Végétarisme : se méfier du « tout végétal »

lu 6726 fois

Le souci d’améliorer sa santé. De protéger les animaux ou l’environnement. De combattre la faim dans le monde. Des motivations hygiénistes, écologiques, économiques, éthiques, voire spirituelles… Prudence quand même : il y a plusieurs sortes de végétarisme. Avec des avantages potentiels et des inconvénients réels.

D’abord un fait incontournable : l’homme est un omnivore. Génétiquement programmé pour manger de la viande, rappelle le Pr Léon Gueguen [1], directeur de recherches honoraire à l’INRA. Ne pas en consommer expose à certains risques nutritionnels. Plus on exclut les produits d’origine animale, plus les risques augmentent.

Supprimer la viande ne pose pas de problème a priori pour les protéines : les œufs, le poisson, les produits laitiers peuvent suffire. C’est un peu plus compliqué mais tout à fait gérable pour le fer et la vitamine B12. En revanche c’est un véritable problème pour les régimes végétaliens (ou « véganiens »), qui excluent poisson, œufs et produits laitiers. Le fer d’origine animale est 4 à 5 fois mieux absorbé que le fer d’origine végétale. Et la vitamine B12 n’est pas présente dans les végétaux.

Le risque de déficience ou de carence est très élevé ; avec en perspective l’anémie, voire des atteintes neurologiques. Autres risques : les carences en calcium, iode, zinc, acides gras essentiels comme les oméga 3 …

Les enfants sont encore plus menacés que les adultes par le tout végétal qui leur est tout à fait déconseillé. Notamment pour la croissance et la santé osseuses. Un régime sans produits laitiers peut fournir au maximum 500 mg de calcium par jour. Alors qu’il en faut au moins 800 mg, voire 1000 à 1200 mg chez les adolescents. Des besoins identiques à ceux des femmes après la ménopause et à ceux des personnes âgées. Chez les enfants, les substituts au soja ou les jus d’amandes ne peuvent remplacer les produits laitiers. Chez les adultes, le calcium des végétaux est très mal absorbé et ses apports sont insuffisants.

Le végétarisme, bon pour la santé ?

Les études montrent que les lacto-ovo-végétariens sont globalement en bonne santé et ont, par exemple, un risque plus faible de maladies cardio-vasculaires que les omnivores. Difficile cependant d’attribuer ces bénéfices à la suppression de la viande. Il semble qu’ils soient surtout le fait d’un mode de vie plus sain : pas de tabac, pas ou peu d’alcool, pas d’excès alimentaires, plus d’exercice physique. Si tous les omnivores en faisaient autant, ils auraient probablement des résultats similaires [1] !

Quant aux végétaliens stricts, on ne sait finalement pas grand-chose sur leur état de santé à moyen et long terme, faute de données. Cependant, quelques études indiquent des problèmes potentiels comme par exemple une étude sur les végétaliens anglais qui montre un risque de fracture supérieur de 30% par rapport aux omnivores et lacto-ovo-végétariens, sans doute essentiellement du fait d’apports calciques faibles et peu assimilables par l’organisme.

Nouvelles études, nouveaux risques…

Plus d’acide urique chez les végétaliens. L’étude européenne EPIC révèle que les taux d’acide urique sont plus élevés chez les adeptes du véganisme que chez les mangeurs de viande [2]

La consommation de produits laitiers (exclue par les végétaliens) est quant à elle associée à de faibles taux d’acide urique. Les taux les plus faibles sont observés chez les adeptes du régime lacto-ovo-végétarien et chez les mangeurs de poisson. Des taux élevés d’acide urique peuvent être à l’origine de la goutte. Ils ont aussi été corrélés – sans lien causal cependant - à des maladies chroniques du rein, des affections cardiovasculaires et des cancers…

Moins d’immunité chez les enfants végétariens. L’alimentation joue un rôle important dans la réponse immunitaire. Chez les enfants végétariens, un faible statut en fer peut conduire à une diminution des taux sanguins d’immunoglobulines [3].

Les apports alimentaires de zinc, de cuivre et de vitamine B6 ont un impact favorable sur l’immunité, mais le bénéfice est plus net chez les enfants qui « mangent de tout »…

Nutritionnellement parlant, mieux vaut conserver dans la mesure du possible une alimentation très diversifiée !

Références

  1. Liv(e). Nutrition & santé. Les Lettres d’Info Valorial n° 66, février 2013.
  2. Schmidt, J. A., Crowe, F. L., Appleby, P. N., Key, T. J., & Travis, R. C. (2013). Serum Uric Acid Concentrations in Meat Eaters, Fish Eaters, Vegetarians and Vegans: A Cross-Sectional Analysis in the EPIC-Oxford Cohort. PloS one, 8(2), e56339.
  3. Gorczyca D, et al. "Impact of Vegetarian Diet on Serum Immunoglobulin Levels in Children". Clin Pediatr 2013 ;52(3) :241-246.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s