Un fossé en Europe entre les recommandations et la consommation alimentaire réelle

lu 4404 fois

Les résultats de la dernière Enquête de consommation alimentaire nationale italienne montrent la nécessité d'augmenter la consommation de Fruits et Légumes ainsi que celle des légumineuses, tout en faisant également diminuer la consommation de viande rouge...

« Un fossé en Europe entre les recommandations et la consommation alimentaire réelle » - Crédit photo : www.saveurs-de-saison.fr Les habitudes de consommation alimentaire de la population italienne évoluent rapidement. Trois facteurs importants sont à l'origine de ce changement : l'évolution du mode de vie, la disponibilité d'une grande variété de nouveaux aliments très médiatisés et le vieillissement progressif de la population. On peut également citer une augmentation constante des repas pris à l'extérieur de la maison et de la consommation d'aliments prêts à servir [1]. Ainsi, l'alimentation méditerranéenne traditionnelle, riche en aliments végétaux, est en train de se modifier [2].

La troisième enquête nationale italienne de consommation alimentaire

Le Ministère de l'Agriculture italien a financé la troisième enquête nationale de consommation alimentaire, appelée INRAN-SCAI 2005-06, afin d'actualiser les données nutritionnelles. Notre article [3] présente les principaux résultats de cette enquête, selon les catégories d'aliments.

L'enquête transversale a été menée sur un échantillon aléatoire de la population italienne, stratifiée selon l'appartenance géographique aux quatre grandes régions de l'Italie (Nord-Ouest, Nord-Est, Centre, Sud et Iles) entre octobre 2005 et décembre 2006. La consommation alimentaire a été auto-évaluée par les sujets sur rappels de trois jours consécutifs à l'aide de questionnaires divisés par repas. Au total, 1329 foyers ont participé à cette enquête, correspondant à 3323 individus (1501 hommes et 1822 femmes), âgés de 0,1 à 97,7 ans. Certains de ces résultats ont été comparés aux recommandations alimentaires pour la prévention des maladies chroniques.

Pas assez de fruits et légumes chez les adolescents

Pour fruits et légumes, la consommation individuelle moyenne était respective­ment de 208 g/j et de 210 g/j ce qui satisfait aux recommandations minimales FAO/OMS de 400g de fruits et légumes par jour pour la population générale [4]. Cependant, la consommation quotidienne moyenne de fruits et légumes n'était satisfaisante que chez les personnes de plus de 18 ans, mais pas pour les plus jeunes. Chez les adolescents, la consommation moyenne quotidienne de fruits et légumes était respectivement de 140 g/j et 190 g/j, c'est-à-dire de moins d'une portion de fruits et légumes par jour.

700 grammes de viande rouge par semaine

Récemment, un objectif de consommation de viande rouge (bœuf, porc, mouton, chèvre et celle contenue dans les produits industriels) a été fixé à moins de 300 g/semaine de viande cuite (soit approximativement 400-450 g en poids brut) pour la prévention du cancer colorectal [5]. La consommation globale de viande rouge dans cet échantillon a été obtenue en additionnant les consommations de viandes fraîches de boeuf et de veau (42,7 g/j), de porc (12,7 g/j) et d'autres comme l'agneau ou le cheval (environ 5 g/j) et les conserves de bœuf et de porc (28 g/j, équivalent à approximativement 40 g du poids brut).

Ainsi évaluée, la consommation de viande rouge en poids brut était d'environ 700 g/semaine, ce qui est largement supérieur aux recomman­dations. En outre, les quantités quotidiennes consommées étaient plus importantes chez les adolescents et les jeunes adultes (137 g/j et 122 g/j respectivement) que chez les hommes âgés (106 g/j). Par ailleurs, la consommation de légumes était très faible (environ 10 g/j sur l'échantillon global).

Le modèle méditerranéen soutenu par les personnes âgées

D'autres résultats de l'Enquête INRAN-SCAI 2005-06 ont confirmé certains aspects du modèle de consommation alimentaire italienne :

  • un large apport d'huile d'olive pour les graisses,
  • du vin pour les boissons alcoolisées,
  • pain, pâtes et pizzas pour les céréales.
Si le modèle de consommation alimentaire italienne reste donc de type méditerranéen, c'est surtout grâce aux personnes âgées, qui consomment encore une quantité suffisante de fruits et légumes et peu de viande. D'autre part, nos résultats suggèrent que les stratégies visant à augmenter la consommation de fruits et légumes devraient principalement cibler les adolescents, filles et garçons.

Tenir compte de l'individu et de l'environnement

Une réduction de la consommation de viande rouge pourrait également avoir un impact positif en termes de réduction de gaz à effet de serre et de conservation de l'eau [6]. Comme source de protéines, on pourrait remplacer la viande par un mélange de céréales et de légumineuses tel qu'il est rencontré dans les plats traditionnels italiens comme les pâtes aux pois chiches, le riz aux lentilles, etc. Les recommandations faites à la population en faveur d'une alimentation saine devraient promouvoir des habitudes de consommation alimentaire qui tiennent compte non seulement des individus, mais également de l'environnement.

Références :

  1. Istituto di Servizi per il Mercato AgricoLo ALimentare (2007) Consumi Extra Domestici dei prodotti alimentari: Indagine qualitativa II semestre 2006. Rome: ISMEA.
  2. Branca F, Nikogosian H & Lobstein T leditors) (2007) The Challenge of Obesity in the WHO European Région and Stratégies for Response. Copenhagen: WHO Régional - Office for Europe.
  3. Catherine Leclercq, Davide Arcella, Raffaela Piccinelli, Stefania Sette, Cinzia Le Donne and Aida Turrini on behalf of the INRAN-SCAI 2005-06 Study Group [2009) The Italian National Food Consumption Survey INRAN-SCAI 2005-06: main results in terms of food consumption. Public Health Nutr, 12(121:2504-32.
  4. Food and Agriculture Organization of the United Nations/World Health Organization 120021 Diet, Nutrition and the Prévention of Chronic Diseases. Joint WHO/FAO Expert Consultation. WHO Technical Report Séries no. 916. Geneva: WHO
  5. World Cancer Research Fund/American Institute for Cancer Research 12007] Food. Nutrition, Physical Activity, and the Prévention of Cancer: A Global Perspective. Washington, DC: AICR.
  6. Food and Agriculture Organization of the United Nations (2006) Livestock long sha-dow. Environmental issues and options. Rome: FAO.

(Par Cinzia Le Donne et Catherine Leclercq, Institut national de recherche en alimentation et en nutrition, Rome, Italie - Equation Nutrition n°94 - Janvier 2010)

SOURCE : APRIFEL

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s