Utilisation de matières premières d'origine végétale dans l'alimentation des poissons

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Les chercheurs de l'INRA ont montré chez la truite arc-en-ciel que le remplacement total de l'huile de poisson par un mélange d'huiles végétales est possible, sans conséquences majeures sur la croissance et le métabolisme des lipides. Ils ont également montré chez la dorade royale, qu'avec un apport en acides aminés indispensables adéquat, la substitution à hauteur de 75% de la farine de poisson par des protéines végétales était envisageable. Les matières premières d'origine marine sont encore largement employées dans les aliments pour poissons. Un des enjeux majeurs en nutrition des poissons est de réussir leur substitution.

« Utilisation de matières premières d’origine végétale dans l’alimentation des poissons » - Crédits photo : www.satoriz.fr La composition des matières premières végétales est différente de celles d’origine marine, en particulier pour les acides aminés et les acides gras.

Alors que les huiles de poisson sont riches en acides gras polyinsaturés oméga 3, les huiles végétales contiennent essentiellement des acides gras polyinsaturés oméga 6 et des acides gras saturés. Ces différences pourraient modifier les processus métaboliques impliqués dans le stockage des lipides, et les chercheurs de l’INRA ont donc entrepris des travaux pour mesurer l’impact de l’origine des lipides alimentaires sur les mécanismes de constitution des dépôts lipidiques chez la truite arc-en-ciel.

Des lots de truites ont été nourris, depuis le stade alevin jusqu’à la taille commerciale de 1 kg, avec des aliments ne différant que par l’origine des lipides : 100% huile de poisson ou 100% d’un mélange d’huiles végétales (55% d’huile de colza, 30% d’huile de palme et 15% d’huile de lin).

Le remplacement total de l’huile de poisson par le mélange d’huiles végétales n’affecte ni la croissance ni le taux de lipides musculaires chez la truite. L’activité des enzymes lipogéniques du foie et le captage des lipides dans les différents tissus ne sont pas modifiés. Cependant, l’aliment contenant le mélange d’huiles végétales entraîne une diminution de la teneur en cholestérol plasmatique et en LDL circulantes (low density lipoprotein, protéines de transport), ainsi que l’expression du gène du récepteur aux LDL dans le foie et le tissu adipeux.

Un remplacement total de l’huile de poisson par le mélange d’huiles végétales est donc possible chez la truite, depuis la première alimentation, sans conséquences majeures sur la croissance, le métabolisme des lipides et les qualités sensorielles de la chair. Des études complémentaires sont nécessaires afin de préciser les mécanismes responsables de l’effet hypocholestérolémiant des huiles végétales. Par contre la composition en acides gras de la chair est donc fortement modifiée par la nature des lipides alimentaires. Pour restaurer la richesse en acides gras longs polyinsaturés oméga 3 et conserver à la chair ses qualités nutritionnelles, une alimentation à base d’huile de poisson dans les mois précédant la commercialisation est nécessaire.

Des résultats similaires ont été obtenus chez une espèce marine (le bar) dans le cadre d’un remplacement à hauteur de 60% de l’huile de poisson par un mélange d’huiles végétales, durant une longue période (64 semaines).

En ce qui concerne les protéines, les matières premières végétales n’apportent pas la même quantité d’acides aminés indispensables (AAI) que la farine de poisson et la substitution doit être accompagnée par une supplémentation de l’aliment en AAI de synthèse.

Les travaux réalisés chez la dorade ont évalué les effets à long terme d’un fort taux de substitution des farines de poisson par des protéines végétales sur la croissance et la qualité de la chair. Des dorades d’un poids moyen initial de 100g ont été alimentées pendant un an avec deux aliments. Pour l’aliment FP, toutes les protéines alimentaires étaient apportées par la la farine de poisson et dans l’aliment PV, supplémenté en AAI, 75% de la farine de poisson était substituée par un mélange de protéines végétales (gluten de maïs, de blé, pois extrudé, tourteau de colza et blé extrudé) .

Les performances de croissance sont similaires avec les deux aliments. La prise alimentaire est plus importante avec l’aliment FP alors que l’efficacité alimentaire et le coefficient d’efficacité protéique sont meilleurs avec l’aliment PV. Les filets des dorades nourries avec le mélange de protéines végétales ont une teneur en lipides plus importante, une proportion plus faible d’acides gras oméga 3 et plus élevée en acides gras oméga 6. La composition des filets en acides aminés est peu différente quel que soit le régime. Les analyses sensorielles sur filets cuits ne permettent pas de discriminer les deux groupes.

Une substitution à 75% de la farine de poisson par des protéines végétales, accompagnée d’une supplémentation adéquate en AAI, est donc possible à long terme chez la dorade royale sans effets négatifs sur les performances de croissance et la qualité sensorielle de la chair.

Les recherches actuelles visent à évaluer les possibilités de remplacement conjoint des farines et des huiles de poisson dans les aliments aquacoles.

Sources et références :

  • « Replacing dietary fish oil by vegetable oils has little effect on lipogenesis, lipid transport and tissue lipid uptake in rainbow trout (Oncorhynchus mykiss) » - Richard N., Kaushik S., Larroquet L., Panserat S., Corraze G., 2006, British Journal of Nutrition, 96, 299-309
  • « Replacement of a large portion of fish oil by vegetable oils does not affect lipogenesis, lipid transport and tissue lipid uptake in European sea bass (Dicentrarchus labrax L.) » - Richard N., Mourente G., Kaushik S., Corraze G., 2006, Aquaculture, 261, 1077-1087
  • « Effect of high-level fish meal replacement by plant proteins in gilthead sea bream (Sparus aurata) on growth and body/fillet quality traits » - De Francesco M., Parisi G., Perez-Sanchez J., Gomez-Requeni P., Medale F., Kaushik SJ., Mecatti M., Poli BM., 2007, Aquaculture Nutrition, 13, 361-372

(Unité mixte de recherche « Nutrition, aquaculture et génomique » NUAGE, INRA-IFREMER-Université Bordeaux I, département « Physiologie animale et systèmes d’élevage », centre INRA de Bordeaux-Aquitaine)

SOURCE : Service Presse INRA

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