Une pilule pour maigrir ?

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Une équipe de l'Université de Montréal étudie actuellement la leptine, cette hormone responsable de la sensation de satiété. « Quand vous mangez à votre faim, explique le biologiste cellulaire Moïse Bendayan, cette protéine envoie à votre cerveau un message qui vous indique de cesser de manger. On voit bien son effet chez des souris qui en sont privées : elles n'arrêtent pas de se nourrir et deviennent si obèses qu'elles ont du mal à se déplacer ».

« Une pilule pour maigrir ? » - Crédit photo : © Michael Kempf | Fotolia.com Mise au jour il y a une quinzaine d'années, la leptine (du grec leptos, qui signifie « maigre ») a fait l'objet de nombreuses recherches. Essentielle à la régulation de l'appétit chez les mammifères, sa concentration dans le sang diminue en situation de jeûne, provoquant un sentiment de faim. Aussitôt qu'on attaque un repas, les taux de leptine dans le sang remontent.

Son efficacité est telle qu'on l'utilise par voie intraveineuse chez des patients obèses pour couper la faim. Or, grâce à une découverte d'un étudiant au postdoctorat du laboratoire du professeur Bendayan, Philippe Cammisotto, on pense pouvoir mettre au point une pilule qui aurait un effet similaire. « Pris par voie orale et permettant à certains individus obèses d'avoir des sensations de satiété précoces, le comprimé les amènerait à diminuer leur prise alimentaire ».

Cette pilule contre la faim est-elle pour bientôt? « En collaboration avec Philippe Cammisotto et un chercheur du CHU Sainte-Justine, Émile Levy, nous espérons commencer des études sur des modèles animaux obèses d'ici la fin de l'année 2010, signale M. Bendayan. La molécule est facile à synthétiser et le protocole est prêt ».

Une découverte significative

Connu pour avoir élaboré les techniques de marquage à l'or colloïdal en microscopie électronique, qui servent aujourd'hui en recherche et en clinique (on les utilise pour le diagnostic de plusieurs maladies), Moïse Bendayan jouit d'une excellente réputation dans le milieu de la recherche fondamentale. Avec cette percée sur la leptine, le chercheur dit avoir l'occasion de se concentrer sur un projet de recherche appliquée pour la première fois de sa carrière. « Sans jeu de mots, l'obésité est un gros problème dans notre société, mentionne-t-il. Contribuer à créer un médicament qui s'y attaquerait serait une bonne façon, pour notre laboratoire, de contribuer directement à la santé publique ».

Jusqu'aux travaux de l'équipe montréalaise, on croyait que la leptine était uniquement sécrétée par la graisse contenue dans les tissus. Or, s'il est vrai qu'on trouve dans les cellules adipeuses l'origine d'un certain taux de leptine, une grande partie se situe dans le système digestif. « Dès les premières bouchées de votre repas, le taux de leptine dans le sang monte en flèche, indique le chercheur. Mais cela n'a rien à voir avec la leptine d'origine adipeuse. En laboratoire, nous avons démontré qu'une grande population des cellules de notre estomac en produit. Ce sont ces cellules qui en quelque sorte régulent l'appétit au moyen de la leptine ».

La découverte des chercheurs du Département de pathologie et biologie cellulaire s'accompagne de nouveaux éléments d'information sur le processus qui favorise le passage de l'hormone dans le sang. Seule, la leptine est très fragile et ne survivrait pas deux minutes dans les sucs gastriques de l'estomac. Son truc? Elle est protégée par un « chaperon » qui lui permet de franchir le système digestif jusqu'à son intégration dans le système sanguin. Comme un garde du corps, le chaperon encapsule littéralement la protéine durant tout son trajet et la libère au moment voulu.

Publiés dans l'American Journal of Physiology en 2006 et en 2007, les premiers articles relatent le travail des chercheurs qui ont testé, in vivo, le complexe leptine-chaperon. « Notre objectif maintenant s'oriente vers la production d'une pilule composée de leptine-protéine chaperon dont on testera l'efficacité tout d'abord sur des animaux obèses avant de passer à un stade ultérieur à l'application chez l'humain », dit le chercheur.

Le travail a été effectué principalement par Philippe Cammisotto, qui est actuellement en France, où il tente d'établir des partenariats avec des entreprises afin d'exploiter la piste commerciale.

Un professeur « passionné et passionnant »

Formé à l'Université de Montréal et à Genève, Moïse Bendayan a été engagé comme professeur par l'UdeM en 1979. Il n'a jamais cessé de mener des recherches dans quatre champs (en plus de la leptine): les processus de sécrétion des protéines, les relations entre pancréas endocrine et pancréas exocrine, la néphropathie diabétique et la perméabilité vasculaire dans le diabète. Il a signé plus de 300 articles scientifiques originaux, dont un dans la revue Science en 2001.

Ces travaux, notamment financés par les Instituts de recherche en santé du Canada et les National Institutes of Health américains, ainsi que par le Fonds de la recherche en santé du Québec et Diabète Québec, ne l'ont jamais empêché de mettre beaucoup d'énergie dans l'enseignement, « notre première raison d'être », prétend-il. Il a d'ailleurs reçu à deux reprises le prix du professeur le plus passionné et le plus passionnant de la Faculté de médecine, décerné annuellement par l'association des étudiants.

(Mathieu-Robert Sauvé - Université de Montréal - Journal FORUM du 25 janvier 2010)

Source : Université de Montréal (@UdeM)

SOURCE : Université de Montréal

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