Que mangent les Français chaque jour ?

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Que mangent les Français chaque jour ?

L’Anses a présenté les résultats de sa troisième étude nationale des consommations alimentaires, INCA 3 : cette étude effectue tous les 7 ans la photographie de la consommation et des habitudes alimentaires des Français. Les résultats montrent une assiette des français dans laquelle on trouve toujours plus de produits transformés, une nette augmentation des compléments alimentaires, encore trop de sel et surtout pas assez de fibres.

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L’étude INCA 3 a été menée entre février 2014 et septembre 2015, sur le territoire français métropolitain auprès de 5 855 individus, répartis en deux échantillons : 2 698 enfants de la naissance à 17 ans et 3 157 adultes âgés de 18 à 79 ans. Parmi ces individus, 4 114 (1 993 enfants et 2 121 adultes) ont décrit leurs consommations alimentaires avec précision sur 2 ou 3 jours (correspondant à 12 200 journées de consommations et près de 290 000 aliments consommés).

Dans l'assiette des Français

Dans l'assiette des Français

En moyenne, les enfants âgés de 0 à 10 ans consomment 1,6 kg d’aliments et de boissons par jour. Cette quantité s’élève à 2,2 kg pour les adolescents âgés de 11 à 17 ans et 2,9 kg pour les adultes âgés de 18 à 79 ans. Les boissons représentent plus de la moitié de cette ration journalière.

Il existe des différences de consommations entre les hommes et les femmes : A tout âge, l’apport énergétique total est supérieur chez les individus de sexe masculin comparés aux individus de sexe féminin : il est plus élevé d’environ 10% chez les garçons, de 17% chez les adolescents et de 38% chez les hommes. D’après l’étude INCA 3, les femmes privilégient yaourts, fromages blancs, compotes volailles, soupes et boissons chaudes tandis que les hommes favorisent les produits céréaliers, le fromage, les viandes et charcuteries, ou encore les crèmes dessert.

Quel que soit l’âge, les fruits et les légumes, ainsi que les yaourts et fromages blancs font partie des 5 premiers contributeurs à la ration journalière solide, dans des proportions variables selon la tranche d’âge. Ils sont complétés par les viennoiseries et biscuits sucrés, ainsi que les pâtes et autres céréales chez les enfants et les adolescents, et par le pain et les soupes chez les adultes.

Les eaux (du robinet et embouteillées) représentent la moitié des boissons consommées par les individus, suivies des boissons à base de lait pour les enfants, des boissons rafraîchissantes sans alcool (BRSA), hors jus de fruits, pour les adolescents ou des boissons chaudes pour les adultes.

L’apport énergétique total suit globalement les mêmes variations selon l’âge que la ration alimentaire. Il s’élève à 1 504 kcal/j chez les enfants âgés de 0 à 10 ans, 1 974 kcal/j chez les adolescents âgés de 11 à 17 ans et 2 114 kcal/j chez les adultes âgés de 18 à 79 ans. L’apport énergétique total augmente progressivement de 0-11 mois à 18-44 ans, pour atteindre 2 200 kcal/j, puis diminue notamment chez les 65-79 ans avec 1 900 kcal/j.


La contribution des macronutriments (protéines, lipides et glucides) à l’apport énergétique sans alcool évolue avec l’âge. Chez les enfants âgés de 0 à 17 ans, l’apport énergétique provient à hauteur de 50% des glucides, de 32-33% des lipides et de 15-16% des protéines.

Chez les adultes, la contribution des protéines et des lipides est légèrement plus élevée (respectivement 17% et 34%) et celle des glucides plus faible (47%) que chez les enfants.

Les produits céréaliers, les produits laitiers, les viandes, poissons et oeufs, et les fruits et légumes contribuent au total à plus de la moitié des apports totaux en énergie (environ 55%), quel que soit l’âge.

Les viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits sucrés ainsi que les sandwichs, pizzas, tartes, pâtisseries et biscuits salés sont aussi des contributeurs majeurs à l’apport énergétique, représentant respectivement 10% à 17% et 5% à 9% des apports énergétiques selon l’âge. Ils figurent également parmi les premiers contributeurs des apports en glucides, protéines et lipides, chez les enfants comme chez les adolescents et les adultes.

Par ailleurs, l’ensemble des produits animaux (produits laitiers, viandes, poissons, oeufs) contribue à environ 60% des apports protéiques, quel que soit l’âge.

