Surpoids, obésité et reproduction

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Surpoids, obésité et reproduction

Il est maintenant bien établi que les conditions de vie modernes impliquant stress, surmenage, pollution, désordres alimentaires… créent un environnement défavorable à la procréation. Si les maladies associées à l'obésité sont connues, l'origine de leur développement et leur impact sur la reproduction le sont moins.

De nouvelles études permettent aujourd'hui de mieux appréhender les conséquences négatives d'une malnutrition non seulement sur les couples lorsqu'ils souhaitent procréer et au cours de la grossesse... mais aussi au-delà sur les générations futures.

L'infertilité, les complications ou la transmission de maladies liées à l'obésité des parents à travers plusieurs générations ne sont pas une fatalité. Porteuses d'espoirs, les recherches mettent en effet en lumière l'influence majeure et positive de la nutrition. L'alimentation pourrait prévenir notamment jusqu'à 70% des cas d'infertilité, comme l'indiquait le Professeur Rachel Lévy, biologiste de la reproduction dès 2011 (1).

En agissant tôt, avant la conception, sur leur poids et leur alimentation, les couples pourraient influer sur leur descendance.

Chiffres clés : de plus en plus de couples concernés en France

Infertilité
  • un couple sur 6 est infertile
  • un sur 10 a recours à des traitements d'assistance médicale à la procréation
  • 20 à 50 % des cas d'infertilité sont inexpliqués
Obésité et reproduction
  • La prévalence de l'obésité se stabilise en France mais a augmenté de 4 à 5% / an ces 10 dernières années (2).
  • 15% des hommes et des femmes en âge de procréer sont obèses (25-34 ans), l'obésité étant définie par un IMC (Indice de masse corporelle) supérieur ou égal à 30kg/m².

"Il est donc important que les professionnels de santé prennent plus largement en compte le poids, mais aussi l'état nutritionnel de la femme et de l'homme dans leur diagnostic et dans leurs recommandations, pour mieux accompagner à chaque étape les futurs parents dans leur désir d'enfant."

D'une génération à l'autre : l'impact de l'alimentation sur le développement des maladies et sur la reproduction

Une malnutrition au moment de la conception influence la fertilité des hommes et des femmes. Pendant la grossesse, elle peut modifier la structure et les fonctions de différents organes du bébé. Ce qui le prédispose à l'âge adulte non seulement à développer certaines maladies mais aussi à en transmettre à ses descendants sur plusieurs générations.

L'impact de l'alimentation des mères et des pères sur la santé de leurs enfants...

Une malnutrition ou une suralimentation des mères pendant la période périconceptionnelle et la croissance foetale peut avoir des conséquences sur la santé des enfants :

  • Elle modifie la structure et les fonctions de différents organes après la naissance, ce qui, à l'âge adulte et indépendamment de facteurs héréditaires, les prédispose à développer de manière plus fréquente et plus précoce des maladies (obésité, cancers, diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, respiratoires, neurologiques).
  • Par ailleurs, les fonctions de reproduction de leurs filles et de leurs fils pourraient également être altérées. Des études épidémiologiques chez l’Homme et des données expérimentales chez l’animal montrent des effets du poids et de l’alimentation maternelle sur le développement de l’appareil génital du foetus, le déroulement de la puberté (plus précoce chez les femelles/plus tardive chez les mâles) et sur la qualité des gamètes, la fertilité ou le bilan hormonal des descendants adultes.

Une alimentation déséquilibrée des pères favorise également des dérèglements métaboliques chez leurs enfants (surpoids et adiposité, intolérance au glucose et résistance à l'insuline) et peut altérer leur fonction reproductive.

Effets transgénérationnels

Des études réalisées sur plusieurs générations ont conclu que l'exposition de grands-mères paternelles à une famine pouvait prédisposer les générations suivantes à l'obésité et aux maladies cardiovasculaires. L'une des plus révélatrices, conduite pendant la guerre en 1944 en Suède, a révélé une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires chez les petites-filles de grands-mères sous-nutries lors de leur grossesse.

Des études (menées chez l'animal) ont aussi révélé que l'obésité paternelle est transmise par les spermatozoïdes et impacte la santé métabolique et reproductive de deux générations de souris. Ainsi, l'alimentation pourrait "programmer" certaines maladies sur plusieurs générations.

