Quelles recommandations lipidiques pour une bonne prévention cardiovasculaire ?

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Les effets des lipides alimentaires sur le risque coronaire sont en partie expliqués par leurs effets sur les lipoprotéines plasmatiques. Les recommandations nationales préconisent de réduire les apports d'acides gras saturés pour prévenir les infarctus du myocarde. Les fondements de cette recommandation reposent sur les effets des acides gras saturés sur les niveaux de LDL-cholestérol. La diminution des acides gras saturés requiert leur substitution par d'autres nutriments. Pour les acides gras saturés, la question du remplacement par des acides gras poly-insaturés ou par des glucides peut se poser.

« Quelles recommandations lipidiques pour une bonne prévention cardiovasculaire ? » - Crédit photo : www.vendee.fr En règle générale, le remplacement des acides gras saturés par des glucides s'accompagne d'une baisse du HDL-cholestérol et d'une augmentation des triglycérides. Sur le plan coronaire, cette substitution est neutre : le risque coronaire n'est pas modifié. Le remplacement des acides gras saturés par des acides gras polyinsaturés, en revanche, s'accompagne d'une diminution du LDL-cholestérol et du risque coronaire. L'incidence des évènements est moindre chez les sujets consommant des acides gras polyinsaturés que saturés.

Les acides gras polyinsaturés de la famille n-3 forment une autre classe d'acides gras. L'acide linoléique (LA) et l'acide alpha-linolénique (ALA), précurseurs respectivement des acides gras oméga-6 et oméga-3, ne peuvent être synthétisés par l'organisme. Ils sont indispensables à de nombreuses fonctions biologiques. L'acide alpha-linolénique est le précurseur de l'acide éicosapentaénoïque (EPA) et de l'acide docosahexaénoïque (DHA), deux acides gras présents dans les poissons. Les effets des acides gras omega-3 sur les facteurs de risque cardiovasculaire classiques (lipides, pression artérielle, glycémie) sont très modestes à faibles doses, significatifs uniquement pour des apports importants. Les essais randomisés ont montré que les huiles enrichies en EPA et DHA ont un effet ralentisseur sur le rythme cardiaque suggérant des propriétés rythmorégulatrices.

Cependant, les patients présentant des troubles du rythme constitués ne semblent pas tirer profit du traitement par ces acides gras. L'observation des habitudes alimentaires dans la population a permis d'établir des relations entre aliments riches en ALA, EPA, DHA et le risque d'infarctus. Pour l'ALA, les résultats sont mitigés. De plus, les essais randomisés permettant de tester les propriétés de l'ALA sont encore trop peu nombreux pour conclure définitivement. Les résultats sont plus consensuels pour l'EPA et le DHA. La méta-analyse des données de cohortes montrent que la consommation d’acides gras omega-3 à longues chaînes (EPA-DHA) réduit la mortalité, les décès d’origine cardiaque, les taux de mort subite. Un effet sur les accidents vasculaires cérébraux est plus difficile à mettre en évidence en raison de la rareté de ces évènements dans les cohortes de sujets relativement jeunes.

Les données des essais de prévention avec des acides gras omega-3 à longues chaînes montrent une diminution des évènements coronariens, notamment fatals, en prévention secondaire. Ces résultats sont suffisamment pour penser que les EPA et le DHA diminuent les complications fatales, après un infarctus du myocarde. Dès lors, la consommation de poissons, d'EPA et de DHA est recommandée. Ainsi, la consommation d'acides gras polyinsaturés et d'acides gras n-3 à longues chaînes est recommandée pour la prévention des cardiopathies ischémiques.

(Dr Jean Dallongeville, Institut Pasteur, Lille - Session d’actualité médicale en nutrition - MEDEC 2010, 19 mars 2010)

SOURCE : MEDEC 2010

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