Stress et nutrition

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Le stress influence-t-il la prise alimentaire ? Dans quelles circonstances ? Chez qui ? Il semblerait que le profil psychologique du mangeur soit déterminant, notamment l'attitude de " restriction alimentaire chronique ".

Qu'entend-on par stress ?

Le stress est l'ensemble des réponses non spécifiques que l'organisme peut mettre en œuvre pour affronter les situations d'agression, et non l'agression elle-même, comme le suggère le langage courant. Par ailleurs, il est de plus en plus admis que la perception qu'a le sujet du stimulus stressant est déterminante pour la réponse : plus le sujet se sent capable d'affronter une situation difficile, moins l'agent stresseur aura d'effet. Enfin, une activité sportive ou intellectuelle intense induira pour l'essentiel les mêmes réponses somatiques qu'une situation de détresse : le stress peut donc être aussi lié au plaisir ! Les études qui se sont intéressées aux effets du stress sur la prise alimentaire concernent les situations d'irritation répétée. Ces sollicitations provoquent une réaction en chaîne caractéristique du syndrome général d'adaptation, dont on distingue trois phases :1) une réaction rapide d'alarme, provoquée par la présence d'un élément agressif ; 2) une phase de résistance marquée au début par une décharge de catécholamines et permettant à l'organisme de lutter lorsque l'action de l'agent stressant se prolonge ; 3) une phase d'épuisement dans laquelle les mécanismes d'adaptation sont débordés et où apparaissent des lésions organiques pouvant devenir irréversibles et aboutir à la mort. Il est donc concevable que la prise alimentaire puisse varier de l'une à l'autre de ces phases et dépendre des capacités de résistance de l'organisme ainsi que de l'intensité de l'agression. Chez l'homme, seules les études du comportement alimentaire lors d'une phase d'alarme de courte durée et de faible intensité sont éthiquement envisageables.

Stress et restriction alimentaire chronique

Les rares études effectuées chez l'homme montrent que les stress bénins générés par la vie quotidienne ne sont pas de nature à induire des dysrégulations alimentaires et énergétiques, même lorsque des modifications de paramètres biologiques sont constatées, confirmant une activation adréno-sympathique en réponse au stimulus agressif. En revanche, certaines personnes pratiquant une restriction chronique de leur alimentation dans le but de contrôler leur poids seraient plus vulnérables et enclines à répondre aux difficultés par l'ingestion alimentaire : les aliments choisis étant de préférence de goût agréable, très gras et sucrés. Cependant, des études récentes montrent qu'il existe deux types de restriction alimentaire chronique, l'une étant "bonne" et l'autre "mauvaise" : dans le premier cas, un comportement souple favorise l'adaptation de la consommation alimentaire dans diverses circonstances ; dans le second, la rigidité est au contraire responsable d'une difficulté d'adaptation. Reste à comparer les réactions de ces deux profils dans les situations de stress.

Nutriments et adaptation au stress

Nombre de facteurs nutritionnels sont impliqués dans le processus d'adaptation au stress. En particulier, il existe un lien direct entre les apports nutritionnels en certains acides aminés (tyrosine, phénylalanine,tryptophane) et la biosynthèse de neuromédiateurs (catécholamines, sérotonine…). Certains peptides d'origine alimentaire sont également connus aujourd'hui pour leur action directe sur les centres régulateurs du système nerveux impliqués dans le stress : activité opioïde (lactomorphine, casomorphine…), GABAergique, ou rôle modulateur de l'activité sérotoninergique. Ainsi, par exemple, le déséquilibre des neuromédiateurs induit par le stress pourrait être corrigé par un apport de tyrosine, et les propriétés anxiolytique et antistress de l'a-lactorphine et de certains peptides du petit lait pourraient être utilisées. Impliqué dans de nombreux processus physiologiques, le magnésium est également capable d'intervenir sur le stress, qui peut induire un déficit magnésique, et une déplétion en magnésium peut aggraver les effets du stress. Les effets positifs chez l'homme d'une supplémentation en magnésium sur le stress sont connus. Par exemple, un apport de 17 mmoles de magnésium suffit à freiner la sécrétion de catécholamines chez les athlètes de triathlon, permettant une meilleure résistance au stress. Enfin, les acides gras polyinsaturés de la série n-3 ayant des effets modulateurs sur le stress mental présentent un intérêt dans la prévention de l'insulinorésistance et de l'hypertension artérielle favorisées par l'hyperactivité sympathique.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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