Mécanismes complexes

Comment l'alimentation peut influencer le développement des fonctions de reproduction des descendants ? Les recherches actuelles explorent des processus similaires à ceux décrits et confirmés pour les autres maladies non-transmissibles dans le cadre du concept des "origines développementales de la santé et des maladies" (DOHAD).

Trois mécanismes impliqués pourraient agir séparément ou se combiner :

  • l'alimentation affecte la synthèse d'hormones indispensables au développement foetal,
  • l'augmentation du stress oxydatif lié à l'obésité provoque des altérations de l'ADN,
  • un déséquilibre alimentaire pourrait se traduire par la modification de l'expression de certains gènes qui altéreraient la structure et/ou les fonctions d'organes. La transmission de ces marques épigénétiques semble liée à des périodes critiques : au moment de la conception, in utero, lors de premiers jours de la vie mais aussi au moment de la puberté. En d'autres termes, agir sur son alimentation à ces moments clés pourrait neutraliser cette transmission non génétique de maladies.

"Il existe encore peu de données sur les effets d'un environnement altéré sur la fertilité. Mais d'ors et déjà, il semble clair qu'une alimentation équilibrée pendant la période conceptuelle et au cours du développement foetal, joue un rôle important sur le développement des enfants à naître, sur leurs fonctions reproductives et leur santé future avec des conséquences à long terme sur plusieurs générations" synthétise le Docteur Pascale Chavatte- Palmer, biologiste du développement et de la reproduction à l'INRA.

Pour en savoir plus : lire le résumé de l'intervention de Pascale Chavatte-Palmer

Côté femmes : l'alimentation, une assistance à la procréation ?

De nombreuses études ont démontré le lien entre l'obésité à la conception et les chances de grossesse. Les plus récentes soulignent que cet impact est réversible : une perte de poids même modérée restaure les capacités à féconder. Mieux manger se révèle être une recette gagnante pour limiter les troubles de l'ovulation et/ou optimiser les traitements.

Obésité et troubles de l'ovulation naturelle

1 couple sur 10 en France a recours aujourd'hui à des traitements ou à des techniques d'assistance médicales à la procréation (AMP).

Trois raisons majeures se conjuguent pour expliquer un tel chiffre :

  • Les femmes veulent des enfants plus tard : l'âge moyen à l'accouchement est de 30 ans,
  • Le surpoids et l'obésité atteignent près d'un tiers des femmes en âge de procréer. Ils sont 1,7 fois plus fréquents chez les femmes après 30 ans qu'avant car les femmes en âge de procréer prennent en moyenne 5 à 7 kg en 10 ans,
  • Or, le poids et la graisse abdominale augmentent l'infertilité féminine.

Les études menées ces dernières années ont en effet démontré que :

  • un IMC supérieur à 32 kg/m² (3) multiplie par 3,7 le risque de troubles de l'ovulation au moment de la conception. Mais pas seulement ; le poids à la naissance est corrélé à la fertilité ultérieure tandis que le poids à l'adolescence et chez l'adulte jeune affecte l'âge de la première grossesse.
  • la graisse abdominale et l'insulinorésistance, critères clés pour diagnostiquer le syndrome des ovaires polykystiques (SPOK), provoquent également l'anovulation. Un tour de taille > 80 cm (65% des femmes) est considéré comme un élément majeur de ce syndrome métabolique. Le dépistage et la prise en charge du SPOK sont importants car celui-ci conditionne les risques de complications pendant la grossesse et les risques d'échec des traitements incubateurs de l'ovulation.

Mieux manger limite les troubles de l'ovulation et optimise les traitements

A la lumière de ces recherches, l'alimentation se révèle être, indépendamment de raisons génétiques, un facteur à impact majeur sur certaines formes d'infertilité. Majeur mais réversible car de nouvelles études indiquent que l'alimentation, en elle-même, peut :

  • améliorer l’ovulation spontanée. Pour cela, il a été montré qu'une perte de poids de 5 à 10% associée à une activité physique régulière suffit pour améliorer les chances de grossesse spontanée et sont simples à mettre en place.
  • augmenter les chances de grossesse assistée : de nombreuses femmes obèses ne présentent pas de troubles de l'ovulation. Elles mettent pourtant plus de temps à devenir enceintes.

Des effets de seuil ont été mis en évidence : avec un IMC supérieur à 39kg/m², 78% des femmes risquent de mettre plus d'un an à concevoir. Dès le surpoids, les chances de succès des traitements en AMP diminuent et le risque de fausses couches est multiplié par deux (4).

