Une phéromone du lait favoriserait l'assimilation d'informations nouvelles par le nouveau-né

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Dès la naissance, les jeunes lapereaux apprennent rapidement des odeurs nouvelles grâce à une phéromone (*) présente dans le lait de leur mère. Une phéromone qui guide, parmi d'autres signaux, le lapereau vers les tétines de la mère, et possède également une autre fonction : elle favorise l'assimilation d'informations nouvelles par le nouveau-né. Cette découverte, issue de travaux menés par l'équipe d'éthologie du Centre européen des sciences du goût à Dijon (CESG, laboratoire CNRS/Université de Bourgogne/Inra) (1), est publiée dans la revue Current Biology du 10 octobre.

Comme tous les mammifères nouveau-nés, les lapereaux doivent localiser les tétines de la mère pour s'alimenter. Ils s'orientent grâce aux odeurs, et notamment grâce à une phéromone « mammaire » (le 2-méthyl-2-buténal) contenue dans le lait de lapine (2). Cette dernière déclenche instantanément le comportement de tétée.

Les chercheurs du CESG avaient identifié la phéromone mammaire en 2003 (3). Depuis, Gérard Coureaud, Benoist Schaal et leurs collègues ont découvert qu'elle favorise l'apprentissage olfactif du nouveau-né. Ils ont exposé des lapereaux de deux jours au mélange de la phéromone et d'une odeur nouvelle dépourvue de signification. La durée d'exposition - cinq minutes (mais 15 secondes suffisent !) - correspond à la durée de la tétée journalière. Ils ont ensuite testé la réponse des lapereaux à l'odeur nouvelle, présentée seule.

Au début, rien ne se produit, mais après 24 heures, l'odeur nouvelle devient aussi active que la phéromone elle-même : les lapereaux cherchent à téter. C'est la première fois que la capacité d'une phéromone à conférer une signification à un autre stimulus odorant est mise en évidence chez les mammifères.

Jusqu'à présent, les phéromones étaient considérées comme des déclencheurs de comportement ou des régulateurs de la physiologie. Au vu du cas du lapereau, elles apparaissent désormais capables de déclencher des processus cognitifs chez l'animal qui les détecte : l'exposition du lapin nouveau-né à la phéromone mammaire lui permet non seulement de téter, mais aussi, simultanément, d'extraire des informations de l'environnement afin de les utiliser ultérieurement.

Les chercheurs de Dijon ont également montré que la phéromone, à elle seule, déclenche un apprentissage olfactif aussi efficace que celui qui a lieu pendant la tétée (dans le contexte naturel, le lapereau tète sous sa mère, dans le nid, et peut apprendre une odeur nouvelle présente sur elle) : dans les deux cas, les lapereaux répondent à l'odeur nouvelle par un comportement de tétée.

Ainsi, la phéromone mammaire facilite l'apprentissage, lors de l'allaitement, d'autres odeurs véhiculées par la mère, par exemple des odeurs alimentaires et sociales susceptiblesd'être utiles au lapereau avant ou après qu'il soit suffisamment autonome pour sortir du nid. Autre point important, la phéromone mammaire facilite ce type d'apprentissage dès les minutes qui suivent la naissance. Elle mobilise donc très rapidement, et sans avoir elle-même besoin d'être apprise, les mécanismes sensoriels et cérébraux d'acquisition d'informations nouvelles par le nouveau-né.

Ainsi, l'équipe dijonnaise démontre qu'à l'égal de certains goûts, certaines odeurs peuvent spontanément favoriser l'apprentissage. Il reste maintenant à étudier quels sont les mécanismes (chimiques, cérébraux et comportementaux) mis en jeu dans ce phénomène, et quel impact ce type d'apprentissage précoce a sur la survie du nouveau-né, sa croissance et les préférences que le jeune mammifère exprimera tout au long de son développement. L'existence de signaux odorants possédant une telle fonction reste également à explorer chez d'autres espèces de mammifères, y compris l'espèce humaine.

Notes :

  1. En collaboration avec l'Etablissement national d'enseignement supérieur agricole (ENESA) de Dijon
  2. Une phéromone est un stimulus odorant qui déclenche un comportement précis ou une réponse physiologique donnée, en dehors de tout apprentissage préalable, chez un individu de la même espèce.
  3. Schaal, Coureaud, Langlois, Giniès, Sémon, Perrier, Nature vol. 424, 3 juillet 2003, pages 68-72.

Références :

  • Current Biology volume 16, numéro 19, 10 octobre 2006, pages 1956-1961: « A pheromone that rapidly promotes learning in the newborn » Gérard Coureaud, Anne-Sophie Moncomble, Delphine Montigny, Maeva Dewas, Guy Perrier, Benoist Schaal.

(*) Substance émise par un individu (animal) et qui provoque un comportement particulier chez un autre individu de la même espèce : rapprochement sexuel, agrégation, alarme, suivi d'une piste, etc.

(Communiqué de presse du CNRS)

SOURCE : Le Journal du CNRS

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