle est impliquée dans l'immunité. Difficile encore de se faire une idée claire de toutes ses contributions.

Apports et besoins

La vitamine D est fournie par l'alimentation : la vitamine D3 ou cholécalciférol est d'origine animale, dans le foie et la graisse de poisson marin, et, dans une moindre mesure, dans les poissons bleus, le lait entier, le jaune d'ceuf, le beurre, le fromage gras.

La vitamine D2 ou ergocalciférol est d'origine végétale : la croyance populaire laisse dire que les champignons en sont riches, ce qui est vrai des champignons sauvages qui poussent à la lumière du jour - donc pas les champignons de Paris.

Enfin, il y a la synthèse transcutanée par les UVB qui transforment le 7-déhydrocholestérol, en vitamine D3 ou cholécalciférol.

Elle sera ensuite métabolisée par le foie, transformée par le rein pour prendre sa forme active. Les peaux noires ou foncées auront éventuellement besoin de vitamine D, tout comme tous les sujets privés des rayons du jour comme les très jeunes enfants, les personnes âgées qui préfèrent se chauffer au soleil derrière leur vitrage - malheureusement Vit D-proof. Alors que l'ensoleillement que nous avons en France peut suffire à satisfaire les besoins de la plupart des gens durant les 6 mois favorables, restent les 6 autres, durant lesquels les aliments deviennent la source essentielle.

Ecran total : anti-vitamine D ?

Certains praticiens souhaiteraient un assouplissement des mesures de protection solaire, quand d'autres professionnels prescrivent même une exposition régulière aux UV pour réduire le risque de maladies liées à une carence en vitamine D, en dépit du risque de mélanomes, et comme il est déjà pratiqué pour soigner les dermatoses de type psoriasis, dermatite atopique, etc.

Une évaluation scientifique interdisciplinaire [1] a comparé la supplementation en vitamine D et l'irradiation aux UVB, et conclue que les UV ne représentaient pas un moyen ad hoc pour corriger la carence en vitamine D, contrairement à la supplementation per os. Or, 75 % de la population française est déficiente en vitamine D. D'où la décision gouvernementale de 1998 d'autoriser la supplementation des laits de consommation courante, à concurrence de 1 ug /100 ml (400 UI /l), et les produits laitiers frais, à concurrence de 1,25 ug/100g (50 UI/100g). Reste la prescription de vitamine D aux bébés et jeunes enfants, aux femmes enceintes et allaitant, aux Seniors.

Les apports recommandés en France sont :

Supplementation : entre risques et bénéfices

Quelles stratégies proposées aux patientes enceintes et aux très jeunes enfants pour éviter les carences et déficiences en vitamine D ?

Selon les habitudes alimentaires, vous devrez surfer entre les recommandations nutritionnelles et les prescriptions pharmaceutiques :

La vitamine qui fait mentir nos mères à propos de l'allaitement

« Le lait maternel est le seul aliment complet qui existe » : vous aussi, vous l'avez dit à vos patients, à vos étudiants, à vos commensaux. Et c'est une affirmation erronée. Le lait maternel n'est pas « complet » ni exhaustif pour le bébé puisque la vitamine D lui fait défaut dans la plupart des cas [2]. Une étude vient encore d'être publiée [3] démontrant que les bébés allaités ont un moins bon statut en vitamine D que ceux qui ont reçu du lait infantile.

Mais ensuite ? Que se passe-t-il ?

80 % des adolescents Européens ont des apports subnormaux en vitamine D (concentration en 25-OH-D inférieure à 75 nmol/l.) [4]. Chez eux, une déficience peut se matérialiser par une hyperactivité, une déficience du système immunitaire, et des troubles des fonctions cognitives. Ce taux est inversement proportionnel à l'IMC. Il y a des différences significatives selon la situation géographique : les mieux dotés vivant à Rome, Athènes, Vienne et Saragosse, les moins nantis vivant à Lille, Gent et Dortmund. Même si ces données correspondent plus aux chiffres des adultes et non des adolescents, il reste que l'insuffisance d'apports est évidente.

Selon une étude française [5], chez les adultes déficients, le statut en vitamine D peut être corrigé sauf chez les sujets obèses (IMC > 25). Reste à déterminer la meilleure période pour entreprendre cette supplémentation.