" L'obésité et la nutrition au moment de la conception impactent non seulement la fertilité naturelle et les résultats des traitements de l'infertilité mais peuvent aussi avoir un effet transgénérationnel. Cependant, cette altération est modifiable et réversible. En conséquence, la prévention et l'information des patientes sont primordiales indique le Docteur Isabelle Cédrin-Durnerin, endocrinologue à l'hôpital Jean Verdier.

Aliments favorables à la fertilité et à l'obtention d'une grossesse (5)

Selon les études, une alimentation dite "méditerranéenne" est associée à un moindre risque d'infertilité féminine par troubles de l'ovulation : une étude a montré une diminution de 69% des risque d'infertilité ovulaire en favorisant la consommation de glucides à faible charge glycémique, d'acides gras monoinsaturés plutôt que trans, de protéines d'origine végétale plutôt qu'animale et une supplémentation en fer.

La prescription de ce type d'alimentation et la pratique d’une activité physique régulière doivent impérativement précéder la mise en route des traitements d’assistance médicale à la procréation (AMP), car elles sont associées à de meilleures chances de succès.

Afin d'améliorer la prise en charge, la consommation excessive d'alcool, de caféine ou le stress psychologique doivent également être dépistés lors de l'identification de la cause de l'infertilité.

Pour en savoir plus : lire le résumé de l'intervention de Isabelle Cédrin-Durnerin

Côté homme : assiette équilibrée, recette "anti stérilité" ?

Dans 20 à 50% des cas, l'infertilité du couple est liée à l'homme. Parmi les nombreux facteurs susceptibles d’agir sur cette fertilité, la lutte contre le surpoids, l'adiposité et des comportements alimentaires inadéquats sont de plus en plus pris en compte. L'enjeu : redonner à de nombreux hommes le pouvoir de procréer.

Surpoids et adiposité, délétères pour la fertilité

Des recherches avaient déjà mis en évidence des relations entre l'obésité, la quantité et la qualité du sperme. Les plus récentes montrent l'impact négatif du poids, du tour de taille, du statut métabolique (lipidique, glucidique...) et de l'alimentation sur l'ensemble des fonctions reproductives masculines. Un IMC élevé, en particulier supérieur à 30kg/m² (15% des hommes) et un tour de taille supérieur à 100cm (27% des hommes), diminuent en effet la concentration en spermatozoïdes normaux et leur mobilité ainsi que leur pouvoir fécondant.

Plus l'IMC est élevé, plus le délai à concevoir s'allonge, moins il y aura de chances de grossesse en fécondation in vitro, plus il y aura de risques de fausses couches et d'impact potentiel sur le développement du foetus et la santé métabolique et reproductive des enfants et petits-enfants du père.

" L'alimentation peut modifier certaines paramètres spermatiques. Le spermatozoïde est notamment à la fois victime mais aussi vecteur de l'obésité : il transmet des anomalies métaboliques à sa descendance. Il est donc important d'agir tôt avant la conception. D'où l'importance de la consultation pré conceptuelle du couple", précise le Professeur Rachel Lévy, biologiste de la reproduction (Hôpital Jean Verdier, Hôpital Tenon).

La lutte contre le stress oxydant : une arme anti-infertilité efficace

Le rôle central du stress oxydant dans les mécanismes en jeu est aujourd'hui reconnu. Les études montrent :

  • que les acides gras polyinsaturés, les vitamines et minéraux antioxydants apportés par l'alimentation, sont impliqués et indispensables aux différentes phases de la fécondation,
  • qu'une alimentation équilibrée associée à une perte de poids et une activité physique peut, en quatre mois restaurer les fonctions altérées et le pouvoir fécondant du sperme (quantité, qualité), le développement embryonnaire et la croissance foetale, les chances de grossesse en AMP.

A régime alimentaire diversifié et équilibré, fertilité restaurée

L'équilibre de la balance pro-oxydant/antioxydants semble avoir un impact essentiel sur la fertilité masculine. D'où l'intérêt d'adopter une alimentation diversifiée, capable d'apporter notamment des folates (vitamines B9), des vitamines B9, B12, B6, C et E ainsi que certains minéraux (notamment du sélénium, présent en concentration élevée dans les testicules).

L'efficacité d'une supplémentation reste à confirmer. Dans l'attente de nouvelles avancées scientifiques, il est important d'analyser l'état nutritionnel pour atténuer ou corriger des anomalies. En partageant la même assiette diversifiée et équilibrée, les deux membres du couple augmentent leurs chances d'avoir un enfant.

