Simulations sensorielles et comportements alimentaires

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Simulations sensorielles et comportements alimentaires

La vision d’aliments appétissants déclenche des reconstitutions spontanées des précédentes expériences de consommation, notamment de l’odeur, de la saveur et de la texture en bouche, qui sont appelées simulations sensorielles ou imageries sensorielles lorsque celles-ci sont produites de manière délibérée. Ces simulations sensorielles ont pour objectif de faciliter l’interaction avec le produit, ce qui augmente l’intention d’achat et la consommation, lorsque celui-ci est appétissant (*).

Lorsqu’ils sont exposés à des aliments fortement caloriques appétissants, les consommateurs essaient de ne pas imaginer le plaisir qu’ils auraient à les consommer, pour ne pas succomber à la tentation. Ils préfèrent essayer de se concentrer sur leurs objectifs à long terme (ex, manger sainement, atteindre un poids idéal) en détournant leur attention de leurs sens. Une stratégie équivalente est généralement adoptée dans les messages de prévention contre l’obésité, qui insistent sur les bénéfices d’une alimentation saine en occultant le plaisir lié à l’expérience de consommation. Cependant, plusieurs études amènent aujourd’hui à penser que mieux intégrer les informations sensorielles à travers la simulation de l’expérience de consommation, pourrait aider les consommateurs à la fois à faire des choix alimentaires plus sains et à réduire leur consommation (Petit, Cheok et Oullier, 2016 ; Petit et al., sous presse).

La simulation de l’expérience de consommation réactive certaines aires du cerveau qui sont stimulées au cours de la consommation réelle. Ainsi plusieurs études ont montré qu’il était possible d’agir sur la satiété en simulant la consommation d’une grande quantité de nourriture (Larson et al, 2014 ; Toepel et al, 2015).

Dans notre étude, nous avons mis en évidence qu’il est aussi possible de réduire l’effet de taille de portion (amenant les individus à consommer plus lorsque la nourriture est présentée sous la forme d’une grande portion que lorsqu’elle est présentée dans une petite portion), en demandant aux individus d'imaginer l'expérience sensorielle liée à la consommation de la portion de nourriture (Petit, Spence, Velasco, Woods et Cheok, en révision). Nous avons effectué deux études en ligne.

Dans une première étude, les participants ont choisi le nombre de frites qu'ils aimeraient manger en voyant une des trois tailles de portions proposées (moyenne, grande et très grande). Ils ont indiqué dans quelle mesure ils s’étaient imaginés consommer la portion de frites en voyant l’image à l’écran. Les personnes qui ont déclaré avoir simulé moins d’expériences de consommation sélectionnaient approximativement le même pourcentage de frites dans les trois différentes portions et étaient donc très sensibles à l’effet de taille de portion. En revanche, les personnes qui ont déclaré avoir simulé plus d’expériences de consommation ont sélectionné un plus petit pourcentage de la très grande portion de frites que de la portion moyenne. Toutefois, les deux groupes de participants ont choisi plus de frites en voyant la très grande portion qu’en voyant la portion moyenne. Ainsi, la simulation spontanée d'expériences de consommation apparait réduire l'effet de la taille des portions, mais ne l'élimine pas.

Dans une deuxième étude nous avons montré que l'effet de taille de portion pouvait être éliminé en encourageant les participants à imaginer de manière délibérée l'expérience sensorielle associée à la consommation d'une tablette de chocolat (petite vs. grande).

Dans cette condition, les participants ne sélectionnaient pas plus de carrés de chocolat en voyant la plus grande tablette qu’en voyant la plus petite (contrairement au groupe contrôle). Des études précédentes ont mis en évidence que la simulation sensorielle encourageait les consommateurs à choisir de plus petites portions de nourriture (Cornil et Chandon, sous presse). Notre étude amène à penser que la simulation sensorielle pourrait aussi aider à réduire l’effet de taille de portion durant la consommation.