Vitamine D et pathologies chroniques

La déficience de vitamine D est impliquée dans de nombreuses pathologies chroniques comme l'obésité, l'insuffisance rénale chronique, certaines pathologies neurodegeneratives, le diabète, certains cancers (sein...), mais aussi le système immunitaire et hormonal. Les liens et causalités restent à être confirmés, démontres... On est encore loin de la cruche à l'Os !

Plus de vitamine D pour prévenir ou corriger

Les besoins en vitamine D de l'ossification sont de l'ordre du picomolaire alors que d'autres fonctions comme la différenciation cellulaire et le système immunitaire requièrent des doses 100 à 1.000 fois plus élevées.

D'ailleurs, les troubles de la différenciation cellulaire ou du système immunitaire sont le plus souvent observés chez des individus non carences en vitamine D : un effet « pharmacologique » serait donc souhaitable, mais il existe un récontrôle qui inhibe la production de 1,25-dihydroxyvitamine D en cas de surcharge en vitamine D. Un traitement ou la prévention de pathologies auto-immunes ou tumorales par suppléments de vitamine D n'est donc pas envisageable.

De même, les nombreux essais effectués chez l'animal confirment que les doses potentiellement actives de 1,25-dihydroxyvitamine D ne peuvent être utilisées en clinique humaine, en raison de leur effet hypercalcémiant et hyper-calciuriant. La recherche d'analogues de la vitamine D est en cours.

De la dépression à la prévention de tous les maux, il n'y a qu'un pas que certains industriels ou quelques laboratoires n'hésitent pas à franchir.

Une tumorisation ou l'auto-immunité ?

Si l'intérêt d'enrichir les laitages en vitamine D semble évident, notamment pour les enfants, adolescents, femmes enceintes ou allaitant, seniors... l'intérêt d'un complément en vitamine D « contre le stress » est moins clair et certainement plus opportuniste.

Les praticiens devront s'assurer, à l'interrogatoire, que les patients consomment régulièrement poissons gras, jaune d'oeuf, et matières grasses laitières sous forme de beurre ou de fromage entier.

Comme toutes les vitamines liposolubles, la vitamine D a des effets nocifs en cas de surdosage, provoquant des désordres de calcémie, des atteintes rénales, de l'asthénie, etc. Ces effets débutant dès 250 ug/jour (10 000 Ul/jour) pendant plusieurs jours, quand 5 ug sont recommandés pour un adulte.

Aux USA, où l'enrichissement des laits a débuté en 1930, des hypervitaminoses D ont été observées, conséquences d'une grande consommation de lait enrichi, et parfois, mal dosés. En revanche, aucune hypervitaminose n'a été enregistrée par excès de soleil.

Références :

  1. Dr Laurence Feldmeyer.
  2. Finer S, Khan KS, Hitman GA, Griffiths C Martineau A, Meads C. Inadequate vitamin D status in pregnancy: evidence for supplementation Acta Obslet Gynecol Scand. 2011 Oct 18.
  3. Abdul-Razzak KK, Ajlony M, Khoursheed AM, Obeidat BA. Vitamin D Deficiency among Healthy Infant and Toddler: A Prospective Study from Irbid, Jordan Pediatr Int. 2011 Apr 20.
  4. Gonzalez-Gross M, Valtuena J, Breidenassel G, Moreno LA, Ferrari M, Kersting M, De Henauw S, Gotlrand F, Azzini E, Widhalm K, Kafatos A, Manios Y, Stehle P. Vitamin D status among adolescents in Europe: the Healthy Lifestyle in Europe by Nutrition in Adolescence study. Br J Nutr. 2011 Aug 17:1-10.
  5. Rouillon V, Dubourg G, Gauvain IB, Baron D, Glemarec J, Gormier G, Guillot P. Vitamin D insufficiency: Evaluation of an oral standardized supplementation using lOO.OOOIU vials of cholecalciferol, depending on initial serum level of 250H vitamin D. Joint Bone Spine. 2011 Nov 4.

(Consultation Nutrition n°11 - Novembre 2011)

SOURCE : NUTRIMARKETING SA

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s