Quelles recommandations européennes relatives aux apports en vitamines et minéraux conviendrait-il de réviser ?

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L’Autorité européenne de sécurité des aliments a entamé une réévaluation des recommandations relatives à l’ensemble des micronutriments (vitamines et minéraux). Au sein de la Communauté européenne, 28 micronutriments au moins font l’objet de recommandations nationales. Le Réseau d’excellence EURRECA (EURopean micronutrient RECommendations Aligned), financé par la Commission européenne, a élaboré une stratégie en vue d’identifier les recommandations à réactualiser en priorité.

Pourquoi faut-il des recommandations européennes sur les apports journaliers en vitamines et minéraux ?

« Quelles recommandations européennes relatives aux apports en vitamines et minéraux conviendrait-il de réviser ? » - Crédit photo : Alexandre Glouchkoff Pour éviter les carences et contribuer à une meilleure santé, la plupart des pays ou groupes de pays européens ont établi leurs propres recommandations sur les apports journaliers en nutriments que leur population devrait idéalement consommer [1]. Les valeurs publiées [souvent désignées par l’appellation « apports journaliers recommandés » (AJR, selon le signe anglais), « apports recommandés » ou » valeurs nutritionnelles de référence »] varient souvent considérablement d’un pays à l’autre, parfois du simple au double, même si les besoins physiologiques des différentes populations considérées sont très comparables. Les recommandations en matière d’apports en vitamine A pour un homme adulte peuvent par exemple varier de 700 à 1 000 microgrammes par jour selon le pays [1].

Les raisons de ces écarts ne sont pas toujours très claires. Parmi les explications possibles figurent les différences dans les indicateurs du statut nutritionnel et (ou) les indicateurs de santé utilisés par les experts scientifiques pour décider quels sont les apports adéquats, le type d’études et de références utilisées et la manière dont les données scientifiques sont interprétées et pondérées.

Les variations observées en Europe peuvent déstabiliser ceux qui sont appelés à les utiliser, ce qui est le cas des décideurs politiques, des professionnels de santé ou de l’industrie agroalimentaire. Elles sèment également la confusion parmi les consommateurs, aujourd’hui plus mobiles et issus d’horizons culturels variés [2].

Comment harmoniser l’ensemble des recommandations européennes relatives aux micronutriments ?

L’adoption de méthodes et de concepts scientifiques uniformisés pour analyser les données de manière transparente pourrait permettre d’atténuer ces écarts, lesquels ne devraient plus être motivés que par des facteurs environnementaux locaux reconnus, tel, par exemple, le climat. Pour atteindre cet objectif, EURRECA est sur le point d’élaborer des méthodes scientifiques robustes destinées à évaluer toutes les données scientifiques disponibles. Au nombre des solutions proposées figure notamment le recours à des révisions systématiques et à des méta-analyses de données permettant d’évaluer les relations entre la quantité de micronutriments consommés et différentes répercussions sur l’état nutritionnel et la santé. [2,3]

De l’importance des priorités

L’élaboration de recommandations fondées sur un processus scientifique solide prend énormément de temps. Si tous les micronutriments pour tous les groupes de population étaient examinés en même temps, il faudrait plusieurs années avant que des résultats ne soient publiés, sans compter qu’ils risqueraient d’être déjà périmés avant même leur publication. Il est donc important de fixer des priorités et de décider quelles sont les recommandations qu’il convient de réactualiser en premier [4].

Une approche en trois axes pour identifier les nutriments prioritaires

L’équipe EURRECA a identifié trois critères importants pour justifier une évaluation prioritaire :

  • La publication d’une quantité importante de nouvelles données depuis la dernière évaluation du ou des nutriments concernés ; ces données doivent reposer sur des preuves de grande qualité scientifique et provenir notamment d’essais cliniques contrôlés randomisés portant sur des sujets humains.
  • Les nutriments ayant une importance élevée en matière de santé publique doivent être évalués avant tous les autres. Cela s’applique aux nutriments dont les apports actuels sont jugés inadéquats par rapport aux apports recommandés ou dont le statut dans le bilan nutritionnel des populations étudiées se révèle médiocre. Les données recueillies doivent par ailleurs montrer qu’il existe un lien entre les carences observées et l’augmentation du fardeau de certaines maladies courantes (maladies cardiaques, diabète, cancer ou ostéoporose).
  • Il importe de donner priorité aux nutriments pour lesquels les recommandations actuelles varient considérablement.

Pour chacun de ces trois critères, des indicateurs quantifiables ont été élaborés afin qu’ils puissent être mesurés facilement et de manière fiable [4].

Les 10 nutriments dont les apports recommandés doivent être réactualisés en priorité selon EURRECA

Ce processus a été appliqué par l’équipe EURRECA à différents groupes de population (nourrissons, enfants et adolescents, adultes, femmes enceintes et allaitantes, personnes âgées, personnes en situation de précarité et populations migrantes) et conduit au classement des nutriments à réévaluer. Les 10 nutriments identifiés qu’il convient de réévaluer de toute urgence sont les suivants : vitamine D, fer, folate, vitamine B12, zinc, calcium, vitamine C, sélénium, iode et cuivre4.

Pour plus d’informations, consulter :

  • Article no 60 de Food Today « Étudier les écarts dans les recommandations européennes sur les nutriments »
  • Le Réseau d’excellence EURRECA – EURopean RECommendations Aligned (Alignement des recommandations concernant les nutriments) - réseau d’excellence financé par la Commission européenne (2007 – 2011), numéro de contrat FP6 036196-2 (FOOD) et coordonné par ILSI Europe (Institut international des sciences de la vie).

Références :

  1. Doets EL, de Wit LS, Dhonukshe-Rutten RA, Cavelaars AE, Raats MM, Timotijevic L, Brzozowska A, Wijnhoven TM, Pavlovic M, Totland TH, Andersen LF, Ruprich J, Pijls LT, Ashwell M, Lambert JP, van 't Veer P, de Groot LC. (2008). Current micronutrient recommendations in Europe: towards understanding their differences and similarities European Journal of Nutrition 47 Suppl 1:17–40.
  2. Ashwell M, Lambert JP, Alles MS, Branca F, Bucchini L, Brzozowska A, de Groot LC, Dhonukshe-Rutten RA, Dwyer JT, Fairweather-Tait S, Koletzko B, Pavlovic M, Raats MM, Serra-Majem L, Smith R, van Ommen B, Veer P, von Rosen J, Pijls LT, on behalf of the EURRECA Network. (2008). How we will produce the evidence-based EURRECA toolkit to support nutrition and food policy. European Journal of Nutrition 47 Suppl 1:2-16.
  3. Hautvast JGAJ, Baya C, Amorim Cruz JA, de Backer GG, Ducimetière P, Durnin JVGA, Faivre J, Ghione S, Gibney MJ, Gustafsson JÅ, Haschke F, Leitzmann C, Schroll M, Trichopoulou A, Varela G. (1989). Recommended dietary allowances for Europe. Lancet 2(8673):1220.
  4. Cavelaars AJEM, Doets EL, Dhonukshe-Rutten RAM, Hermoso M, Fairweather-Tait SJ, Koletzko B, Gurinovic M, Moreno LA, Cetin I, Matthys C, van ’t Veer P, Ashwell M and de Groot CPGM. (2010). Prioritizing micronutrients for the purpose of reviewing their requirements: a protocol developed by EURRECA. European Journal of Clinical Nutrition 64:S19-S30.

Source : « Conseil Européen de l'Information sur l'Alimentation (EUFIC) »

SOURCE : « Conseil Européen de l'Information sur l'Alimentation

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