SALT : groupe d’experts pour la réduction du sodium dans l’alimentation

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La création du groupe SALT (Sodium Alimentaire : Limitons les Taux) a été annoncée officiellement lors d’une conférence de presse qui s’est tenue jeudi 21 octobre 2010 à Paris. Pour la première fois en France, une association, comme il en existe déjà dans de nombreux pays, se consacre à la limitation des taux de sodium dans les produits alimentaires. Issus des mondes de la médecine, de l’agroalimentaire, de la recherche et de la communication, les experts fondateurs de SALT souhaitent établir un consensus sur la lutte contre les excès de sodium, et apporter leur aide tous les acteurs concernés en valorisant les efforts que chacun fera dans ce sens.

Attention au sodium caché !

« SALT : groupe d’experts pour la réduction du sodium dans l’alimentation » C’est un fait avéré : une alimentation trop salée peut être à l’origine de graves maladies (accidents cardiaques et cérébrovasculaires, ostéoporose, maladies rénales, obésité infantile). Alors que l’OMS préconisait en 2006 de ne pas dépasser 5g de sel (soit 2g de sodium) par jour [1], les apports en sel sont aujourd’hui en France de l’ordre de 9g par jour, et un homme sur quatre en absorbe plus de 12g par jour [2].

C’est au sodium contenu dans le sel que l’on fait référence lorsqu’on évoque les risques liés au sel : 5g de sel contiennent approximativement 2g de sodium (Na) et 3g de chlore (Cl).

Mais contrairement aux idées reçues, ce n’est pas de la salière que vient la démesure. Près de 80% du sodium que nous absorbons vient en réalité des aliments préparés par l’industrie et de la restauration [3].

Consommation de sodium chez les enfants : soyons vigilants

Bien qu’il se dise couramment qu’il ne faut pas abuser du sel, les raisons d’une telle prudence restent méconnues du grand public. On s’imagine volontiers que l’excès de sel n’est dommageable que pour les cardiaques et les personnes âgées. En réalité, chacun d’entre nous s’expose à des complications en absorbant trop de sodium ; c’est même chez les enfants qu’il faut adopter la plus grande vigilance. En effet, c’est durant cette période clé que se constitue le capital vasculaire et osseux [4]. La surabsorption de sel des plus jeunes les expose à une élévation de la pression artérielle, voire à la constitution d’une athérosclérose débutante [5], ainsi qu’à une fragilité osseuse, qui compromettent irréversiblement leur santé future.

Le sel induit aussi une augmentation de l’apport calorique car il accentue l’appétit et la soif. Ceci est d’autant plus alarmant qu’en France, à l’heure actuelle, plus d'un enfant sur six est en surpoids (17,8%) voire obèse (3,5%) [6,7]. Or il est avéré qu’un enfant obèse et habitué au sel risque fort de le rester à l'âge adulte, ce qui l’expose aux maladies associées (maladies cardiovasculaires et diabète de type 2) et diminue de 13 ans son espérance de vie [8].

Moins de sel pour tous, la France se met à la page

Si l’on parvenait à réduire les taux de sodium dans les aliments transformés, la santé de toute la population changerait de manière radicale. C’est ce qu’une analyse publiée fin 2007 dans le Lancet a conclu, démontrant qu’il serait possible d’éviter 9 millions de morts en 10 ans si l’on réduisait de 15% la consommation de sel dans le monde [9].

En France, les effets du sodium sur la santé, à l’échelle de la population, ont été presque totalement négligés avant 2000. Pourtant, d’autres pays européens (Finlande, Belgique, Angleterre, Irlande, Portugal) ont commencé, dès les années 1980 pour les premiers, à donner de l’importance au sel dans les préoccupations de santé publique et ont pris des mesures dans ce sens.

Depuis, l’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments), les Académies nationales de médecine et de pharmacie, le Plan National Nutrition-Santé (PNNS1 & PNNS2) et la Loi d’Orientation de Santé Publique, ont reconnu le problème et appelé à agir. Mais à part quelques actions limitées, aucun changement très significatif n’a été observé jusqu’en 2009 dans la teneur en sodium des aliments transformés et leur étiquetage.

La Loi de Modernisation de l’Agriculture et de la Pêche adoptée le 13 juillet 2010 instaure une véritable politique de l’alimentation incitant les opérateurs du secteur agroalimentaire à prendre des mesures collectives. Sa mise en oeuvre interviendra dans le cadre d’un Programme National pour l’Alimentation (PNA) d’une durée de 3 ans, défini conjointement avec les ministres concernés.

Dix-neuf grandes entreprises ont signé avec le Ministère de la santé une « Charte d’engagement volontaire de progrès nutritionnels ». Inscrites au coeur du PNNS, ces chartes sont le fer de lance de l'action gouvernementale pour améliorer progressivement l'offre alimentaire dans la grande distribution. Elles reflètent les efforts méritoires de certains fabricants pour changer leurs recettes dans le sens des recommandations.

SALT : un groupe d’experts pluridisciplinaire pour accompagner le changement

Pour toutes ces raisons, des experts venus de tous horizons ont décidé de créer le groupe SALT (Sodium Alimentaire: Limitons les Taux) afin d’éduquer les consommateurs et de convaincre les décideurs d'adopter des mesures claires et utiles pour aider les producteurs à limiter la quantité de sodium que nous absorbons quotidiennement.

