Un bonbon si l'enfant mange son brocoli ? Mauvaise idée !

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Depuis quelques années, les nutritionnistes et les diététistes incitent les parents à adopter une attitude positive à l'heure des repas. Fini les « Tu n'auras pas de dessert si tu ne manges pas tes légumes », « Arrête tes caprices ! » et autres « Tu ne sors pas de table avant d'avoir terminé ton assiette ».

Plusieurs études, notamment américaines, ont démontré l'effet pervers de telles phrases chez les enfants. Mais qu'en est-il au Québec ? La diététiste Geneviève Dulude a tenté de répondre à cette question dans sa thèse, où elle explore les relations entre les attitudes et les comportements de la mère québécoise, l'alimentation et le poids de l'enfant d'âge préscolaire.

« Dans la littérature scientifique et dans les médias, on aborde souvent l'alimentation sous l'angle de l'importance des nutriments, vitamines et minéraux, explique-t-elle. Malheureusement, on y parle très peu de l'acquisition de bonnes habitudes alimentaires chez le jeune enfant et du rôle déterminant joué par le parent dans ce processus. C'est le parent qui assure la disponibilité des aliments, choisit les repas, devient un modèle dans l'acte alimentaire et interagit avec son enfant en guidant le comportement de ce dernier à table. »

Les parents québécois sont généralement sensibilisés à la nécessité d’une bonne alimentation pour leurs enfants, mais ils ne s’y prennent pas toujours de la bonne manière pour faire avaler ces fameux légumes.

Geneviève Dulude a recruté 122 mères d'enfants âgés de trois à cinq ans à qui elle a demandé de remplir un questionnaire portant sur différents thèmes allant des préférences alimentaires de l'enfant aux pratiques alimentaires parentales en passant par le régime de la mère et les mensurations de l'enfant.

Mme Dulude s'est penchée sur le style alimentaire parental, qui se définit comme le comportement du parent à l'égard de son enfant dans le contexte de l'alimentation. Selon les exigences et la sensibilité du parent, ce style peut être autoritaire, démocratique, indulgent ou négligent. Par exemple, la mère qui aura une sensibilité et des exigences élevées quant à l'alimentation de son enfant sera considérée comme démocratique. Celle dont les exigences sont rigoureuses mais la sensibilité moindre sera plutôt autoritaire.

« Le style alimentaire parental est corrélé à des fréquences de consommation ainsi qu'à des préférences alimentaires chez l'enfant», révèle-t-elle. L'enfant d'une mère autoritaire aurait de moins bonnes habitudes alimentaires comme le fait de manger plus de biscuits et d'avoir un gout marqué pour les bonbons, alors que celui d'une mère indulgente aurait une préférence accrue pour les légumes.

« L'enfant dont la mère a une grande sensibilité vis-à-vis de l'alimentation de son bambin non seulement consomme plus d'aliments désirables sur le plan nutritionnel, mais il les apprécie davantage », note Geneviève Dulude dans sa thèse dirigée par Marie Marquis, professeure au Département de nutrition de l'Université de Montréal.

« Si l'enfant doit terminer son brocoli pour quitter la table, la probabilité est forte que l'enfant soit de moins en moins porté à manger ce légume, croit-elle. On doit se questionner sur l'influence à long terme de ces modifications de préférences sur son alimentation une fois qu'il sera adolescent et même adulte. »

Des méthodes contreproductives

Geneviève Dulude rapporte dans sa thèse que 31 % des mères considèrent le repas comme un moment difficile et 16 % perçoivent leur enfant comme capricieux. La diététiste indique que cela pourrait être lié à l'emploi de certaines tactiques comme la pression à manger, les récompenses et les restrictions.

« L'usage de ces stratégies pour faire manger l'enfant explique probablement la perception du repas comme un moment désagréable où il y a des disputes, écrit-elle. Cette confrontation parent-enfant par l'application de ces pratiques peut aussi naitre du fait que la mère juge son enfant difficile au plan alimentaire et qu'elle estime qu'il ne consomme pas tout ce dont il a besoin. »

Ces trois stratégies, souvent utilisées simultanément dans les mêmes familles, sont contreproductives : il existe un lien entre l'usage de récompenses et une diminution des préférences pour les légumes, ainsi qu'un gout accru pour les aliments moins sains.

Geneviève Dulude conseille donc aux parents d'abandonner ces pratiques et de mieux répartir les pouvoirs entre eux et leur enfant. « Le parent choisit le contenu du repas, l'heure et l'endroit, alors que l'enfant sélectionne ce qu'il mange sans être contraint, puni ou récompensé. Cela devrait alléger l'ambiance des repas et permettre à l'enfant de découvrir à son rythme les nouveaux aliments. Des études nous apprennent qu'un enfant a parfois besoin de 15 contacts avec un aliment avant d'accepter d'y gouter. Il faut par conséquent persévérer et faire preuve de patience en acceptant de se débarrasser à l'occasion d'assiettes à peine entamées ! »

Pour de plus amples informations, consulter la Thèse de Geneviève Dulude

(Par Marie Lambert-Chan - Journal FORUM Volume 46 / Numéro 22 / 27 février 2012 - Université de Montréal)

SOURCE : Université de Montréal

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