Y aurait-il vraiment un « grand mensonge du cholestérol » ?

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Une dénonciation d’un prétendu « complot » ou « grand mensonge du cholestérol » fait recette sur Internet et en librairie. Un réseau international s’est ainsi constitué, The International Network of cholesterol skeptics (THINCS), dont l’un des représentants en France est le Docteur de Lorgeril, auteur de plusieurs livres grand public, et qui proclame que le cholestérol n’a à voir ni avec la genèse des plaques d’athérosclérose [1], ni avec ses manifestations cliniques, et qu’essayer d’en abaisser la concentration dans le sang, en particulier au moyen des statines, n’aurait aucun sens. Pour lui, tout ceci serait le résultat d’un complot ourdi par des médecins, chercheurs, biologistes, sociétés savantes, industrie pharmaceutique et régimes politiques [2].

Les campagnes de ces « militants anticholestérol » méritent d’être dénoncées avec une vigueur particulière car elles ont de nombreuses conséquences, non seulement en ce qui concerne les personnes en bonne santé, mais aussi en ce qui concerne de très nombreux malades. La science de l’athérosclérose n’a pas, bien évidemment, permis de rayer de la carte cette affection, elle a néanmoins suffisamment progressé – sur tous les fronts – pour que l’on puisse, en 2012, lui attribuer une grande partie de l’augmentation de la durée de vie que l’on observe depuis des années dans nos pays. La mortalité globale, en France, diminue régulièrement et cette diminution est essentiellement une conséquence de la réduction de la mortalité cardiovasculaire [3].

Infarctus : le cholestérol serait hors de cause ?

Un des ouvrages majeurs des « militants anticholestérol » en France est « Cholestérol, mensonges et propagande » de Michel de Lorgeril [4]. Le jugement y est sans appel : « le cholestérol est innocent et ne bouche pas les artères », il est « illusoire » de chercher à baisser son cholestérol pour baisser le risque d’infarctus, les différents médicaments « anti-cholestérol » proposés sont inefficaces (page 199).

Mais si ce n’est pas le cholestérol qui est responsable de l’infarctus, c’est quoi ? Le mécanisme proposé est surprenant : l’infarctus serait dû à la seule formation d’un caillot dans la circulation coronaire. Pas un mot sur son mode de formation, pourtant essentiel, pas un mot sur les milliers de travaux qui mettent en cause le cholestérol et de tout ce qui est maintenant bien établi concernant le mécanisme de l’athérogenèse. Le caillot serait dû à un processus, non expliqué, mettant en cause les plaquettes, la coagulation et la fibrinolyse. Pas un mot sur la paroi elle-même (p 228) !

Pas un mot sur le gigantesque et minutieux travail effectué par des centaines d’équipes et qui a établi progressivement la séquence d’événements depuis la pénétration du cholestérol dans la paroi jusqu’à la formation des stries lipidiques, leur transformation en plaques et leur ulcération, laquelle est à l’origine du caillot qui finalement va obturer l’artère. Une « inculture », pour reprendre le vocabulaire même de l’auteur, surprenante. Ajoutons les nombreuses simplifications abusives (exemples en encadré) que l’on retrouve dans le livre.

Exemples de simplifications abusives

Pour nier le rôle du cholestérol dans les maladies coronariennes, un certain nombre de simplifications sont opérées. La confusion des bases cliniques du raisonnement pose tout autant problème : la linéarité de la relation cholestérol-maladies coronariennes est niée, en omettant le fait que cette linéarité n’est observée que par classe d’âge. Une étude [5] a porté sur près de 900 000 adultes dont 55 000 sont morts de maladie vasculaire. Elle a montré une relation linéaire entre le taux de cholestérol sanguin, par classe d’âge, et la mortalité cardiovasculaire. La relation est, bien évidemment, beaucoup plus forte chez les adultes jeunes que chez les adultes âgés.

Les essais cliniques portant sur les statines sont analysés d’une manière outrageusement sélective. Les statines (à la base des traitements anti-cholestérol) sont présentées comme des substances dangereuses, cancérigènes, et n’ayant aucun effet sur la morbidité et la mortalité cardiovasculaire, malgré les très nombreuses preuves du contraire (voir plus loin). L’argumentation est basée sur de nombreuses simplifications, voire des erreurs.

