Vitamine E : plus de tort que de bien ?

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Il semble que la consommation abusive d’aliments enrichis en certaines vitamines et suppléments vitaminés puisse faciliter les soucis de santé. Mais alors, quels types de vitamines peuvent être prises en supplément ou utilisées pour enrichir certains aliments et surtout, quelles en seraient les quantités et fréquences de consommation recommandées ? Une étude israélienne fait le point.

« Vitamine E : plus de tort que de bien ? » - Crédit photo : www.geo.fr Un groupe de recherche de l’Université de Tel Aviv a mené une étude qui a rassemblé les données cliniques portant sur l’association entre vitamine E et maladies cardiaques. Il s’agit de l’étude la plus précise et la plus exhaustive jamais réalisée à ce jour et les résultats montrent que l'utilisation aveugle de fortes doses de vitamine E ferait plus de mal que de bien.

Une vie plus longue sans elle ?

Les chercheurs ont examiné les données de plus de 300.000 sujets aux États-Unis, en Europe et en Israël par une approche très différente des études déjà réalisées sur le sujet. Dans leur publication, les scientifiques ont évalué les résultats d’études antérieures mesurant les avantages santé de la vitamine E mais présentant des conclusions divergentes.

Pour expliquer la signification de ce paramètre, le Dr Pinchuk, qui a dirigé cette recherche, utilise l’image d’un patient qui aurait été en bonne santé pendant les 10 premières années sur les 20 pendant lesquelles se serait déroulée une étude, mais qui aurait subi par la suite un accident vasculaire cérébral et serait devenu dépendant au cours des 10 années suivantes.

L'analyse des résultats de toutes les publications revues par l’équipe israelienne a révélé qu’en moyenne, les sujets n'ayant pas reçu une supplémentation en vitamine E jouissaient de plus d’années de vie gagnées, ajustées par la qualité (QALY), un paramètre standard utilisé en médecine pour évaluer l'effet des interventions médicales. Ces résultats ne signifient cependant pas que la vitamine E réduirait systématiquement la durée de vie.

Changement de position

Pinchuk et ses associés ont également exploré la première hypothèse de la théorie oxydative de l'athérosclérose, publiée il y a plus de 20 ans, et qui constituait la base de l'actuelle popularité de l’utilisation d’antioxydants en prévention. Cette hypothèse enthousiaste avait proposé le postulat selon lequel les antioxydants tels que les vitamines E et C, ainsi que les flavonoïdes, pouvaient être utilisés en prévention primaire ou secondaire de l’artériosclérose et ses conséquences. Les nouveaux résultats sont malheureusement nettement moins positifs.

Les auteurs concluent en effet qu’une supplémentation en vitamine E ne serait, dans la plupart des cas, pas recommandée, voire même néfaste. Tout comme un médecin ne prescrit pas d’anti-hypertenseur à toute une population mais seulement à ceux qui ont une pression artérielle élevée, les suppléments en vitamine E ne doivent être conseillés qu’aux personnes qui en ont réellement besoin.

Un ensemble de critères décrivant en détail les conditions à réunir pour qu’un supplément en vitamine E s’avère bénéfique est actuellement en construction. Les chercheurs étudient également les mécanismes chimiques des différents antioxydants afin de mieux comprendre leur fonctionnement.

(Par Alexandre Dereinne, diététicien, d'après Dotan Y, Lichtenberg D, Pinchuk I., No evidence supports vitamin E indiscriminate supplementation. Biofactors 2009 ; 6: 469-73.)

SOURCE : Health and Food

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