Vos enfants devant leur assiette: comment contourner le « j’aime pas ça »

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Vos enfants devant leur assiette: comment contourner le « j’aime pas ça »

« J’aime pas ». Pratiquement tous les parents connaissent le refrain. Surtout vers l’âge de 2-3 ans, mais ça peut durer jusqu’à 6-7 ans, l’enfant se met à refuser les aliments nouveaux, voire certains aliments qui lui sont déjà familiers. Il peut aussi chipoter, perdre plaisir à manger… Pourquoi ce changement de comportement ? A Dijon, les chercheurs du Centre des sciences du goût et de l’alimentation ont étudié l’origine de la « néophobie alimentaire » et les stratégies pour y faire face.

L’apprentissage de l’alimentation commence très tôt. Plusieurs étapes-clés permettent à l’enfant de s’ouvrir à une diversité de goûts et de s’initier à l’indispensable variété alimentaire qui lui sera bénéfique tout au long de la vie. La première étape, vers l’âge de 5-6 mois, est celle de la « diversification », qui prend la suite de l’alimentation lactée exclusive. A ce stade, les nourrissons acceptent généralement très bien les aliments qui leur sont donnés. Si on leur fait connaître d’un jour à l’autre un légume différent, ils vont accepter beaucoup plus facilement de nouveaux aliments. Bien plus aisément que les nourrissons qui n’auraient connu qu’un seul légume. Et il en est de même avec les fruits, avec une nuance toutefois : le nourrisson initié à la diversité des fruits va accepter plus facilement les autres fruits, mais pas les nouveaux légumes…

Sur la base de ces faits d’observation, les chercheurs de Dijon soulignent l’importance de faire des expériences alimentaires variées dès le début de la diversification.

Les parents devraient aussi répéter sans se lasser les expériences qui ne sont pas concluantes. Si un légume qui n’est pas accepté par l’enfant lui est proposé un jour sur deux pendant 8 jours, son taux d’acceptation augmente, constatent les chercheurs. Malheureusement, la plupart des mamans ne persistent pas assez longtemps : en moyenne pas plus de trois fois, ce qui limite les chances de succès.

Vers 2-3 ans s’ouvre l’ère du refus

La deuxième période-clé se situe vers l’âge de 2-3 ans. C’est l’époque où l’enfant commence souvent à devenir difficile. Ses choix alimentaires se restreignent. Il refuse les aliments nouveaux. Rejette aussi à l’occasion des aliments qu’il a l’habitude de manger. Il peut aussi avoir moins d’appétit, moins de plaisir avec la nourriture. D’après une étude menée aux Etats-Unis, 40% des enfants de 3 ans seraient difficiles. A à 5 ans, ils seraient 49%. A 7 ans : 30%. La néophobie alimentaire tend à diminuer avec l’âge, surtout après 8-9 ans.

Reste que dès que leur enfant atteint 2-3 ans, et jusqu’à environ 7 ans, beaucoup de parents doivent y faire face. Comme lors de la diversification, l’exposition répétée à l’aliment nouveau est une stratégie efficace. Il faut seulement encore plus de patience. Car à ces âges, l’acceptation de la nouveauté se fait moins facilement que vers 5-6 mois. Quant au rejet des aliments familiers, il reste assez difficile à vaincre par cette méthode. Les présenter de façon répétée semble moins efficace que pour les aliments nouveaux.

Patience et longueur de temps…

Mais d’autres procédés sont utiles. Chez les enfants sensibles à l’amertume, associer un légume jugé amer à un ingrédient apprécié par l’enfant, ou encore à un aliment énergétique, peut permettre une meilleure acceptation. Pensez à l’endive à la béchamel et au gratin ! Un truc qui marche aussi est de donner l’exemple. L’enfant apprend souvent à apprécier un aliment en regardant les autres le manger. Miracle ? La « conversion » peut être due à des copains, à un adulte que l’enfant admire, ou encore bien sûr très fortement à l’exemple maternel…

Par contre, les systèmes basés sur la punition ou la récompense donnent des résultats contradictoires. Une enquête a été réalisée auprès de 500 mamans d’enfants âgés de 20 à 36 mois. Elle montre que les difficultés alimentaires sont plus fréquentes lorsque le style des parents est soit trop permissif (visant à satisfaire tous les désirs de l’enfant), soit trop autoritaire, avec des pratiques coercitives de punition et de récompense. Lorsque les mères évitent ces deux écueils, et notamment lorsqu’elles sont motivées par la qualité des aliments qu’elles achètent, les enfants semblent mieux disposés et plus faciles à nourrir. Comme dans bien d’autres domaines de l’éducation, la patience et la force tranquille semblent supérieures au laxisme ou à l’excès d’autorité !

(Journée annuelle Benjamin Delessert (JABD 2015). D’après la communication de Sylvie Issanchou - Centre des sciences du goût et de l’alimentation, Dijon)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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