Deux exemples pour illustrer. Page 170, les deux essais cliniques de prévention secondaire CARE et LIPID sont présentés comme figurant dans un contexte « d’hystérie collective » et comme fournissant des résultats différents et contradictoires, ce qui est inexact : CARE porte sur 4 159 patients traités avec de la pravastatine, le risque de décès d’origine coronarienne y est réduit de 24 % ; dans LIPID, qui porte sur 9 014 patients, ce même risque est réduit avec le même médicament de 29 % [6]. L’essai ILLUMINATE, cité dans le tableau de la page 189, est présenté comme témoignant « d’une augmentation inattendue de la mortalité ». En fait, cet essai ne porte pas sur les statines mais sur les effets de l’addition à un traitement déjà institué avec une statine du Torcetrapib, un hypocholestérolémiant qui agit selon un mécanisme complètement différent de celui des statines [7], ce que confirme l’annexe 4. L’essai, quoique négatif, a bien été publié au grand dam des inventeurs du Torcetrapib, les laboratoires Pfizer en l’occurrence, et cette publication a eu un effet désastreux sur ce laboratoire.

Les « militants anti-cholestérols » accusent l’industrie pharmaceutique d’être à l’origine de ce « grand mensonge », afin de promouvoir la vente de ses produits. Le médicament peut en effet être un enjeu économique majeur, et cet enjeu a conduit à des dérapages récents célèbres, mais il est bien évident que si ce seul argument suffisait à rejeter une thérapie, il ne resterait plus guère de traitements disponibles sur le marché. Par ailleurs, quel que soit le jugement que l’on peut en avoir, seule l’industrie a la puissance pour développer et permettre l’évaluation d’un médicament. Elle a les moyens de financer non seulement les recherches basiques, mais aussi les essais cliniques qui portent généralement dans ce domaine sur des milliers de patients et il est évident que cela génère des abus. Les organismes de recherche publique n’ont dans aucun pays les moyens de ce type de financement à de très rares exceptions près. Il faut aussi remarquer que ce n’est pas l’intérêt bien compris des industriels de commercialiser des médicaments inefficaces ou dangereux qui seront diffusés sur une très grande échelle, les retours de bâton sont inévitables et toujours très douloureux.

Il existe par ailleurs de nombreux exemples d’essais négatifs publiés dans les plus grands journaux malgré la publicité négative qu’ils donnent à leurs promoteurs (voir par exemple l’essai sur le Torcetrapib cité en encadré).

Verres de vin, omega-3 et régime crétois contre traitements validés

Face à ce « véritable complot du cholestérol », les auteurs opposent un plaidoyer en faveur d’une diététique « saine et naturelle » et une littérature relatant des résultats peu reproductibles, axée sur les bienfaits du verre de vin, des Omega 3 et du régime méditerranéen.

Le Dr de Lorgeril a lui-même participé à une étude d'intervention sur un traitement de l’athérosclérose, portant sur les bienfaits du « régime crétois » (consommation abondante de fruits, de légumes, de céréales et d’huile d’olive et faible consommation de viande et produits laitiers), l’étude de Lyon, aux résultats surprenants puisque la mortalité y était réduite de 70 % ! L’ampleur exceptionnelle de ces résultats, le grand nombre de biais méthodologiques, le petit nombre de sujets inclus et le fait qu’elle n’ait jamais été reproduite, suscitent le doute.

L’auteur se présente également comme un partisan des Omega 3 sur lesquels il a écrit un livre, mais il n’a toujours pas été démontré, y compris par des études de grande puissance, que l’apport des Oméga 3 dans l’alimentation améliore le pronostic cardiovasculaire, tant en prévention primaire (prévenir le risque) que secondaire (diminuer les conséquences pour les personnes atteintes). Le seul effet démontré est une diminution des triglycérides plasmatiques qui sont un facteur de risque encore discuté.

Le rôle du cholestérol dans les maladies cardiaques

Les cardiopathies ischémiques et les accidents vasculaires cérébraux (AVC) [8], constituent l’une des toutes premières causes de mortalité dans le monde. L’origine de ces deux groupes d’affections est un processus morbide complexe, appelé athérosclérose. Cette affection est multifactorielle et a une double origine, génétique (la composante génétique [9] est forte et les variants génétiques en cause sont très nombreux) et environnementale (essentiellement liée à un déséquilibre énergétique entre une surabondance alimentaire et une sédentarité excessive). L’importance de ces deux éléments étant éminemment variable d’une personne à l’autre.

