Snacking, petit déjeuner : impact sur le poids des enfants

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Snacking, petit déjeuner : impact sur le poids des enfants

On a coutume d’associer le « snacking » avec la prise de poids des enfants voire le surpoids, c’est pourquoi les autorités publiques légifèrent sur cette question. Plusieurs courants scientifiques s’affrontent sur la nécessité, ou pas, de la collation et cela aboutit à une certaine cacophonie réglementaire.

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Une certaine cacophonie réglementaire

Ainsi en France, le ministère de l’éducation nationale proscrit toute collation à l’école, y compris le goûter ; l’ANSES et le PNNS recommandent de supprimer les snacks, alors que le PNA encourage la distribution de F&L à l’école, hors repas. La collation à l’école était préconisée jusqu’alors pour pallier au fait que de nombreux enfants ne prenaient pas de petit-déjeuner avant leur journée scolaire. En vue d’une harmonisation des réglementations, deux études récentes nous éclairent sur le lien entre snacking, petit déjeuner et prise de poids des enfants.

Le snack fruit : une solution-clé pour réguler le poids ? Des données américaines et chinoises.

Une étude américaine [1] a révélé que l’Indice de Masse Corporelle (IMC) diminuait avec une augmentation du snacking chez les adolescents. Cependant, tout dépend du contenu du snack et de l’énergie totale ingérée. Le snacking peut même être considéré comme un régulateur qui améliore le contrôle de l’appétit [2].

Une étude longitudinale portant sur les données de l’enquête Nutrition et Santé en Chine, en 2006, 2009 et 2011, fait le lien entre snacking et indice de masse corporelle des enfants de 2 à 13 ans et surtout permet de voir si ce lien diffère selon le poids initial de l’enfant [3]. Cette étude a porté sur 2277 enfants dans 9 provinces et 3 mégapoles.

Le snacking est très récent en Chine : en 2004, seulement 28% des 2-6 ans et 19% des 7-12 ans avaient des prises alimentaires entre les repas. Ces chiffres atteignent respectivement 59% et 54% en 2009 avec un taux record de 80% dans les mégapoles.

La particularité de la Chine est que, dans la majorité des cas, le snack se compose de fruits ( 50% des cas en 2011, et 63% dans les mégapoles), ou de condiments. Seuls 4% des enfants consomment des produits sucrés en guise de collation. Dans ces conditions, le snack est évalué à seulement 175 Kcal/ jour/enfant.

Les résultats de cette étude sont tout à l’avantage de la collation-fruit. En effet les enfants en déficit pondéral voient leur IMC croitre, ceux qui sont en surpoids ou obésité (2-6 ans et surtout 7-13 ans) voient un fort recul de leur IMC. Pour ceux qui ont un IMC normal, on n’observe aucun changement.

Un impératif : ne pas sauter le petit-déjeuner


Une autre étude américaine très récente [4] a étudié les facteurs étiologiques liés au risque d’obésité des adolescents (11-18 ans) focalisés sur la prise ou non du petit déjeuner et sur la fréquentation des fast-foods.

Une enquête par auto-déclaration a été menée en 2006- 2008, assortie de toute une batterie de données biologiques : mesures anthropométriques, triglycérides, glucose, insuline, insulinorésistance, cholestérol et syndrome métabolique, ont été évalués et traités par analyse multi variée.

Un quart de l’échantillon (n=367) était en surpoids ou obèse ; en moyenne les enfants prenaient un petit déjeuner 3 fois/semaine et fréquentaient le fast food au moins 3 fois/ mois. La prise régulière d’un petit déjeuner est significativement associée à un faible IMC et tous les indicateurs biologiques dans la normale, contrairement à ceux qui n’en prennent pas. Cela est d’autant plus aggravé, que les adolescents fréquentent davantage les fast-foods.

Ainsi, le défaut de petit déjeuner et la consommation de fast foods engendrent des facteurs de risque métabolique, même chez les enfants en bonne santé. Ces recherches récentes interpellent les politiques publiques ! Elles devraient insister sur la nécessité d’un petit déjeuner quotidien pour les enfants et autoriser le snackfruit, à l’image du PNNS en France.

[1] Keast DR, Nicklas TA, ONeil CE (2010): Snacking is associated with reduced risk of overweight and reduced abdominal obesity in adolescents: National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES) 1999–2004. Am J Clin Nutr 2010; 92:428–35.

[2] Leidy HJ, Campbell WW (2011): The effect of eating frequency on appetite control and food intake: brief synopsis of controlled feeding studies. J Nutr 2011; 141:154–7.

[3] Taillie LS, Wang D and Popkin BM (2016): Snacking Is Longitudinally Associated with Declines in Body Mass Index z Scores for Overweight Children, but Increases for Underweight Children. The Journal of Nutrition, May 2016 doi: 10.3945/ jn.115.226803.

[4] Marlatt KL, Farbakhsh K, Dengel DR, Lytle LA. (2016): Breakfast and fast food consumption are associated with selected biomarkers in adolescents. Preventive Medicine Reports 3 (2016) 49–52.

(Par Martine Padilla, Centre International de Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes, Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier (CIHEAM-IAM), FRANCE - Equation Nutrition n°173)

SOURCE : APRIFEL