Pour en savoir plus : lire le résumé de l'intervention de Rachel Levy

Grossesse et chirurgie bariatrique : premières évaluations

L'étude des relations entre la chirurgie bariatrique et la grossesse est un sujet d'actualité puisque 87% des opérés sont des femmes de 25 à 54 ans en âge de procréer. Vingt ans après ses débuts en France, les conséquences de la chirurgie bariatrique sont mieux connues.

Une pratique en plein essor

Après l'échec d’autres prises en charge, cette option thérapeutique, adaptée aux obésités sévères (à partir d'un IMC supérieur ou égal à 35kg/m² associé à une comorbidité) est en effet de plus en plus fréquemment proposée : 21 500 actes ont été réalisé en 2009, soit 2 fois plus qu'en 2005.

La France est en pointe, au 2ème rang mondial derrière les Etats-Unis. La majorité des interventions consistent à réduire la capacité gastrique par la pose d'anneaux ajustables ou par by-pass.

Des bénéfices significatifs pour la mère et les enfants

La perte de poids obtenue s’avère généralement plus rapide, plus importante et plus durable, comparée à d’autres traitements. Outre la diminution du risque de diabète et l'amélioration de la qualité de vie à long terme, les données les plus récentes démontrent que la chirurgie bariatrique réduit les troubles du cycle car toute perte de poids de 5% à 10% peut s'accompagner d'une reprise de l'ovulation et d'une grossesse spontanée. A l'inverse, une dégradation des paramètres spermatiques a été observée chez les hommes : il leur est donc conseillé de se rendre avant l'intervention dans un CECOS , centre d'étude et de conservation des oeufs et du sperme.

" En l'état actuel des recherches, il est légitime d'envisager le recours à la chirurgie bariatrique pour les patientes en désir de grossesse. Après l'intervention, il reste conseillé d'attendre avant de procréer que le poids soit stabilisé, c'est-à-dire pendant 12 à 18 mois" rappelle le Docteur Cécile Ciangura, chef de clinique au Service Nutrition de la Pitié-Salpêtrière.

Pendant la grossesse, cette chirurgie diminue les complications maternelles, obstétricales et foetales. Si son impact positif sur le diabète gestationnel et l'hypertension semble avéré, des études encourageantes sur des complications foetales sont à confirmer. Elle diviserait par 3 notamment le nombre de bébés de petit poids à la naissance (inférieur à 2,5 kg) et à l'inverse la macrosomie (supérieur à 4 kg).

A plus long terme, une étude récente conclut à une réduction de la prévalence de l'obésité et à une amélioration significative des paramètres métaboliques chez les enfants nés après cette chirurgie. Cet impact sur l'état de santé des enfants reste à confirmer et celui sur leur fertilité à explorer.

Selon le type de chirurgie, apports nutritionnels adaptés ou indispensables

Avant, pendant et après une grossesse, il est important de prescrire à chaque femme ayant eu recours à cette chirurgie, une supplémentation en fer, folates, vitamines D ou calcium et de prévenir les carences par une alimentation équilibrée et diversifiée.

En cas de chirurgie bariatrique dite" malabsorptive" la supplémentation est indispensable en vitamines (B1, B5, B12, liposolubles), en calcium, fer, zinc et sélénium.

Pour en savoir plus : lire le résumé de l'intervention de Cécile Ciangura

(1) Revue de la Reproduction Gynécolgie Endocrinologie "Nutrition et reproduction" décembre 2011

(2) Chiffres ObEpi 2012

(3) Rich-Edwards JW, Spiegelman D, Garland M.. Physical activity, body mass index and ovulatory disorder infertility. Epidemiology 2002

(4) V. Rittenberg et al, Effect of body mass index on IVF treatment outcome: an updated systematic review and meta-analysis, Reprod. Biomed. Online, oct. 2011. M. Metwally et al, Does high body mass index increase the risk of miscarriage after spontaneous and assisted conception? A meta-analysis of the evidence, Fertil. Steril. sept. 2008

(5) D'après Revue de la Reproduction Gynécolgie Endocrinologie " Nutrition et reproduction" déc 2011

(JABD - Journée Annuelle Benjamin Delessert - Vendredi 30 janvier 2015)

SOURCE : Institut Benjamin Delessert

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