Voir l’article de D. Steinberg au titre évocateur : « Atherogenesis in perspective : hypercholesterolemia and inflammation as partners in crime », Nature Med 2002, 8, 1211-1217, ainsi que la revue de C. Weber « Atherosclerosis : current pathogenesis and therapeutic options ». Nature Medicine 2011, 17, 1410-1422] qui insiste particulièrement sur la réaction inflammatoire.

Un des éléments du consensus scientifique est que le cholestérol circulant joue un rôle majeur dans la genèse même de l’affection, à ses tout débuts, et que la réduction de sa concentration sanguine, la cholestérolémie, constitue une cible thérapeutique majeure. Ce consensus ne repose pas sur quelques idées vagues ou mercantiles, mais sur des milliers d’études reproductibles et reproduites, faites dans de très nombreux pays et qui sont à la fois expérimentales, anatomo-cliniques, cliniques, épidémiologiques et thérapeutiques. Dire que le sujet est documenté est un véritable euphémisme. Tous les traités de cardiologie sans exception comportent plusieurs chapitres sur le sujet. Il existe par ailleurs plusieurs journaux spécialisés de très haut niveau dont Atherosclerosis. Tous font état de ce type de consensus.

Un complot jouant en sa faveur, s’il existait, devrait être planétaire et impliquer des dizaines de milliers de médecins et de scientifiques de Paris à New York et de Pékin à Tokyo.

Il est non moins certain que le cholestérol n’est pas le seul élément en cause, il existe de nombreuses formes cliniques d’athérosclérose à cholestérolémie normale. De nombreuses autres anomalies sont associées de façon causale à l’athérosclérose, comme le diabète, le tabagisme ou l’hypertension artérielle, et le mécanisme en cause inclut certainement plusieurs autres éléments, le plus important étant la réaction inflammatoire [10]. Il est enfin certain que les tout premiers temps de la fabrication de la plaque d’athérosclérose posent encore des problèmes et comportent encore une large marche d’incertitudes.

Bon et mauvais cholestérol

Le cholestérol est un élément essentiel à la vie cellulaire. C’est, entre autres, un composé de toutes les membranes cellulaires. Son métabolisme est bien connu. Comme tout lipide, le cholestérol est transporté dans le plasma sous forme de lipoprotéines, LP. Ce sont des sortes de particules analogues, la protéine en moins, aux particules qui forment une émulsion d’huile dans l’eau. La fraction protéique des LP s’appelle apoprotéine. Comme toute protéine, elle est codée par un gène et il existe de nombreuses apoprotéines codées par de nombreux gènes. Il existe aussi des mutations sur ces gènes, lesquelles rendent compte d’un certain nombre d’hyper ou d’hypolipidémies génétiques et familiales. Il existe plusieurs types de lipoprotéines que l’on a caractérisées en fonction de leur taille. Les plus importantes sont les Low Density Lipoproteins, LDL, de faible densité et les High Density Lipoprotéins, HDL. Ces LP servent toutes au transport des différents lipides et contiennent toutes du cholestérol. Les HDL servent à épurer le cholestérol des membranes cellulaires vers le foie où il sera éliminé dans la bile.

L’élévation du cholestérol des LDL favorise le dépôt de cholestérol qui va progressivement boucher les artères et en éroder la paroi. Cette élévation est due à plusieurs facteurs : l’excès de graisses alimentaires, des anomalies portant sur les récepteurs chargés de faire pénétrer le cholestérol dans les tissus. Depuis longtemps, les dosages de routine d’un bilan lipidique du plasma comprennent celui du cholestérol total et du cholestérol des LDL et des HDL. Les études épidémiologiques ont clairement montré que le risque de faire une des manifestations cliniques de l’athérosclérose, comme un infarctus du myocarde, était lié à une élévation du cholestérol des LDL, le « mauvais cholestérol » et à une baisse du cholestérol des HDL, le « bon cholestérol » [11].

