Une expertise collective de l'INRA décrypte nos comportements alimentaires

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Les informations foisonnent sur la relation existant entre alimentation et santé. Les messages nutritionnels diffusés, divers et parfois contradictoires, déroutent les consommateurs. Les politiques publiques, quant à elles, en charge du bon état nutritionnel des populations, ont besoin d'identifier les éléments de connaissance pertinents pour formuler des recommandations efficaces. Une approche par les comportements alimentaires permet de porter un regard novateur sur cette question.

« Une expertise collective de l'INRA décrypte nos comportements alimentaires » - Crédit photo : www.inra.fr Les conclusions d’une expertise scientifique collective sur les comportements alimentaires menée par l’Inra à la demande de Bruno Le Maire, ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche, ont été rendues publiques le 24 juin 2010. Mobilisant une vingtaine d’experts de différentes disciplines et institutions, cette expertise a réalisé un travail bibliographique inédit, basé sur près de 1 600 articles scientifiques, pour dresser un état des connaissances sur les comportements alimentaires.

A la lumière des travaux de recherche validés, quelles relations peut-on établir entre les comportements alimentaires et la santé ? Comment se construisent ces comportements ? Sur quels leviers peut-on agir pour éduquer les consommateurs ? Telles ont été les principales questions traitées. Au travers de l'évaluation de différentes initiatives, publiques ou privées, l’expertise permet d'éclairer les options existantes pour infléchir les comportements dans une perspective de maintien de la santé publique.

Les pratiques alimentaires ont connu au cours des dernières décennies de fortes évolutions, caractérisées notamment par une augmentation de la consommation de lipides, un usage de plus en plus répandu de produits prêts à consommer, une progression de la restauration hors domicile, l’expansion de la grande distribution dans les circuits d’approvisionnement...

Élément important du bien-être, facteur de protection ou de risque en matière de santé, et plus globalement enjeu de société, l’alimentation se situe au croisement de politiques publiques. Celles-ci s’attachent, avec un objectif commun de santé publique, à différents aspects de l’alimentation (sécurité sanitaire, offre, prévention nutritionnelle…), et à l’activité de ce secteur économique et social important dans notre pays.

Du nutriment au comportement alimentaire

Le champ des recherches sur les liens entre l’alimentation et le maintien d’une bonne santé s’est élargi, de l’étude des relations entre nutriments et santé (le rôle des vitamines, par exemple), aux effets nutritionnels de l’aliment ou d’associations d’aliments dans leur complexité. Les connaissances acquises ont permis de conseiller l’apport de nutriments favorables à travers la consommation de certains produits (fruits et légumes et poissons, par exemple) ou de formuler des recommandations sur la composition des régimes alimentaires.

En se fondant sur ces résultats, l’action publique déploie, depuis plusieurs années, des campagnes d’information nutritionnelle et des actions concertées avec l’industrie agro-alimentaire visant à faire évoluer l’alimentation dans un sens bénéfique pour la santé. Cependant l’augmentation du surpoids dans la population montre qu’elles n’ont pas encore eu les effets attendus.

C’est dans ce contexte que le ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche a demandé une expertise scientifique collective à l’INRA pour disposer d’un bilan des connaissances sur les différents déterminants des comportements alimentaires permettant d’éclairer son action.

L’expertise s’appuie sur plus de 1600 articles scientifiques internationaux et sur le travail d’une vingtaine d’experts dans des disciplines variées (épidémiologie, nutrition, sociologie, économie, ..).

Une approche globale de l’alimentation est nécessaire

Comprendre les évolutions et les relations entre pratiques alimentaires et indicateurs de santé dans une optique d’action en situation réelle, suppose de prendre en compte les différents déterminants des comportements des consommateurs pour analyser comment ils contribuent ensemble à la construction de ces comportements.

L’importance du contexte et des normes sociales

Si la prise alimentaire est intimement régulée par les signaux physiologiques que sont la faim et la satiété, cet équilibre se révèle d’abord sensible aux perturbations provenant de l’environnement immédiat du mangeur (distraction lors du repas pris devant la télévision, dans le bruit …).

Plus globalement, les normes sociales et les représentations autour de l’alimentation orientent et structurent les comportements alimentaires.

Des âges de la vie plus vulnérables aux modifications du comportement

L’expertise s’est intéressée aux comportements alimentaires aux différents âges de la vie (enfance, adolescence, vieillesse). L’éducation au goût et à l’écoute des signaux de la faim et du rassasiement, en particulier dans le très jeune âge, est un élément déterminant, car les habitudes acquises précocement sont ensuite très difficiles à modifier.

Le consommateur souverain ?

L’expertise a analysé les différents leviers d’actions possibles pour influer les comportements dans le sens d’une meilleure adéquation aux recommandations nutritionnelles. Une des options consiste à s’adresser directement au consommateur par le biais de l’information nutritionnelle. Il ressort de l’expertise que cette information est plus efficace lorsqu’elle combine des messages destinés à l’ensemble de la population et des actions spécifiques ciblées sur des populations plus vulnérables (personnes âgées, populations défavorisées). La limite de cette approche est de considérer le consommateur comme souverain, alors que ses comportements sont largement influencés par son environnement.

Jouer sur l’environnement du consommateur

L’expertise met en lumière de nombreuses possibilités pour jouer favorablement sur l’environnement des consommateurs : composition, goût et structure des aliments, disponibilité de fruits et légumes en milieu scolaire, engagement d’industriels sur la composition des aliments (aliments moins gras, moins salés et moins sucrés). Les hausses de prix ou les subventions n’apparaissent en revanche pas toujours comme des leviers d’action pertinents. Efficaces à court terme, les taxes et subventions sont susceptibles de générer des effets indésirables comme le report sur d’autres produits, la dégradation de la qualité nutritionnelle ou l’augmentation des prix avec la demande.

Finalement, une politique combinant de multiples actions concertées visant tant le consommateur que son environnement, semble la plus à même de modifier les comportements.

La mise en évidence de nombreux facteurs qui interagissent et qui influencent les comportements alimentaires montre le besoin d’amplifier les recherches à partir du suivi de larges cohortes pour mieux comprendre comment les pratiques alimentaires se construisent à partir de cet ensemble complexe de facteurs et quels sont leurs liens avec l’état de santé de la population.

Pour de plus amples informations, consulter :

SOURCE : INRA

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