Y a-t-il un lien entre Oméga 3 et réchauffement climatique ?

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C'est étrange comme question ! Et pourtant... Une publication récente (1) donne les résultats d'un essai où des chercheurs ont mesuré la production de méthane de vaches laitières qui consommaient des rations soit « standard » soit avec du lin.

« Y a-t-il un lien entre Oméga 3 et réchauffement climatique ? » - Crédits photo : www.bleu-blanc-coeur.com On connaissait déjà l’impact des graines de lin cuites sur la qualité nutritionnelle des laits et en 2003, nous avons publié un article (2) dont la conclusion était qu’avec l’apport des graines de lin cuites dans la ration de ruminants laitiers, on améliorait tout à la fois la santé des animaux et le profil d’Acides Gras du lait tout en diminuant la production de méthane.

La réduction des émissions de méthane des ruminants est désormais une préoccupation environnementale de premier plan. Puissant gaz à effet de serre, le méthane (CH4) contribue à 13% des gaz à effets de serre (3), et les ruminants contribuent à hauteur de 15-20% à cet apport de méthane (3).

Dans l’essai cité (1), les vaches « témoins » produisent 17,4 g de CH4 par litre de lait, et celles qui consomment des graines de lin cuites seulement 12,2 g de CH4 à production de lait comparable. C’est doublement intéressant : d’abord parce qu’il est ainsi démontré que l’on peut tout à la fois améliorer la qualité nutritionnelle des produits du lait tout en réduisant de 30% la production de méthane, ce qui est énorme.

Et le lien entre Oméga 3 et Méthane alors ?

Quand une vache consomme les Oméga 3 de l’herbe ou du lin, elle produit à la fois du « bon gras », et « moins de méthane ». Mais quand on la nourrit « contre nature » avec des céréales, des Oméga 6, son écosystème microbien change et produit à la fois plus de méthane pour fabriquer davantage de graisses saturées. Plus les graisses du lait sont saturées et plus la vache produit de méthane. Cette « fable » à la riche morale, je l’avais racontée dans mon livre (4) en suscitant beaucoup de questions de lecteurs.

Nous avons désormais les bases scientifiques pour évaluer la production de méthane à partir de la composition en acides gras des laits, et , n’en déplaisent aux promoteurs de la BST ou de l’intensification à outrance, on peut faire un lien entre qualité du lait (et pas seulement quantité) et méthane. Aujourd’hui le mode de paiement du lait n’intègre pas ces critères de qualité, mais demain ? Maintenant que le lien entre qualité des rations, composition du lait, santé du troupeau et environnement est connu, pourquoi pas un paiement du lait à la qualité de sa matière grasse, ça viendra, le plus vite sera le mieux, pour la santé des vaches, des consommateurs, ... et de la planète...

Références :

  1. Martin C. et al : Journal of Animal Science. 2008 ; “Methane output and diet digestibility in response to feeding dairy cows crude linseed, extruded linseed,or linseed oil”.
  2. Giger S. et al 2003 : « Les graines de lin : Un atout pour gérer les risques en alimentation animale ? »
  3. CITEPA 2004
  4. Weill P : Tous gros demain ? Plon 2007, page 202.

(Pierre WEILL, Co-Président de l’Association Bleu-Blanc-Coeur - Lettre d’information n°18 du réseau Bleu-Blanc-Coeur - Septembre 2008)

SOURCE : Bleu-Blanc-Coeur

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