Sélénium et alimentation

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Le rôle du sélénium a suscité beaucoup d'intérêt ces dernières années. Dans la mesure où les apports en sélénium ont diminué en Europe, d'aucuns se sont inquiétés de ce que des carences marginales puissent majorer le risque de maladies chroniques comme le cancer et les maladies cardiovasculaires. Qu'en est-il exactement et que faudrait-il faire ?

Rôle vital pour l’organisme

« Sélénium et alimentation » - Crédit photo : fr.wikipedia.org Dans l’organisme, le sélénium est incorporé dans un certain nombre de protéines essentielles du nom de sélénoprotéines. Vingt-cinq sélénoprotéines ont été identifiées jusqu’à présent, dont i) les peroxydases qui ont des propriétés anti-inflammatoires importantes et protègent la membrane cellulaire des dommages causés par les radicaux libres, ii) les déiodinases qui interviennent dans la production de l’hormone thyroïdienne active et iii) les protéines qui jouent un rôle dans la reproduction et la réparation de l’ADN.

Sources de sélénium

Le sélénium est présent dans le sol et les roches et s’accumule dans les plantes, ce qui explique son passage dans la chaîne alimentaire. Le sélénium est présent dans la plupart des aliments, mais ce sont les fruits secs (et notamment les noix du Brésil), le poisson et les fruits de mer, les abats (rein, foie) et la viande qui en sont les meilleures sources. Les céréales, les légumes et d’autres aliments végétaux contiennent du sélénium, mais leur quantité varie selon le sol dans lequel ils ont été cultivés. Les sols européens sont relativement pauvres en sélénium, par rapport à certaines régions des Etats-Unis, du Canada et de Chine.

Des apports en baisse

D’une manière générale, les apports en sélénium dans les pays d’Europe du Nord ont considérablement diminué au cours des dernières décennies. Dans les années 1970, les apports se situaient entre 60 et 70 µg par jour, alors qu’aujourd’hui ils sont estimés à seulement 30 µg pour les femmes et 40 µg pour les hommes1, soit la moitié de la quantité recommandée à l’heure actuelle2. Cela est vraisemblablement dû au fait que les pays d’Europe du Nord consomment davantage de blé cultivé en Europe que de blé importé des Etats-Unis et du Canada, qui contient jusqu’à 50 fois plus de sélénium que son équivalent européen. Il est intéressant de savoir que la Finlande a introduit le sélénium dans les engrais dans les années 1980 et que les taux correspondants ont augmenté depuis dans les proportions équivalentes (voir tableau).

Défenses affaiblies

Malgré la diminution des apports en sélénium, aucun signe manifeste de carence n’a encore pu être observé en Europe. Des apports en sélénium sous-optimaux peuvent réduire la production de sélénoprotéines, ce qui peut en retour affecter la réparation de l’ADN, altérer les réponses immunitaires et anti-inflammatoires et affaiblir les mécanismes de protection contre les maladies comme le cancer et les maladies cardiovasculaires.

Sélénium et cancer

Le rôle du sélénium dans l’apparition du cancer a été étudié de manière approfondie ces derniers années3. Bien qu’il existe des mécanismes plausibles selon lesquels les sélénoprotéines pourraient réduire le risque de cancer (par exemple en s’attaquant aux radicaux libres qui infligent des lésions à l’ADN), les chercheurs ont conclu que les preuves voulant que les aliments contenant du sélénium confèrent une protection contre le risque de cancer étaient limitées, exception faite cependant du cancer de la prostate. Les sélénoprotéines peuvent en effet diminuer le risque de cancer de la prostate car elles interviennent dans la production de testostérone, qui est un régulateur important de la croissance prostatique normale et anormale.

Maladie cardiovasculaire

Une méta-analyse de treize études observationnelles portant sur le rôle du sélénium dans les maladies cardiovasculaires a permis de dégager une relation inverse modérée entre les marqueurs du statut en sélénium et le risque de maladie cardiovasculaire. Toutefois, les études menées auprès de populations non carencées en sélénium n’ont pas permis de prouver que cet oligo-élément conférait une protection cardiovasculaire et les études portant sur une supplémentation en sélénium ne sont absolument pas concluantes4.

Marge de sécurité

En Europe, le seuil maximal d’apport journalier a été fixé à 300 µg par jour pour les adultes, avec une diminution graduelle à 60 µg/jour pour les enfants âgés entre 1 et 3 ans2. Au-delà de ces seuils, un léger excès provoque des lésions cutanées et la chute des cheveux et des ongles, alors que des doses importantes à long terme (plus de 900 µg/jour) peuvent provoquer des changements neurologiques dont des engourdissements, des convulsions, voire une paralysie. Les apports excessifs en sélénium de sources alimentaires sont très rares, mais des cas de toxicité ont été rapportés en Suède chez des enfants qui avaient consommé par accident une quantité excessive de comprimés de sélénium5.

Des apports modérés sont préférables

Bien que les apports en sélénium aient chuté en Europe, ils sont encore suffisants pour prévenir les signes les plus évidents de carence et se comparent à ceux d’autres régions du monde (voir tableau)1. Les taux de sélénoprotéines semblent atteindre leur niveau maximal relativement facilement, moyennant des apports alimentaires normaux, et tendent à plafonner même si on administre des suppléments de sélénium3. Cela va dans le même sens qu’une évaluation récente sur les suppléments antioxydants qui n’attribue aucun bénéfice évident à la consommation de suppléments de sélénium de sources non alimentaires6. Une alimentation variée permet à la plupart d’entre nous de se procurer suffisamment de sélénium d’origine alimentaire.

Différences géographiques dans les apports en sélénium (µg/jour)[1] :

Différences géographiques dans les apports en sélénium

Références

  1. FAO/OMS (2002). Human Vitamin and Mineral Requirements. Report of an expert consultation, Bangkok Thailand. Chapter 15 Selenium. Consultable sur : http://www.fao.org/DOCREP/004/Y2809E/y2809e0l.htm#bm21.1
  2. Scientific Committee on Food (2000) Opinion of the Scientific Committee on Food on the Tolerable Upper Intake Level of Selenium. Consultable sur : http://ec.europa.eu/food/fs/sc/scf/out80g_en.pdf
  3. WCRF/AICR (2007). Food, Nutrition, Physical Activity and the Prevention of Cancer – a Global Perspective. Washington DC. Consultable sur : http://www.dietandcancerreport.org
  4. Navas-Acien A, Bleys J & Guallar E (2008). Selenium intake and cardiovascular risk: what is new?. Current Opinions in Lipidology 19:43-49.
  5. Johansson L, Åkesson B and Alexander J (1997). Availability of selenium from soils in relation to human nutritional requirements in Sweden – Is there a need for supplementation. Report. Swedish Environmental Protection Agency, Stockholm, 104 pp.
  6. Bjelakovic G, Nikolova D, Gluud LL, Simonetti RG, Gluud C (2008). Antioxidant supplements for prevention of mortality in healthy participants and patients with various diseases. Cochrane Database of Systematic Reviews 2008, Issue 2. Art. No.: CD007176. DOI: 10.1002/14651858.CD007176.

Source : « Conseil Européen de l’Information sur l’Alimentation (EUFIC) »

SOURCE : « Conseil Européen de l’Information sur l’Alimentation

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