Quels sont les facteurs qui influencent précocement l'acceptation des fruits et légumes chez les enfants ?

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L'adoption précoce au cours de la vie d'une alimentation équilibrée, reposant notamment sur une consommation adéquate de fruits et légumes, constitue la base essentielle d'une bonne santé physique, cognitive et émotionnelle à long terme.

Les mauvaises habitudes s’acquièrent tôt...

La consommation de fruits et légumes est associée à la prévention de nombreuses maladies, comme l’obésité(1) et le cancer (2) et diverses autorités sanitaires recommandent d’en consommer cinq à dix portions par jour (3, 4). Chez les adultes, cependant, cette consommation reste très largement inférieure aux niveaux recommandés (5,6) En outre, il est prouvé que les mauvaises habitudes alimentaires s’acquièrent très tôt dans la vie : dès l’âge de deux ans, beaucoup d‘enfants mangent trop de collations sucrées et salées, à la place d’aliments plus sains que représentent les fruits et les légumes (7, 8)

Un véritable défi pour les parents

Pour les parents et les puéricultrices, augmenter la consommation de fruits et légumes chez les jeunes enfants représente un véritable défi car leur prise alimentaire est contrôlée par toutes sortes de prédispositions innées et de préférences individuelles. Par exemple, les enfants ont une aversion innée pour les saveurs amères (9, 10) Ainsi, typiquement, ils évitent les crucifères et les légumes à feuilles. Ils ont en revanche une préférence innée pour les saveurs sucrées qui persiste durant toute l’enfance(11, 12) Mais bien que les fruits soient sucrés, les enfants les évitent également car ils disposent d’une grande variété d’alternatives très appétissantes, de forte densité énergétique, comme les boissons sucrées et les desserts.

Une modification des prédispositions innées

Un autre facteur prédictif de la faible consommation de fruits et légumes (16) est représenté par la néophobie alimentaire (13, 14) (tendance innée à rejeter les nouveaux aliments) (15) qui est surtout marquée entre 2 et 3 ans.

Si ces prédispositions innées servent, en partie, à attirer les enfants vers des sources énergétiques familières, en les détournant des substances toxiques au goût amer, dans le contexte actuel elles peuvent induirent des comportements inadéquats à l’origine d’une diminution de la variété alimentaire et de malnutrition.

Néanmoins, des expériences gustatives précoces, en particulier au cours de la grossesse et l’allaitement, peuvent modifier ces prédispositions innées, améliorant ainsi les préférences de l’enfant et ses habitudes alimentaires à long terme.

Les saveurs du liquide amniotique et du lait maternel

Des études psychophysiologiques ont montré que l’exposition initiale des enfants aux saveurs survient avant la naissance, dans l’environnement intra utérin. Ainsi, les saveurs d’aliments consommés par la mère, comme l’ail (17) modifient le goût du liquide amniotique, qui est inhalé par le fœtus au dernier trimestre de la grossesse. Après la naissance, l’exposition à ces saveurs continue, puisque la saveur du lait maternel reflète également ses choix alimentaires (18)

Les modifications du goût du liquide amniotique et du lait maternel ne sont pas seulement perçues par le fœtus et par le nourrisson. Elles peuvent également influencer leurs préférences alimentaires ultérieures (19, 20) Une étude a montré que les enfants dont les mères avaient consommé du jus de carotte durant la grossesse ou les deux premiers mois de l’allaitement, avaient moins de réticence à consommer des céréales à goût de carotte plutôt que des céréales ordinaires, à l’âge de 6 mois (21) Des expositions précoces aux saveurs via l’alimentation maternelle pourraient amplifier les réponses positives des enfants lors de la diversification alimentaire.

Un moyen de réduire la néophobie alimentaire ?

L’exposition aux saveurs alimentaires dans le liquide amniotique et le lait maternel est peut-être un mécanisme par lequel les enfants apprennent à reconnaître les aliments “sains” réduisant ainsi la néophobie alimentaire et augmentant la propension des enfants à accepter de nouvelles saveurs.

Par exemple, dans une étude où des enfants consommaient un légume vert par jour durant une période de 10 jours, les enfants allaités acceptaient nettement mieux les légumes verts que les enfants au biberon(22) Des travaux ultérieurs ont montré que les expériences alimentaires précoces pourraient avoir des répercussions à long terme. Ainsi, des filles qui avaient été allaitées pendant au moins 6 mois avaient moins de probabilité de restreindre leur choix alimentaire à l’âge de 7 ans (23) Une explication serait que, contrairement aux formules lactées pour nourrissons qui exposent les enfants à des saveurs monotones, l’allaitement offre une grande variété d’expériences sensorielles, qui pourrait faciliter la diversification alimentaire durant la croissance.

