Qui est végétarien en France ?

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Une enquête menée auprès des clients d'un magasin de produits « bio » donne un aperçu du profil et des motivations de certains végétariens en France. Reste la question - débattue - de savoir si le végétarisme est bon pour la santé : oui peut-être à certaines conditions, et non à d'autres !

« Qui est végétarien en France ? » - Crédit photo : www.inpes.sante.fr Arouna Ouedraogo, sociologue chargée de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA, Ivry-sur-Seine), ne prétend pas que son enquête ait une valeur « démonstrative ». Présentée lors d’un petit déjeuner de l’Institut français pour la nutrition (IFN), elle donne quand même une idée du végétarisme à la française.

Les végétariens – 44 % des clients du magasin bio enquêté - sont de plus en plus nombreux à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie sociale. On trouve parmi eux près de 3 % d’artisans et commerçants, près de 4 % d’ouvriers, 17 % d’employés, 35 % de cadres et professions intellectuelles supérieures, 40 % de professions intermédiaires... Absents notables : les agriculteurs et les chefs d’entreprise... Dans les catégories populaires, ce sont plus souvent les hommes qui sont végétariens. Vivant dans les villes, souvent déracinés, plutôt partisans des médecines douces... Dans les catégories « supérieures », le végétarisme est majoritairement féminin, plus anciennement installé, en rapport souvent avec des attaches en milieu rural. Il est aussi de moins stricte observance. Et la médecine classique n’est pas systématiquement rejetée...

Les motivations des végétariens sont diverses. Mais si on les additionne, elles dessinent une sorte de bréviaire du « refuznik » des sociétés modernes : refus des produits industriels, refus de participer à la pollution industrielle, refus de la « gastronomie bourgeoise », refus de « l’oppression sous toutes ses formes »... L’argument santé est défendu par certaines études scientifiques, indique le Pr Fernand Lamisse (Tours). Moins d’hypertension et de maladies coronariennes.

Moins d’obésité et de diabète, voire moins de certains cancers. Moins de recours aux services de santé... Pour expliquer ces résultats invoqués, on met en avant le rôle des fibres, des antioxydants des fruits et légumes... Mais aussi et peut-être surtout l’exercice physique, et l’hygiène de vie des végétariens (non tabagisme en particulier).

Dans un article récent, Léon Guéguen, professeur émérite à l’INRA, tempère l’enthousiasme des partisans du végétarisme. « Un régime omnivore raisonnable et équilibré, associé aux mêmes règles de vie, conduirait aux mêmes résultats », affirme-t-il. Et de souligner les dangers d’un régime végétarien trop strict. Les protéines d’origine animale apportent tous les acides aminés nécessaires à l’organisme. Il est possible, mais pas toujours facile, de les remplacer à peu près par les associations céréales légumineuses (riz + lentilles, semoule + pois chiches, maïs + haricots rouges, etc).

Mais les risques sont majeurs si l’on supprime aussi les oeufs et les produits laitiers (régime végétalien). Au risque de carence en vitamine B12 (responsable de retards de croissance chez des nourrissons de mères végétaliennes), en fer, en iode, s’ajoute le manque de calcium, du fait de la suppression des produits laitiers. Même les végétariens qui mangent des oeufs et des laitages doivent être prudents. Manger trop de graines, de noix et d’huiles peut déséquilibrer le rapport entre les acides gras (les fameux oméga 3 et 6). Ne pas manger de viande peut parfois entraîner un manque de vitamine B12 et de fer (d’où parfois des anémies graves), surtout chez les femmes, particulièrement si l’alimentation végétarienne est mal conduite....

Prudence donc, recommandent les nutritionnistes. Beaucoup de végétariens se portent bien, tantôt en achetant des suppléments, tantôt parce qu’ils parviennent à un équilibre satisfaisant, accompagné d’un mode de vie sain. Rien n’empêche la majorité silencieuse et omnivore d’en faire autant, tout en continuant à manger de tout !

(Petit-déjeuner scientifique de l’IFN, 13 janvier 2009 - Article de Léon Guéguen : « Omnivore, végétarien, végétalien ? Science et pseudo-sciences, n°283, p. 49-53.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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