Tabagisme et altération du métabolisme cérébral

lu 2699 fois

Le tabagisme chronique affecte les cellules nerveuses et altère la composition chimique du cerveau, selon des recherches présentées le 29 novembre 2006 à la rencontre annuelle de la Société Radiologique d'Amérique du Nord. Il s'agit de la première étude par imagerie à prendre pour objet la relation entre les métabolites du cerveau et la dépendance à la nicotine, indique Okan Gür, du département de radiologie de l'Université de Bonn (Allemagne).

Le Dr Gür et ses collègues ont utilisé la technique de spectroscopie par résonance magnétique, pour étudier 21 hommes et 22 femmes, âgés de 21 à 59 ans, lors d’un programme d’arrêt de consommation du tabac. Cette technique permet de mesurer le métabolisme du cerveau au niveau cellulaire et procure des informations chimiques détaillées à propos des métabolites du cerveau, lesquels sont impliqués dans de nombreux processus physiques et chimiques de l’organisme.

Les mesures sont intervenues à deux reprises : deux semaines après que les individus ont cessé de fumer et 6 mois plus tard. Les patients ont été encouragés à utiliser des patchs de nicotine durant les six premières semaines d’arrêt. Les données collectées ont été comparées à un groupe de contrôle de 35 personnes d’âge et de genre équivalents.

Les résultats montrent que les individus en situation de dépendance vis-à-vis de la nicotine présentaient des concentrations significativement inférieures en métabolite N-acetylaspartate (NAA) dans le cortex cingulaire antérieur (CCA), la partie du cerveau qui traite le plaisir et la douleur. La concentration en NAA était directement corrélée à l’histoire tabagique du patient : plus grande était la consommation, plus bas était le taux de NAA. Le CCA est impliqué dans le comportement addictif de désir et de rechute. Des taux bas de NAA constituent un indicateur de dysfonctionnement axonal et neuronal. Ils ont été rapportés en cas de désordres psychiatriques et de l’humeur, dont la schizophrénie, la démence et le trouble bipolaire, ainsi que dans le cas d’abus de substances, particulièrement la dépendance à l’alcool.

Les chercheurs notent en outre que les concentrations de choline dans le CCA étaient légèrement plus basses chez les fumeurs que chez les non-fumeurs. La choline est significativement impliquée dans le métabolisme de la membrane cellulaire, essentielle à la fonction cardiaque et cérébrale. Des taux réduits de choline peuvent constituer un précurseur de la rupture des membranes cellulaires.

Par ailleurs, les taux de concentration de créatine totale dans les lobes frontaux se sont avérés plus élevés chez les fumeurs n’utilisant pas de patchs que chez ceux en utilisant. Le métabolite créatine totale joue un rôle important dans l’approvisionnement des cellules musculaires en énergie. Des taux plus élevés de créatine totale sont associés à un risque accru de rechute.

Après six mois, les chercheurs ont observé que la plupart des concentrations de métabolites s’étaient normalisées chez les fumeurs qui n’avaient pas rechuté.

Ces recherches indiquent l’importance qu’il y a à cesser de fumer, déclare le Dr Gür.

SOURCE : Centre International de Recherche Scientifique

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s