Les preuves qui concernent le rôle du cholestérol ne sont pas minces. L’athérosclérose se définit par l’accumulation de cholestérol, et d’autres graisses, dans la paroi artérielle, cette accumulation va progressivement entraîner la formation de plaques dans la paroi même des artères et déclencher une réaction inflammatoire aux conséquences néfastes. La paroi du vaisseau va se scléroser et s’ulcérer, et c’est ce processus qui sera à l’origine des accidents cliniques comme l’infarctus du myocarde. Le mécanisme comporte encore, bien évidemment, nombre d’inconnues (deux en particulier : le rôle de la réaction immunitaire et celui du « bon cholestérol » et de ses transporteurs). Il est validé par une immense littérature à la fois expérimentale (il y a de nombreux modèles animaux), anatomopathologique et utilisant les nouveaux outils de la génomique. Parallèlement, des multitudes d’études épidémiologiques, certaines portant sur près d’un million de personnes [12], ont démontré qu’il existait, pour chaque classe d’âge, une relation parfaitement linéaire entre la concentration du cholestérol sanguin et le risque de faire un infarctus, cette relation étant, bien évidemment, d’autant plus forte que l’on a affaire à des sujets plus jeunes.

D’autres hypothèses existent bien évidemment, aucune, pour l’instant n’est étayée par un tel faisceau d’arguments, en particulier l’idée soutenue par les cholestérol-sceptiques et qui a abouti à la prescription du régime dit méditerranéen. Cette hypothèse est faiblement étayée par des arguments épidémiologiques, cliniques ou expérimentaux et les informations sur le sujet ne font guère le poids à côté de ce qui est connu sur le cholestérol et l’inflammation.

Les traitements et l’action des statines

Abaisser la cholestérolémie est une cible ancienne, longtemps inaccessible faute de médicaments efficaces. Pendant longtemps, le seul traitement des hypercholestérolémies a été la diététique, d’efficacité très limitée, quelle qu’en soit la forme. Il est maintenant possible d’atteindre, en partie, cet objectif. La pharmacopée s’est en effet dotée de plusieurs composés capables d’abaisser significativement la cholestérolémie et, parmi eux, un composé particulièrement actif, les statines, qui sont bien l’une des grandes avancées thérapeutiques de ces temps derniers. Les statines agissent en inhibant spécifiquement l’enzyme qui synthétise le cholestérol. Néanmoins, le cholestérol est aussi un élément essentiel du fonctionnement cellulaire normal et il n’est pas surprenant que les statines aient de nombreux effets secondaires. Certains de ces effets sont bénéfiques comme leur effet anti-inflammatoire, certains délétères comme les douleurs musculaires (les statines, par contre, ne sont pas cancérigènes contrairement à ce que certains ont pu suggérer au début).

La prescription des statines à la suite d’un accident coronarien, même chez des patients ayant une cholestérolémie normale (en prévention secondaire, voir encadré), a significativement abaissé la mortalité et la fréquence des récidives. Ceci ne soulève plus guère de contestations au point que la non-prescription d’une statine après un accident vasculaire est actuellement une quasi faute professionnelle. Mais il n’en reste pas moins que ce traitement ne guérit pas la maladie.

La prescription des statines à titre préventif, en prévention primaire, chez des personnes ayant un cholestérol élevé mais ne souffrant d’aucune des manifestations cliniques de l’affection, a un effet moins solidement établi qui demande encore confirmation. La recommandation habituelle est de traiter les hypercholestérolémies quand elles dépassent un certain seuil.

Pour un bon usage des statines

« Depuis plusieurs mois, des affaires ont secoué le monde de la santé. Le scandale du Mediator mais également celui des prothèses mammaires, les débats autour des pilules de 3e génération ont pu entamer la confiance des Français dans le système de santé. La sortie annoncée dans les prochains jours d’un nouveau livre très critique sur les statines risque d’augmenter encore cette défiance à l’égard des traitements existants et de ceux qui les prescrivent chaque jour pour soigner [...].

En 2010, la Haute Autorité de Santé (HAS) a procédé à l’analyse critique, avec l’appui d’experts méthodologistes, de très nombreuses études parmi lesquelles elle en a retenu 91 ayant inclus 170 000 patients. Et leurs résultats vont dans le même sens : les statines ont une place dans la prise en charge de certains patients car elles sont associées à une baisse de la mortalité totale d’environ 10% et du risque de survenue d’un accident cardio-vasculaire (infarctus du myocarde notamment).

Dans ses avis, la HAS a insisté sur le fait qu’en prévention secondaire – c’est-à-dire après un accident cardio-vasculaire, infarctus, AVC – l’intérêt des statines est indiscutable. Elle a également considéré qu’en prévention primaire (avant un accident), les statines sont à réserver aux personnes qui sont à haut risque c’est-à-dire qui cumulent plusieurs facteurs de risque tels qu’un diabète, une HTA, un tabagisme... Par contre, dans le cas d’une hypercholestérolémie non familiale isolée, il n’a pas été démontré que la prescription de statines était efficace. Le traitement par statine n’est alors pas justifié.