Des interactions multiples au cours de la croissance

Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre l’impact des expériences sensorielles précoces sur la consommation future d’aliments comme les fruits et légumes. Il semblerait qu’exposer les enfants de façon répétée à une grande variété de saveurs dans le liquide amniotique et le lait maternel renforce l’acceptation des nouveaux aliments lors de la diversification alimentaire. Le développement des préférences pour les aliments sains débute durant la grossesse et l’allaitement et représente la première, mais non l’unique, manière d’apprendre aux enfants quels sont les aliments acceptés et préférés par leur mère. Au fur et à mesure de la croissance et de la maturation des enfants, ces expériences précoces interagissent avec une multitude d’autres facteurs, dont la plupart dépend des parents. On peut citer des facteurs comme l’hérédité (par exemple la sensibilité au goût amer), (24) les stratégies d’alimentation infantile (16, 25) la disponibilité des aliments (26) et les contraintes sociales pour adopter des habitudes alimentaires saines (27). Ce sont quelques-uns des facteurs qui entrent en jeu et contribuent au développement des préférences “à vie” en faveur des fruits et légumes en particulier et d’habitudes alimentaires saines, en général.

Références :

  1. McCrory MA et al. Am J Clin Nut 1999;69:440-7.
  2. Willett WC & Trichopoulos D. Cancer Causes & Control 1996;7:178-80.
  3. WHO. Technical Report Series No. 916. Geneva, 2003.
  4. US DHHS/USDA. Dietary Guidelines for Americans 2005. 6th ed. Washington, DC: US Government Printing Office; January 2005.
  5. Patterson BH et al. Am J Pub Health 1990;80:1443-9.
  6. Thompson B et al. J Am Diet Assoc 1999;99:1241-8.
  7. Fox MK et al. J Am Diet Assoc 2004;104:s22-30.
  8. Birch LL. J Nut Educ 1979;11:189-192.
  9. Steiner JE. Facial expressions of the neonate infant indicating the hedonics of food-related chemical stimuli. In: Weiffenbach JM, ed. Taste and Development: The Genesis of Sweet Preference. Washington, DC: U.S. Government Printing Office, 1977.
  10. Kajiura H et al. Dev Psych 1992;25:375-86.
  11. Desor JA et al. Preference for sweet in humans: infants, children and adults. In: Weiffenbach JM, ed. Taste and Development: The Genesis of Sweet Preference. Washington, DC: US Government Printing Office; 1977:161-72
  12. Pepino MY & Mennella JA. Chem Senses 2005;30:319-20.
  13. Cooke L et al. Appetite 2003;41:95-6
  14. Wardle J et al. J Am Diet Assoc 2005;105:227-32.
  15. Rozin P. The selection of food by rats, humans and other animals. In: Rosenblatt R et al (eds). Advances in the study of behavior. New York: Academic Press, 1976; 21-76.
  16. Birch LL et al. Appetite 1987;9:171-8.
  17. Mennella JA et al. Chem Senses 1995;20:207-9.
  18. Mennella JA. J Hum Lact 1995;11:39-45.
  19. Hepper P. Int J Prenat and Perinat Psych Med 1995;7:147-51.
  20. Schaal B et al. Chem Senses 2000;25:729-37.
  21. Mennella, JA et al. Pediatrics 2001, 107: e88.
  22. Sullivan SA & Birch LL. Pediatrics 1994;93:271-7.
  23. Galloway AT et al. J Am Diet Assoc 2003;103:692-8.
  24. Mennella JA et al. Pediatrics 2005;115:e216-22.
  25. Sturm R & Datar A. Metropolitan Area Food Prices and Children’s Weight Gain U.S. Department of Agriculture, Economic Research Service, Contractor and Cooperator Report #14, December 2005. (Accessed March 21, 2006 at http://www.ers.usda.gov/Publications/CCR14/ )
  26. Fisher JO et al. J Am Diet Assoc 2002; 102:58-64.
  27. Brown R & Ogden J. Health Educ Res 2004;19:261-71.

(Par Catherine A. Forestell, Equation Nutrition n°56 - Mai 2006)

SOURCE : APRIFEL

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