Rôle et place du petit déjeuner dans l'équilibre alimentaire des enfants

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L'habitude du petit déjeuner varie selon les individus. Une partie de la population ne prend pas de petit déjeuner, volontiers en raison de manque de temps ou d'absence de faim, chez l'enfant comme chez l'adulte. Cette habitude est-elle bonne ? Faut-il essayer d'en changer, notamment chez l'enfant ?

Le petit déjeuner interrompt le jeûne nocturne, soit 10-12 heures sans manger, et prépare l'organisme aux dépenses énergétiques de la matinée. Les nutritionnistes en concluent habituellement qu'il devrait comporter un quart de l'apport calorique glucidique journalier avec un équilibre entre les sucres rapides et les sucres lents. Plusieurs conséquences néfastes de l'absence de petit déjeuner seraient possibles, comme la fatigue au cours de la matinée, pouvant toucher les facultés physiques et cognitives, notamment en raison d'une l'hypoglycémie, qui peut aussi mener au grignotage.

Jusqu'à une période récente, les données scientifiques permettant d'attester ces faits restaient peu nombreuses. Plus récemment, plusieurs études sont venues conforter les bénéfices de la consommation du petit déjeuner. D'une manière générale, les études portent sur le contrôle du poids et des facteurs de risque cardiovasculaires, l'attention, la mémoire de travail et la mémoire secondaire et montrent, par exemple, qu'un repas riche en sucres lents et probablement aussi en protéines aide à maintenir le niveau de performances mentales au cours de la matinée. La prise quotidienne d'un petit déjeuner consistant et suffisamment riche en énergie, notamment d'origine glucidique (comme notamment les céréales du petit déjeuner), enregistre donc des bénéfices nutritionnels non négligeables.

Ainsi, même si certaines confirmations sont à obtenir, il semble bien que la consommation habituelle de petit déjeuner diminue l'indice de masse corporelle et améliore l'activité physique (Sandercock GRH et al, 2010). Les résultats de la cohorte d'adolescents « Eating Among Teens » supportent également largement l'importance de la promotion d'un petit déjeuner régulier pour diminuer l'indice de masse corporelle (Timlin MT et al, 2008). Mieux encore, la modération des ingesta énergétiques lors du petit déjeuner peut se cumuler jour après jour, aboutissant à une réduction globale des ingesta énergétiques (Leahy KE et al, 2008). Le respect d'un petit déjeuner présentant une densité énergétique raisonnable est donc une stratégie efficace de modération des ingesta énergétiques de l'enfant.

Il semble que le petit déjeuner augmente la satiété (impression de réplétion et augmentation de la concentration de PYY). Lorsque le petit déjeuner est riche en protéines, il existe un bénéfice additionnel, la réduction de l'appétit et des ingesta énergétiques (Leidy HJ & Racki EM, 2010). L'effet satiétogène du petit déjeuner semble toutefois de nature complexe, variant avec l'âge, l'index glycémique du petit déjeuner et le délai du repas suivant le petit déjeuner (Buyken AE et al, 2007).

Il est désormais possible de tracer le « profil » de l'expression des gènes dans les cellules du sang circulant après simples variations de l'exposition diététique. Les petits déjeuners riches en sucres induisent l'expression de 317 gènes tandis que les petits déjeuners riches en protéines induisent l'expression de 919 gènes. Il est intéressant de noter que les gènes surreprésentés correspondent à la réponse immune, transduction du signal, signalisation récepteur lymphocytes T, et certains facteurs de transcription (van Erk MJ et al, 2006). Il est aussi possible d'analyser par IRM des différences de composition du tissu cérébral en fonction de la composition du petit déjeuner (Taki Y et al, 2010).

La composition en macronutriments et la puissance glycémique (possibilité d'augmenter la glycémie) du petit déjeuner modifie la cognition des enfants scolaires, de 11 à 14 ans. Un petit déjeuner à faible index glycémique et forte charge glucidique entraine une meilleure performance dans la rapidité de l'enregistrement de l'information. Un petit déjeuner à fort index glycémique entraine une meilleure performance lors de l'exercice de mémorisation des mots (Micha R et al, 2010).

Au vu de ces divers travaux, le petit déjeuner semble, sinon indispensable, du moins très utile, notamment chez l'enfant, mais sa composition idéale reste encore à bien définir sur le plan scientifique. Elle doit probablement équilibrer l'apport en protéines en quantités suffisantes et en glucides, si possible lents. A la boisson, pas trop sucrée, doivent s'ajouter des aliments de base, comme un produit céréalier (céréales pour petit déjeuner, pain, etc.) un produit laitier et un fruit, cette association permettant une meilleure répartition nutritionnelle au cours de la journée de l'enfant. Suscitant l'appétence, les céréales pour petit déjeuner peuvent aider l'enfant qui n'a pas faim le matin. Grâce à leur praticité et leur rapidité de préparation et au large choix de références permettent ainsi de varier les menus.

Références :

  • Sandercock GRH et al. Associations between habitual school-day breakfast consumption, body mass index, physical activity and cardiorespiratory fitness in English schoolchildren. Eur J Clin Nutr 2010;64:1086-1092
  • Timlin MT et al. Breakfast eating and weight change in a 5-year prospective analysis of adolescents: project EAT (Eating Among Teens). Pediatrics 2008;121:e638-e645
  • Leahy KE et al. Reducing the energy density of multiple meals decreases the energy intake of preschool-age children. Am J Clin Nutr 2008;88:1459-6
  • Burgess-Champoux TL et al. Longitudinal and secular trends in adolescent whole-grain consumption, 1999-2004. Am J Clin Nutr 2010;91:154-9
  • Leidy HJ & Racki EM. The addition of a protein-rich breakfast and its effects on acute appetite control and food intake in 'breakfast-skipping' adolescents. IntJ Obes 2010 34:1125-1133
  • Buyken AE et al. Breakfast glycemic index affects subsequent daily energy intake in free-living healthy children. Am J Clin Nutr 2007;86:980-7
  • van Erk MJ . High-protein and high-carbohydrate breakfasts differentially change the transcriptome of human blood cells. Am J Clin Nutr 2006;84:1233-41
  • Taki Y et al, Breakfast staple types affect brain gray matter volume and cognitive function in healthy children. PLoS One. 2010;5:el5213
  • Micha R et al. The glycaemic potency of breakfast and cognitive function in school children. Eur J Clin Nutr 2010 64: 948-957)

(Pr Christophe DUPONT Chef du service de Gastro-entérologie pédiatrique ambulatoire, Hôpital Necker-Enfants Malades (AP-HP) - Conférence de presse Matins Céréales - DIETECOM, 24 mars 2011)

Source : Alexandre Glouchkoff

SOURCE : Toute la diététique !

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