La simulation sensorielle n’a pas uniquement un effet sur la réduction de la consommation, elle peut également aider les individus à faire des choix alimentaires plus sains, notamment ceux ayant un indice de masse corporelle élevé (IMC). Dans une étude d’imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle (IRMf), nous avons examiné si l'activité cérébrale dans les aires impliquées dans la maîtrise de soi augmentait de façon significative lorsque des individus ayant un IMC élevé simulent le goût plutôt que les bienfaits pour la santé de consommer des aliments sains durant leurs choix alimentaires (Petit et al., sous presse, b).

Dans cette condition, l'IMC était positivement corrélée à la réponse neuronale dans des aires associées à la gustation (insula), à la récompense (cortex orbitofrontal), et au contrôle de soi (gyrus frontal inférieur), ainsi qu’avec le nombre d’aliments sains sélectionnés. En revanche, lorsqu’il était demandé aux participants d’imaginer les bénéfices pour la santé, l'IMC était négativement corrélé avec l'activité neuronale dans des aires associées à la gustation (insula) et à la récompense (opercule frontal inférieur). Ces résultats suggèrent que les personnes ayant un IMC élevé ne sont pas nécessairement moins capables de se contrôler, et peuvent faire plus facilement des choix alimentaires sains lorsqu’ils simulent le plaisir sensoriel de consommer ces aliments.

Ensemble, ces études suggèrent que promouvoir la simulation sensorielle de l’expérience de consommation d’aliments sains dans les campagnes de communication et / ou sur les emballages alimentaires pourrait aider les consommateurs à réguler leur consommation et à faire des choix alimentaires plus sains.

(*) Elder et Krishna, 2012 ; Spence, Okajima, Cheok, Petit, et Michel, sous presse

(Olivia Petit, Imagineering Institute in Iskandar, Malaisie. Conférence Benjamin Delessert 2016, Mangeurs sous influences ? Sens et cerveau en dialogue)

Références

  • Cornil, Y., & Chandon, P. (in press). Pleasure as a substitute for size: How multisensory imagery can make people happier with smaller food portions. Journal of Marketing Research.
  • Elder, R. S., & Krishna, A. (2012). The “visual depiction effect” in advertising: Facilitating embodied mental simulation through product orientation. Journal of Consumer Research, 38(6), 988-1003.
  • Larson, J., Redden, J. P., & Elder, R. (2014). Satiation from sensory simulation: Evaluating foods decreases enjoyment of similar foods. Journal of Consumer Psychology, 24(2), 188-194.
  • Petit, O., Basso, F., Merunka, D., Spence, C., Cheok, A.D., & Oullier, O. (in press, a). Pleasure and the control of food intake: An embodied cognition approach to consumer self-regulation. Psychology & Marketing.
  • Petit, O., Cheok, A. D., & Oullier, O. (2016). Can Food Porn Make Us Slim? How Brains of Consumers React to Food in Digital Environments. Integrative Food Nutrition and Metabolism, 3(1), 251-255.
  • Petit, O., Merunka, D., Anton J. L., Nazarian, B., Spence, C., Raccah, D., & Oullier, O. (in press, b). Health and pleasure in consumers’ dietary food choice: Individual differences in the brain’s value system. PloS one.
  • Petit, O., Spence, C., Velasco, C., Woods, A., & Cheok, A. D. (under revision): Changing the influence of portion size on consumer behaviour via eating simulations.
  • Spence, C., Okajima, K., Cheok, A. D., Petit, O., & Michel, C. (in press). Eating with our eyes: From visual hunger to digital satiation. Brain and Cognition.
  • Toepel, U., Bielser, M. L., Forde, C., Martin, N., Voirin, A., le Coutre, J., Murray, M. M., & Hudry, J. (2015). Brain dynamics of meal size selection in humans. NeuroImage, 113(1), 133-142.

SOURCE : Institut Benjamin Delessert

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