Stress et comportement alimentaire

lu 3375 fois

Vous vous préparez à prononcer une allocution publique importante. Avez-vous tendance à grignoter des biscuits ou cela vous coupe-t-il complètement l'appétit ? Le stress agit de différentes manières sur le comportement alimentaire. Vous trouverez ci-dessous quelques éléments d'explication.

Le stress est le résultat de ce que l’on ressent au plus profond de soi ou de ce qui se passe dans notre environnement et vient perturber notre équilibre. Nous déployons alors différentes tactiques pour le gérer et retrouver calme et équilibre. Le stress peut être interne (comme lorsque quelque chose nous cause du souci ou nous perturbe) ou externe (comme lorsque l’on doit passer un examen ou faire face à certaines situations sociales). Puisque le stress fait partie intégrante de notre quotidien, la manière dont nous mangeons quand nous sommes stressés peut avoir des répercussions sur notre alimentation et notre santé.

Fuir ou combattre

Lorsqu’il est menacé, l’organisme réagit automatiquement par la fuite ou le combat. Une poussée d’adrénaline dirige le sang vers le cerveau, le cœur et les muscles au détriment du système digestif, en préparation à la fuite ou au combat. Il semble que ce type de réaction se produise même lorsque la menace ou la source du stress est psychologique ou émotionnelle plutôt que physique. Cet état d’alerte devrait normalement couper l’appétit, voire rendre malade (1). Or, il s’avère que chez certaines personnes, le stress a pour effet de stimuler l’appétit, ce qui explique qu’elles soient amenées à manger davantage et non moins en cas de stress (1). Que se passe-t-il donc ?

Les personnes au régime tendent à manger davantage en cas de stress

Nombreux sont ceux qui suivent aujourd’hui un régime amaigrissant ou surveillent leur poids. Ce comportement nécessite généralement que l’on contrôle la nature des aliments ingérés et leur quantité. Les personnes au régime doivent aussi apprendre à ignorer leurs signaux de faim pour manger moins que ce qu’elles souhaiteraient. Autrement dit, elles exercent un contrôle sur leur alimentation. Par contre, celles qui obéissent à leur appétit mangent sans restriction. Des études ont démontré à plusieurs reprises que les personnes au régime avaient tendance à manger davantage en réponse au stress, alors que celles qui ne surveillent pas leur alimentation mangeaient moins (2), (3).

Le stress peut provoquer des accès boulimiques chez les personnes au régime.

Le Dr Paul Lattimore, spécialiste du comportement alimentaire à la Liverpool John Moores University, a une explication sur la raison pour laquelle les personnes au régime mangent davantage en situation de stress. “Les sujets au régime consacrent une énergie considérable à contrôler leurs tendances biologiques, si bien qu’ils disposent de ressources limitées pour faire face au stress quotidien. Lorsqu’ils sont stressés, ils perdent le contrôle et s’ils ont accès à de la nourriture, ils mangent. Il faut savoir aussi qu’ils sont tellement habitués à contrer leurs signaux biologiques qu’ils ignorent ou interprètent de manière erronée les signaux de fuite ou de combat de leur organisme.”

Stratégies d’adaptation

Une étude récente de grande envergure menée en Finlande révèle que l’indice de masse corporelle (mesure du poids par rapport à la taille) est plus élevé chez les sujets que le stress amène à manger et que ceux-ci ont tendance à consommer davantage d’aliments comme des saucisses, des hamburgers, du chocolat et des pizzas que les autres (4). Ainsi, l’alimentation liée au stress contrecarre constamment les tentatives de contrôle du poids de certaines personnes ; que pouvons-nous faire pour leur venir en aide ? Le Dr Lattimore qui intervient dans le domaine de la prévention de l’obésité a quelques conseils à formuler sur ce chapitre : “Premièrement, il faut identifier les situations particulières qui déclenchent un accès boulimique et mettre au point des solutions pour faire face au stress. La stratégie idéale consiste à partir faire une promenade, car cela permet de se changer les idées et en même temps de brûler des calories.”

Résumé

Ceux qui mangent lorsqu’ils ont faim et s’arrêtent lorsqu’ils sont rassasiés sont à l’écoute de leurs signaux biologiques. Ils n’ont nullement envie de manger lorsqu’ils sont stressés. Par contre, les sujets qui ignorent délibérément leurs signaux biologiques doivent prendre conscience des facteurs émotionnels et psychologiques qui les incitent à manger davantage et mettre en œuvre des tactiques de diversion. La réponse au stress souligne l’importance des méthodes de contrôle pondéral qui évitent les restrictions alimentaires et insistent sur des apports importants en aliments pauvres en calories, ainsi qu’en fruits et légumes riches en nutriments. Ces aliments diluent la charge calorique résultant des accès boulimiques.

Références

  • Greeno CG &Wing RR (1994) Stress-induced eating. Psychological Bulletin 115: 444-464
  • Lattimore P & Caswell N (2004) Differential effects of active and passive stress on food intake in restrained and unrestrained eaters. Appetite 42: 167-173
  • Polivy J and Herman CP (1999) Distress and dieting: why do dieters overeat? International Journal of Eating Disorder 25: 153-164
  • Laitinen J & Sovio U (2002) Stress-related eating and drinking behaviour and body mass index and predictors of this behaviour. Preventive Medicine 34: 29-39

SOURCE : EUFIC

Cela pourrait vous intéresser

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s