Trois repas par jour, une (bonne) habitude qui dure

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Halte au « déclinisme » alimentaire ! Loin d’adopter une alimentation déstructurée au profit de la malbouffe, les Français conservent l’habitude et le rythme des trois repas par jour. En dépit des contraintes liées au travail, aux transports et à la vie urbaine… C’est ce que révèle une enquête menée en région parisienne, auprès de 3000 adultes, par les chercheurs en sciences sociales de l’INRA.

« En France, écrivent les auteurs de l’enquête, prendre trois repas par jour constitue une caractéristique culturelle importante qui s’est développée au 19e siècle sur le modèle bourgeois. » Force est de constater que le modèle résiste ! Deux Français sur trois déclarent faire trois repas par jour. Environ 70 % des femmes et 60 % des hommes. Auxquels il faut ajouter près de 7 % de personnes des deux sexes qui prennent chaque jour un quatrième repas : un en-cas dont le pic se situe vers 16 heures, soit à l’heure du goûter. Les horaires des trois repas principaux correspondent d’ailleurs, selon la tradition, à ceux du petit déjeuner, du déjeuner et du dîner. Non seulement le nombre, mais le rythme des repas classiques sont respectés. Ce qui témoigne d’une bonne imprégnation de ce que les sociologues appellent le modèle alimentaire français.

Les femmes plus que les hommes

Il y a, bien sûr, des personnes plus proches que d’autres du modèle. Les femmes un peu plus que les hommes. Sans doute, suggèrent les chercheurs, parce qu’elles se soucient plus d’une alimentation favorable à la santé. Sans doute aussi parce qu’elles sont majoritairement investies de la préparation des repas et y engagent leur responsabilité. Chez les hommes, c’est surtout un niveau d’études élevé qui influence le plus la probabilité de faire trois repas par jour. L’éducation, la tradition et la connaissance des normes nutritionnelles admises jouent un rôle.

Les diplômes, les revenus, l’âge comptent aussi

Dans les deux sexes, ce sont à la fois les plus diplômés, mais aussi les moins diplômés, qui font le plus souvent trois repas par jour. Entre les deux, on trouve ceux qui font quatre repas par jour ou encore ceux qui n’en font que deux. Les revenus des ménages interfèrent aussi : plus ils sont élevés, plus augmente le pourcentage des hommes et des femmes qui font trois repas par jour. C’est le cas de 73 % des cadres supérieurs et de 76 % des retraités. Les ouvriers sont 55 %, les commerçants 57 % et les inactifs 60 %... L’âge entre aussi en ligne de compte. Les plus de 60 ans sont 77 % à faire trois repas par jour, contre 60 % des 18-29 ans. Mais les jeunes sont loin de faire des scores modestes. Ils sont nombreux à prendre des repas réguliers, en famille, et même à y ajouter le goûter.

Une affaire de famille ou de couple

L’enquête fait d’ailleurs ressortir l’importance de la structure familiale dans le rythme des trois repas quotidiens. Les plus accros au modèle sont les familles biparentales avec enfants, de même que les couples avec ou sans enfant. La présence d’un partenaire et le sentiment d’être une famille sont importants. Les repas sont majoritairement pris à la maison. Plus particulièrement le dîner, qui reste un repas familial en dépit des contraintes de temps liées au travail, aux transports et à la vie urbaine. Il donne l’occasion de transmettre aux enfants certaines normes éducatives : sur les manières de table, la conversation, la convivialité…

Le frein de la solitude et des contraintes financières

Le rythme des trois repas est beaucoup moins respecté chez les personnes vivant seules. Peut-être parce qu’elles sont moins motivées et ressentent moins le besoin de se mettre à table. La solitude plus ou moins relative et les contraintes économiques ne doivent pas être oubliées. Près d’un quart des personnes enquêtées ne font que deux repas par jour. Dans ce groupe, on trouve une proportion importante de femmes vivant seules, de mères de familles monoparentales, de migrantes… Chez les femmes surtout, l’abandon ou la méconnaissance du modèle des trois repas est souvent lié à une certaine vulnérabilité financière et sociale.

Un modèle qui reste valable pour tous

Au total pourtant, le fameux modèle « bourgeois » résiste bien. Il connaît une forte adhésion dans les classes sociales les plus favorisées, mieux informées des recommandations médicales et des comportements favorables à la santé. Mais il continue aussi à être reconnu et adopté par les classes populaires, lorsque les contraintes économiques ne sont pas les plus fortes.

(D'après Lhuissier A, et coll. INRA sciences sociales. N° 1/2014. « Deux ou trois repas par jour ? Des rythmes alimentaires sexués en région parisienne ».)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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