Syndrome métabolique: faut-il majorer les protéines ?

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Si une calorie est une calorie, la répartition des macronutriments dans la ration pourrait jouer un rôle décisif pour agir sur la perte de poids, et contribuer ainsi à prévenir la flambée de diabète de type 2 et autres complications de l'obésité. La piste a été évoquée au 2e Congrès International « Prediabetes » and the metabolic syndrome qui s'est tenu à Barcelone, du 25 au 28 avril 2007.

Le syndrome métabolique décrit une situation où l'obésité abdominale représente souvent le principal signe manifeste de la constellation de perturbations discrètes (dyslipidémie, hypertension, résistance à l'insuline...). Au vu de l'évolution de l'excès de poids et de l'obésité, on ne s'étonnera pas de voir ce syndrome métabolique monter sur le banc des grandes préoccupations sanitaires.

Comme pour l'obésité, l'approche diététique vise à faire perdre les kilos de graisses excessifs, principalement ceux logés au niveau abdominal. Les bénéfices de la perte de poids sur les différentes composantes du syndrome métaboliques sont bien documentés, et déjà perceptibles pour une perte de poids de 5 à 10 % du poids corporel. Bien entendu, la mobilisation des graisses excédentaires passe par une restriction calorique. Voilà qui est simple en théorie, mais plus compliqué à mettre en oeuvre. Et si la répartition des nutriments jouait un rôle décisif ? C'est en tout cas le message principal qui ressort de la session consacrée à la nutrition lors du 2e Congrès international sur le « pré-diabète » et le syndrome métabolique.

Effet sur la satiété

Les protéines sont connues pour exercer un pouvoir satiétogène plus marqué que les autres nutriments, explique A. Astrup (Université de Copenhague, Danemark), sans que l'on sache réellement pourquoi, même si l'on pense que leur effet thermogénique plus élevé n'y est pas étranger. Pour le spécialiste, les protéines revêtent un haut potentiel pour la gestion du poids, dans la mesure où les études montrent qu'elles sont associées à une perte de pois plus élevée qu'un régime hypolipidique riche en glucides, dans des conditions ad libitum.

Ainsi, ses travaux indiquent qu'un régime à 30 % d'énergie lipidique produit une perte de poids significativement plus importante lorsqu'il comporte 25 % d'énergie sous forme de protéines (- 9,4 kg après 6 mois), que lorsque cet apport ne représente que 12 % (- 5,9 kg après 6 mois). De plus, après 1 an, le régime riche en protéines entraîne une perte de graisse viscérale plus importante que ne laisse présager la seule perte de poids. Mais ce n'est pas tout, une ration élevée de protéines dans le régime aurait également des effets métaboliques intéressants, et cela indépendamment de la perte de poids, qui a elle seule s'accompagne déjà d'une amélioration, entre autres, de la sensibilité à l'insuline.

Double ration

Astrup pose ainsi la question de savoir s'il ne faudrait pas conseiller aux patients obèses d'augmenter leur apport en protéines, qui se situe classiquement entre 10 et 20 % de l'énergie, à 20 à 30 % de l'énergie, tout en limitant l'apport en lipides et en glucides. Il ne plaide pas en faveur d'un régime de type Atkins, où les glucides sont réduits à leur plus simple expression, mais estime que si l'on maintient les lipides à 30 % de l'énergie, cela laisse 40 à 50 % de l'énergie pour les glucides. Concrètement, il préconise de remplacer les sucres des soft-drinks par des protéines. Celles-ci sont à puiser dans le lait écrémé, dans les viandes et laitages maigres à la place des versions grasses. Il suggère également de remplacer une partie du pain blanc et des pâtes raffinées par de la viande maigre, sans réduire l'apport en fruits, légumes et produits céréaliers complets.

Loin des recommandations

Une telle répartition des nutriments énergétiques peut parfaitement être obtenue avec des aliments courants, mais elle diffère de ce que constitue le modèle alimentaire classique. Selon les résultats de la derrière enquête de consommation alimentaire, les Belges de plus de 15 ans puisent environ 16 % de leur énergie dans les protéines. Or, ces 16 % paraissent déjà largement excessifs en regard des recommandations nutritionnelles belges et hollandaises, où la part des protéines préconisée ne représente que 9 à 11 % de l'apport énergétique total. Il existe donc un grand décalage entre les recommandations officielles, les habitudes alimentaires et ces nouvelles pistes. De quoi alimenter des débats futurs sur le bien-fondé des recommandations nutritionnelles et sur la place réelle des protéines dans le contexte sanitaire actuel

Un nouveau consensus pour prévenir le diabète

La Fédération Internationale des diabètes (IDF) a présenté, à l'occasion du congrès de Barcelone, une nouvelle déclaration de consensus sur la prévention du diabète. Celle-ci porte notamment sur une meilleure identification des personnes à haut risque de développer un diabète de type 2. Mais surtout, l'accent est mis sur le fait que pour les personnes à haut risque, la première intervention consiste à atteindre un poids sain et à pratiquer une activité physique modérée. L'IDF reconnaît cependant aussi l'existence de forces environnementales puissantes qui influencent le comportement ainsi que les habitudes des communautés en matière d'alimentation et d'activité physique.

Ainsi, le Professeur d'Architecture Avi Friedman (Université McGill à Montréal) souligne qu'il y a lieu de repenser l'urbanisme de manière à ce que l'activité soit accessible au quotidien (conception des constructions, pistes cyclables, aires de jeu et d'exercices...). Le Professeur Georges Alberti (Président honoraire de l'IDF) estime que les politiques devraient réfléchir à la question de savoir s'ils veulent dépenser de l'argent en soins de santé et médicaments, ou investir dans la prévention en soutenant les modifications du style de vie de la population dans sa globalité. Le professeur Paul Zimmet (Directeur de l'International Diabetes Institute et co-auteur du consensus) conclu en la nécessité d'un accord mondial de type «Kyoto » pour la prévention et la prise en charge du problème avant que la situation soit catastrophique.

(Par Nicolas Guggenbühl, Diététicien Nutritionniste, " HEALTH & FOOD " numéro 83, Juin - Juillet 2007)

SOURCE : Health and Food

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