La force de SALT réside dans la diversité de ses fondateurs, spécialistes reconnus dans leurs domaines respectifs. Le groupe s’est fixé pour mission fondamentale de faciliter tout ce qui pourra contribuer à réduire la quantité de sodium ingérée par la population française, et particulièrement par les personnes les plus fragiles et les plus défavorisées.

Dans son action, SALT espère obtenir le soutien d'un certain nombre d'entreprises et de financeurs institutionnels, afin de pouvoir faire fonctionner trois commissions au sein de l'association :

  • Une commission "consommation", étudiera les problèmes pratiques rencontrés par la population pour contrôler sa consommation sodée, afin de pouvoir mener auprès d'elle des actions ciblées de pédagogie et de communication.
  • Une commission "réglementation", analysera les problèmes posés aux métiers de l'alimentation industrielle, artisanale et collective, afin de proposer au législateur les moyens les plus efficaces pour les aider à les résoudre.
  • Une commission "nutrition", effectuera des travaux scientifiques comme : le calcul des économies de santé réalisables en France en réduisant l'excès de sodium alimentaire ; l'impact des chlorures sur la physiologie ; la recherche de corrélations épidémiologiques entre les ingestats sodés et les troubles métaboliques de l'adulte ou l'obésité infantile.

SALT devient, à sa création, la branche française du groupe international WASH (World Action on Salt and Health) créé en 2005.

Le contenu des actions de SALT, les informations et les résultats obtenus seront relayés sur le site internet du groupe : www.salt.asso.fr

SALT : 16 membres fondateurs

  • Pr Michel Krempf (Nutrition et endocrinologie, CHU Nantes) - Président
  • Pr Eric Bruckert (Métabolisme et prévention cardiovasculaire, CHU Pitié-Salpêtrière) - vice-Président
  • Mme Sandrine Raffin (Link-Up, communication santé et nutrition) - Secrétaire
  • Dr Pierre Rimbaud (Jenwin, stratégies de santé) - Trésorier
  • Pr François-André Allaert (Chaire d'Evaluation Médicale CEREN ESC, Dijon)
  • Pr Alain Baumelou (Néphrologie et Santé publique, CHU Pitié-Salpêtrière)
  • Dr Vincent Boucher (Président de la Fédération Nationale des Associations Médicales de Nutrition)
  • M. Gérard Brochoire (Directeur de l'Institut National de la Boulangerie-Patisserie)
  • Dr Sébastien Czernichow (Epidémiologie nutritionnelle, Inserm & Université Paris XIII)
  • Pr Jean-Pierre Després (Chaire internationale sur le risque cardiométabolique, Québec)
  • Dr Alain Ducardonnet (cardiologue, ancien président du Collège national des cardiologues français)
  • Dr Laurent Mallet (Président de Phythea)
  • Pr Albert Mimran (Cardiologue, Montpellier, co-auteur du rapport sur le sel à l'Académie de médecine)
  • M. Christian Remesy (Chercheur en nutrition humaine)
  • Dr Patrick Serog (Nutritionniste)
  • M. André Uzan (Pharmacologue, co-auteur du rapport sur le sel à l'Académie de pharmacie

Références :

  1. Réduire les apports en sel au niveau des populations, Rapport du forum et de la réunion technique OMS, 2006
  2. Sel dans l’alimentation. L’état de santé de la population en France. Suivi des objectifs annexés à la loi de santé publique. Rapport 2009-2010:138-9
  3. Haut Comité de la Santé Publique. Sel dans l’alimentation. Objectif 11. Suivi des objectifs annexés à la loi de santé publique - Rapport 2009-2010 :138-9.
  4. Cameron N, Demerath EW. Critical periods in human growth and their relationship to diseases of aging. Am J Phys Anthropol. 2002;Suppl 35:159-84.
  5. Flurin R. Hygiène du coeur et des vaisseaux - Prévenir dès l’enfance. Bibliothèque Médicale A.F.Lemanissier, 2001
  6. Etude Nationale Nutrition Santé – ENNS 2006 ; Institut de Veille Sanitaire
    • Woodward-Lopez G, Kao J, Ritchie L. To what extent have sweetened beverages contributed to the obesity epidemic? Public Health Nutr. 2010 Sep 23:1-11.
    • Isacco L, Lazaar N, Ratel S, Thivel D, Aucouturier J, Doré E, Meyer M, Duché P. The impact of eating habits on anthropometric characteristics in French primary school children. Child Care Health Dev. 2010 Jul 14.
    • Cohen DA, Sturm R, Scott M, Farley TA, Bluthenthal R. "Not enough fruit and vegetables or too many cookies, candies, salty snacks, and soft drinks?" Public Health Rep. 2010 Jan-Feb;125(1):88-95.
  7. EPODE, www.epode.org
  8. Asaria P, Chisholm D, Mathers C, Ezzati M, Beaglehole R. Chronic disease prevention: health effects and financial costs of strategies to reduce salt intake and control tobacco use. Lancet. 2007 Dec 15;370(9604):2044-53.

SOURCE : SALT

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