Saumon d'élevage, saumon OGM, faut-il s'en méfier ?

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Le saumon était encore, il y a peu de temps, un produit de luxe rare et cher qu’on retrouvait principalement sur nos tables à la période des fêtes. Puis l’élevage intensif en fit un produit de consommation courante, accessible à une majorité. Mais que se cache-t-il derrière ce beau poisson à chair rose ?

Cette démocratisation du saumon s’est faite au prix d’un élevage de masse. De nos jours, plus de la moitié du saumon du commerce provient de fermes d’élevage, ce qui correspond à plus de 700.000 tonnes de saumon produites chaque année par l'aquaculture en Europe.

Ce poisson riche en acides gras essentiels est supposé augmenter notre consommation en Oméga-3, protecteur contre les troubles cardio-vasculaires. Mais le saumon d'élevage, de par son alimentation artificielle et industrielle, n'a pas le bon apport que l’on espère.

D’ailleurs, la belle couleur rosée du saumon sauvage vient de son régime naturel et varié. Pour retrouver cette caractéristique de l’espèce, le pisciculteur industriel utilise un produit chimique, le « canthaxanti », interdit par l’Union européenne dans l’alimentation humaine mais, en revanche, que l’on peut donner au saumon. Ce produit provoquerait des risques de cécité chez les jeunes enfants.

L’aquaculture intensive, quel effet sur la santé ?

L'aquaculture utilise des produits chimiques et des engrais nocifs. Le saumon en captivité est nourri principalement de farine et d'huile de poisson provenant de rebut et d'espèces de poissons sauvages, mais on trouve aussi des dérivés de volailles (des plumes), de la mélasse, du sang, des levures, auxquelles on ajoute des vitamines de croissance, des colorants chimiques et des antibiotiques.

Selon des recherches, des scientifiques américains et canadiens mettent en garde contre la contamination du saumon d’élevage par diverses substances toxiques et insecticides organochlorés tels que le PCB, le DDT, les HCB, des dioxines, de la dieldrine, du mirex, du lindane, des toxaphènes ou du nanochlore qui se fixent sur les graisses. Ces polluants dangereux peuvent entraîner des dommages allant des troubles des systèmes nerveux, reproducteur et immunologique au cancer et autres troubles de la santé.

Les conséquences sur l’environnement

L’aquaculture intensive est à l’origine de nombreux problèmes pour l’environnement marin. Selon les experts de l'ONU, celle-ci produit 110 kg d'azote par tonne de poissons, 12 kg de phosphore et 450 kg de carbone.

Les effets nocifs sur l'environnement proviennent principalement du gaspillage de nourriture non consommée par les poissons, des produits du métabolisme des poissons, des traitements chimiques pour traiter les maladies et les parasites (dont la tique de mer, 30.000 fois plus nombreuses] sur un saumon d’élevage que sauvage. Les déchets de nourriture entraînent une pollution par les nutriments autour des cages d'élevage et les bassins de production se transforment en véritables bouillons de culture.

Les fermes marines sont en contact étroit et permanent avec l’environnement marin et contaminent le saumon sauvage d'où le déclin des populations de cette espèce qui a d’ores et déjà disparu de certains lochs et rivières d’Ecosse, évincée par des saumons évadés et leur descendance.

Les solutions apportées

On pourrait envisager une production de qualité, respectueuse de l’environnement. Cela supposerait une baisse des quantités produites et inévitablement une baisse des profits pour les éleveurs. Le respect de certaines règles élémentaires dans les fermes marines pourrait être imposé, comme revoir les méthodes de filtration et de recyclage des eaux usées et limiter la consommation de médicaments, mais en attendant, d’après les données sur le saumon d’élevage, il serait plus sage de consommer d’autres espèces que le saumon.

Le pire reste-t-il à venir ?

Il semblerait que les Américains aient franchi la barre de l’irréel en autorisant l’élevage des saumons transgéniques. Mais alors que cette décision aurait engendré de vives critiques, la décision finale sera prise après une enquête effectuée par le Veterinary Medecine Advisory Committee.

Le saumon qu’on retrouvera sous le nom de saumon AquAdvantage n’est autre qu’un saumon atlantique auquel on aura ajouté un gène codé pour une hormone de croissance. Cette hormone produite en permanence permet au saumon de prendre du poids toute l’année et d’atteindre ainsi la taille et le poids de commercialisation en deux fois moins de temps qu’un saumon sauvage.

Pour la FDA (Food and Drug Administration), les gènes ajoutés aux animaux ne sont pas différents de n’importe quel autre médicament vétérinaire. Que peut-on craindre ? Quels seraient les conséquences si lesdits saumons venaient à s’accoupler avec les saumons sauvages?

D’après une étude alarmante faite à l’université Purdue et publiée dans le journal Pnas, l’éradication de l’espèce sauvage pourrait bien avoir lieu, à cause de la présence de ces poissons transgéniques, en l’espace de seulement vingt générations s’ils venaient à s’échapper et à s’accoupler avec les saumons sauvages.

D’après Ronald Stotish, directeur exécutif d’AquaBounty, il n’y a pas lieu de s’inquiéter, les bassins sont sous contrôle et ces nouvelles découvertes biotechnologiques sont des atouts considérables pour des productivités améliorées en aquaculture.

Mais la question suivante se pose: quels en seraient les effets sur la santé des consommateurs? L’histoire ne le dit pas...

(Écrit par Maggy Sanner)

SOURCE : La Grande Epoque

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