La HAS constate un certain mésusage des statines en France : un recours abusif aux statines en prévention primaire – en regard notamment des effets secondaires possibles de ces molécules – chez des personnes qui ne sont pas à haut risque, en même temps qu’un défaut de prescription de statines chez des patients qui le justifieraient [...].

Inquiéter les malades, provoquer leur défiance vis-à-vis d’un traitement utile et vis-à-vis des médecins qui prescrivent leur traitement n’est pas responsable. Faire courir le risque d’arrêter leur traitement à des malades qui en ont réellement besoin fait porter une responsabilité lourde à l’auteur de ce livre [...]. »

Extraits du communiqué de la Haute Autorité de Santé, 14 février 2013.
Texte complet sur le site de la HAS : www.has-sante.fr

Incidence, facteurs de risque, prévalence et préventions

L’incidence annuelle d’une maladie ne tient compte que des nouveaux cas apparus pendant ce laps de temps. La prévalence d’une maladie à un temps donné (l’année par exemple), c’est le nombre total de patients souffrant de cette maladie présents à ce moment-là. Un facteur de risque est un état physiologique (l’âge, par exemple), pathologique (l’hypercholestérolémie) ou une habitude de vie (tabagisme) associés à une incidence accrue de la maladie.

La prévention primaire comprend tous les actes destinés à diminuer l’incidence d’une maladie dans une population, donc à réduire le risque d’apparition de cas nouveaux. En ce qui concerne la pathologie cardiovasculaire, elle s’adresse aux patients indemnes de toute affection cardiaque ou vasculaire, cliniquement décelable et porte sur les facteurs de risque dont l’hypercholestérolémie, mais ce n’est pas le seul.

La prévention secondaire comprend tous les actes destinés à diminuer la prévalence d’une maladie dans une population, donc à réduire la durée d’évolution de la maladie. Elle concerne les patients ayant déjà présenté un accident cardio-vasculaire et porte sur les facteurs de risque et sur la maladie cardio-vasculaire constituée.

Faudrait-il prescrire des statines à tous les hommes de plus de 50 ans ?

C’est la question que se pose le plus sérieusement du monde un récent éditorial de la revue The Lancet (11 août 2012), revue de référence dans le domaine médical. Une méta-analyse portant sur 27 études et publiée dans le même numéro de la revue montre un bénéfice significatif de la baisse du taux de cholestérol par la prise de statines, même pour les sujets à faible risque cardiovasculaire. Dans le même temps, cette méta-analyse relève une bonne tolérance des patients à ce traitement.

L’éditorialiste du Lancet pose donc la question d’une recommandation de traitement par statines chez des sujets actuellement non ciblés, car ayant un risque d’événement vasculaire majeur à 5 ans inférieur à 10 % et en souligne les conséquences importantes en termes de santé publique et d’économie de la santé qui en résulterait.

Les preuves sont importantes. L’étude HPS parue en 2002 a montré que, dans les populations à très haut risque vasculaire, l’abaissement de la cholestérolémie était bénéfique, quel que soit le niveau de départ. Quatre études faites en prévention primaire (WOSCOPS, AFCAPS, ASCOT et HPS) et trois études en prévention secondaire (HPS, CARE et LIPID) ont montré que les statines réduisaient d’environ 25 à 30 % la cholestérolémie et diminuaient le risque relatif d’accident coronarien d’environ 24 à 30 % [13].

Une analyse regroupant 14 études différentes faites sur 5 ans et comprenant environ 93 000 sujets et 15 000 événements (ce que l’on appelle une « métaanalyse ») a démontré qu’une réduction de la cholestérolémie de 1 mmol/L (39 mg/L) par les statines réduit la mortalité de 20 % [14]. C’est sur ce type d’études qu’ont été établies les recommandations qui sont maintenant appliquées en cardiologie.

Conclusion

L’athérosclérose est un problème de santé publique majeur dans nos pays. Sa physiopathologie n’est qu’incomplètement connue, tout comme celle du cancer, mais il existe néanmoins un certain nombre de consensus sur le mécanisme de l’affection, sur sa prévention et son traitement, en témoigne la spectaculaire réduction récente de la mortalité cardiovasculaire en France. Le cholestérol fait partie de ce consensus et, pour l’instant, il est admis que les mesures diététiques n’ont qu’un effet très modeste. Malgré certains de ses effets secondaires, les statines sont actuellement le seul traitement qui ait démontré sa réelle efficacité. Prétendre, comme le font certains, que cette thérapeutique est inefficace et que sa promotion participe à un complot monté de toutes pièces par l’industrie pharmaceutique ne résiste pas à l’examen des faits.

