Traditions et sciences associées pour mieux nourrir les tout-petits

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Au Cameroun, le tiers des enfants âgés de 6 mois à 5 ans sont atteints de malnutrition chronique. L'amélioration de la valeur nutritive des aliments qui complémentent l'allaitement pourrait contrer le problème. Deux chercheuses mettent une dose de science dans une recette traditionnelle de maïs servi aux enfants camerounais afin d'améliorer sa valeur nutritionnelle.

Jeanne Ejigui et Thérèse Desrosiers, du Départment des sciences des aliments et de nutrition, ont mis leur science à profit pour concocter de nouvelles recettes de bouillie de maïs fermenté. On devine facilement que le fruit de leur travail ne fera jamais l'objet d'une publication couleur sur papier glacé qu'on glissera sous le sapin de Noël, mais il permettra peut-être aux prochaines générations de petits Camerounais d'être mieux nourries.

Au Cameroun, 6 % des enfants âgés entre six mois et cinq ans sont atteints de malnutrition aiguë et 33 % de malnutrition chronique. Les pratiques inadéquates d'alimentation des jeunes enfants, en particulier lors de la période de transition entre l'allaitement naturel et l'alimentation solide, seraient en partie responsables du problème. Pendant cette période, la plupart des mères ont recours à une bouillie de maïs fermenté pour complémenter l'allaitement. La valeur nutritionnelle de ce plat traditionnel est toutefois en deçà des normes établies par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). « À cet âge, les enfants croissent rapidement et la bouillie de maïs ne leur fournit pas toujours suffisamment d'énergie, de protéines et de minéraux, explique Thérèse Desrosiers. Lorsque l'apport en énergie est trop bas, les protéines sont utilisées comme source énergétique, alors qu'elles devraient servir à assurer la croissance de l'enfant. »

Jeanne Ejigui et sa directrice de thèse Thérèse Desrosiers ont donc tenté de corriger la situation en mettant au point des variantes de cette bouillie de maïs fermenté. À la recette de base, elles ont ajouté des aliments locaux, facilement disponibles et peu coûteux, en vue d'en augmenter la valeur nutritionnelle. Jaune d'oeuf, pâte d'arachides grillées, farine d'écrevisse séchée, farine de soya grillé et jus de citron ont tour à tour été testés en laboratoire. Certains de ces produits étaient déjà utilisés par des mères camerounaises, mais leur dosage était fait de façon intuitive, sans qu'elles sachent si le résultat répondait à tous les besoins nutritionnels de leur enfant. Jeanne Ejigui a elle-même eu recours à une bouillie de maïs fermenté amendée de jaune d'oeuf et d'arachides séchées pour nourrir ses enfants.

Les deux chercheuses ont établi la valeur nutritionnelle de chaque type de bouillie amendée. Leurs résultats, qui viennent d'être publiés dans l'International Journal of Food Sciences and Nutrition, indiquent que tous les amendements testés ont de fortes retombées sur les propriétés nutritionnelles de ce plat. Ces recettes devraient être recommandées aux mères camerounaises, concluent les auteures de l'étude.

Cette suggestion ne restera pas lettre morte. En effet, la diffusion des fruits de cette recherche auprès des mères est déjà commencée par l'entremise du programme Actions essentielles en nutrition, mis de l'avant par l'UNICEF. « Lors des causeries avec les mères, nous faisons la démonstration de la préparation des bouillies et nous les informons sur les meilleures pratiques alimentaires pour les enfants, entre autres sur l'utilisation des aliments locaux, explique Jeanne Ejigui, maintenant à l'emploi de l'UNICEF. Nous faisons également la promotion de l'ajout du jus de citron qui permet d'améliorer la disponibilité des minéraux et aussi la conservation de la bouillie à la température ambiante. »

(Par Jean Hamann - Le journal de la communauté universitaire - Volume 47 - numéro 14 - 08 décembre 2011)

SOURCE : Université Laval

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