Recommandations en acides gras essentiels chez l'enfant

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Les acides gras n-3 (ou oméga 3) constituent une des deux familles d’acides gras essentiels. Ils sont constitués d’un précurseur l’acide a-linolénique (huiles végétales) et de plusieurs dérivés dont l’EPA et le DHA (huiles de poisson).

Chez l’homme adulte, on ne connaît pas de situation de carence nutritionnelle en acides gras n-3 mais c’est l’importance de ces acides gras en terme de prévention des maladies dites de civilisation (maladies cardio-vasculaires, cancer, syndrome métabolique, aspects psychiatriques…) qui justifie actuellement de s’intéresser à leur consommation, à leur biosynthèse et à leur disponibilité pour les tissus.

Les premières connaissances physiologiques sur le caractère essentiel des acides gras n-3 ont montré qu'une carence prolongée du régime en acide a- linolénique (18:3 n-3), portant sur plusieurs générations, occasionne des troubles de la vision et du fonctionnement cérébral chez le rat, principalement caractérisé par l’étude des capacités d’apprentissage, réduites en situation de carence. Les principaux rôles physiologiques de l'acide a-linolénique et des acides gras essentiels n-3 ont été ensuite confirmés chez l'Homme. Les acides gras n-3 et en particulier le DHA (docosahexaenoic acid, C22:6 n-3, également appelé acide cervonique vue son abondance dans les phospholipides des structures cérébrales) ont des fonctions spécifiques dans le développement du cerveau et du système nerveux. Concernant les aspects cardio-vasculaires, les acides gras n-3 ont très vite été décrits comme protecteurs, car ils ont des rôles majeurs sur l’agrégation plaquettaire, sur l’inflammation, sur la physiologie cardiaque et sur la triglycéridémie …

Rappelons d’abord que les lipides alimentaires constituent une source essentielle d’énergie par b-oxydation des acides gras au cours de l’enfance et de l’adolescence. Il n’existe pas de données spécifiques pour cette période d’âge concernant les différents acides gras. Néanmoins, au cours de cette période, la composition en acides gras du régime peut jouer un rôle important sur le risque de survenue des ces pathologies tout au long de la vie (OMS, 2004). C’est pourquoi, pour l’enfant et l’adolescent, les recommandations reposent surtout sur des considérations de prévention nutritionnelle des pathologies à composante nutritionnelle (obésité, maladies inflammatoires, maladies cardiovasculaires…).

Plus précisément, la consommation des AGPI-LC n-3, peut ainsi exercer des effets bénéfiques à moyen et à long terme sur le processus d’athérosclérose qui débute dès l’adolescence et s’exprime à l’âge adulte. De même, l’équilibre entre les acides gras n-6 et n-3 pourrait jouer un rôle sur le développement de l’obésité et du syndrome métabolique.

Apports conseillés en AGPI précurseurs et dérivés

Acides linoléique et a-linolénique : Aucune étude n’a été réalisée pour apprécier les besoins spécifiques de l’enfant et de l’adolescent. L’AFSSA propose donc des apports conseillés similaires à ceux de l’adulte, soit respectivement 4 % et 1 % de l’apport énergétique pour les acides linoléique et a-linolénique. Pour l’enfant en bas âge (1 à 3 ans), les valeurs proposées pour le nourrisson de moins de 6 mois en acide a-linolénique et linoléique, s’appliquent.

acides docosahexaénoïque (DHA) et eicosapentaénoïque (EPA) : Les arguments avancés pour l’homme adulte ont été retenus, à savoir pour le DHA un apport conseillé pour compenser son faible niveau de biosynthèse à partir de l’acide a-linolénique, et pour les AGPI n-3 à longue chaîne (EPA+DHA) un apport conseillé pour limiter l’incidence des maladies cardiovasculaires à l’âge adulte. Les apports énergétiques pour l’adolescent étant supérieurs à 2000 Kcal par jour, il est conseillé des apports de 250 mg/j de DHA et de 500 mg/j pour l’EPA+DHA. Pour les enfants et compte tenu des apports énergétiques réduits de moitié par rapport à ceux des adolescents, les apports conseillés sont de 125 mg/j pour le DHA et 250 mg/j pour l’EPA+DHA. Concernant l’enfant en bas âge, seul un apport en DHA paraît justifié afin d’assurer la continuité de son accumulation dans les membranes cérébrales jusqu’à l’âge de 2 ans. Un ANC de 70 mg par jour de DHA, pour le nourrisson de plus de 6 mois et l’enfant en bas âge, doit permettre d’assurer la continuité de l’accumulation de cet AGPI dans les membranes cérébrales.

Niveau de consommation dans les pays industrialisés

Nous disposons de données récentes de consommations en AGPI concernant les enfants et adolescents vivants dans les pays industrialisés (Australie, Canada et Belgique). Aucune donnée n’est disponible pour la France. De façon globale, il apparaît que la consommation d’acide linoléique est suffisante mais que celle des AGPI n-3 est située en dessous des apports conseillés chez les enfants et les adolescents. Cette situation concerne aussi bien l’acide a-linolénique que les dérivés à longue chaîne EPA et DHA, et est particulièrement marquée chez les adolescents dont la consommation en EPA et DHA reste similaire à celle des enfants.

En conclusion, la consommation d’acides gras n-3, précurseur et dérivés doit être significativement augmentée.

(Pr. Philippe Legrand, Directeur du laboratoire de Biochimie de l'ENSAR, directeur de l'Unité INRA USC 358)

SOURCE : Journées d'Etudes de l'AFDN 2012

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