Références :

  1. À l’origine de nombreuses maladies cardiovasculaires, l’athérosclérose se caractérise par le dépôt d’une plaque de lipides (athérome) sur la paroi des artères, entraînant par la suite sa lésion (sclérose).
  2. François Diévart. « Le retour de la théorie du complot ». Réalités Cardiologiques 2/03/2011
  3. On trouvera ces données épidémiologiques, pour la France, dans les mises à jour que publie régulièrement l’INSERM [voir par exemple Aouba A et col. « Les causes médicales de décès en France en 2004 et leurs évolutions 1980-2004 ». Bul Epidémiol Hebd 2007 ;35-36 :308-314].
  4. Thierry Souccar Editions (18 septembre 2008). Le même éditeur a publié, dans une même collection, et sous le titre générique « mensonges et propagande » : Lait, mensonges et propagande ; Vaccin, mensonges et propagandes.
  5. Prospective Study Collaboration. Lancet 2007, 370, 1829-1839
  6. New England Journal of Medicine, NEJM, 1996, 335, 1001 ; Circulation 1998, 98, 2513 ; NEJM 1998, 339, 1349.
  7. NEJM 2007, 357, 2109-2122
  8. Il y a ischémie quand le sang n’irrigue plus un organe, les cardiopathies ischémiques sont des maladies du cœur dues au fait que le muscle cardiaque ne reçoit plus suffisamment de sang par les vaisseaux qui en assurent normalement l’irrigation, les vaisseaux coronaires ; les AVC ont la même origine et sont dus au fait que les vaisseaux cérébraux n’irriguent plus le cerveau correctement.
  9. Il existe de nombreuses formes monogéniques d’hypercholestérolémies familiales. Certaines de ces formes cliniques, heureusement rares, sont à l’origine d’infarctus du myocarde survenant chez de très jeunes gens. Par ailleurs, la composante génétique des affections dues à l’athérosclérose est forte, bien documentée, d’un grand intérêt pour conforter un diagnostic, mais multigénique [voir le chapitre 1, Partie 3 dans B. Swynghedauw. Quand le gène est en conflit avec son environnement. De Boeck ed. Paris/Bruxelles 2009].
  10. Voir l’article de D. Steinberg au titre évocateur : « Atherogenesis in perspective : hypercholesterolemia and inflammation as partners in crime », Nature Med 2002, 8, 1211-1217, ainsi que la revue de C. Weber « Atherosclerosis : current pathogenesis and therapeutic options ». Nature Medicine 2011, 17, 1410-1422] qui insiste particulièrement sur la réaction inflammatoire.
  11. Buja LM. Atherosclerosis : pathologic anatomy. In Cardiovascular medicine. Wllerson JT, Cohn JN eds. Churchill Livingstone pub. NwY. pp 1325-153.
  12. Prospective Study Collaboration. Lancet 2007, 370, 1829-1839
  13. WOSCOPS : The West of Scotland Coronary Prevention Group. AFCAPS ; Air Force Coronary Atherosclerosis Prevention Study. ASCOT : Anglo-Scandinavian Cardiac Outcomes Trial. HPS : Heart Protection Study. CARE : Cholesterol And Recurrents Events. LIPID : Long Term Intervention With Pravastatin in Ischaemic Disease. CTT : Cholesterol Treatment Trialists. Ce type d’acronyme est couramment utilisé pour désigner des essais de pharmacologie clinique. La référence en la matière est le Professeur Robert Haïat, ancien président de la Société Française de Cardiologie. On trouvera les références de ces essais dans son livre [R. Haïat, G. Leroy. Recommandations et prescriptions en cardiologie. 4e ed. Frison Roche ed. Paris 2011 ; accessible sur www.cardio-log.com].
  14. CTT Lancet 2005, 366, 1267-1278

(Par Bernard Swynghedauw - Science et pseudo-sciences (SPS) n° 302, octobre 2012)

Source : Association Française pour l'Information Scientifique (AFIS)

SOURCE : Association Française pour l'Information Scientifique

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