Concernant les vitamines et minéraux, les produits laitiers sont d’importants vecteurs de calcium, iode, vitamine D et vitamine B12, en particulier chez les enfants de 1 à 10 ans (respectivement 58%, 44%, 63% et 39%). La contribution des produits laitiers pour ces quatre minéraux et vitamines diminue avec l’âge mais reste toutefois élevée chez les adultes également (respectivement 38%, 20%, 25% et 16%).

Les fruits et légumes contribuent très largement aux apports en vitamine C (entre 65% et 75% selon l’âge), et également en vitamine B9 (entre 27% et 36% selon l’âge).

Une consommation accrue d’aliments transformés

Les aliments transformés regroupent les plats cuisinés et composés de plusieurs aliments. Ce sont les plats constitués à base d’oeufs, de viandes, de poissons, de légumes ou de féculents (céréales, légumineuses ou pommes de terre), mais aussi les jus de fruits et de légumes, les soupes et bouillons, les sandwiches, pizzas et pâtisseries salées. Sont également compris les viennoiseries, pâtisseries et biscuits sucrés, les entremets et crèmes dessert, les glaces, sorbets et desserts glacés, les compotes et fruits au sirop. Les aliments transformés peuvent être faits maison, industriels, de production artisanale et autres (restauration rapide, plats à emporter, etc.).

L’étude INCA 3 met en évidence une part plus élevée de consommation d’aliments transformés dans l’alimentation des Français qu’auparavant. L’étude montre également que les produits agro-alimentaires industriels représentent la majorité de ces aliments transformés consommés par les Français hors restauration (deux tiers chez les enfants et la moitié chez les adultes).

Encore un effort pour le sel et les fibres

Les apports en sucres et graisses ne sont pas interprétés dans ce premier rapport descriptif car ils feront l’objet d’avis ultérieurs de l’Anses. Deux constats peuvent être faits concernant le sel et les fibres.

D’une part, les apports en sel sont estimés à 4,4 g/j chez les enfants de 0 à 10 ans, 6,5 g/j chez les adolescents de 11 à 17 ans et 8,0 g/j chez les adultes de 18 à 79 ans (9 g/j chez les hommes et 7 g/j chez les femmes). Chez les adultes, ces apports restent supérieurs à l’objectif nutritionnel de santé publique fixé par le Programme national nutrition santé, soit 8 g/j en moyenne pour les hommes et 6,5 g/j pour les femmes.

Les principaux aliments contributeurs sont les pains et les produits de panification sèche, les sandwichs, pizzas et pâtisseries salées, les condiments et sauces, les soupes et les charcuteries.

  • Il convient donc de poursuivre et d’amplifier l’effort de réduction des teneurs en sel des aliments engagé par les secteurs professionnels concernés.

D’autre part, les apports en fibres, qui s’élèvent à 13 g/j en moyenne chez les enfants de 0 à 10 ans, 17 g/j chez les adolescents de 11 à 17 ans et 20 g/j chez les adultes de 18 à 79 ans, apparaissent trop faibles par rapport aux recommandations de l’Anses (30 g/j chez les adultes). Les principaux vecteurs de fibres sont les fruits et légumes et les produits céréaliers.

  • Il convient donc de continuer à encourager les secteurs professionnels à augmenter les teneurs en fibres des aliments et à recommander aux consommateurs de privilégier les aliments riches en fibres (fruits et légumes, légumineuses et produits céréaliers riches en fibres).

De plus en plus de consommateurs de compléments alimentaires

Le taux de consommateurs de compléments alimentaires (en incluant les médicaments sources de nutriments) a nettement progressé entre 2006-2007 et 2014-2015, aussi bien chez les enfants de 3 à 17 ans (passant de 12% à 19%) que chez les adultes (passant de 20% à 29%).

En 2014-2015, le taux de consommateurs de compléments alimentaires (hors médicaments sources de nutriments) est de 14% chez les enfants de 3 à 17 ans et de 22% chez les adultes de 18 à 79 ans.

Chez les adultes, il est plus élevé chez les femmes, les individus âgés de 18 à 44 ans et ceux ayant un niveau d’étude élevé. Une saisonnalité de consommation est également observée, avec une consommation plus élevée en hiver.

A noter que les compléments alimentaires sont principalement achetés en pharmacie (78% pour les enfants et 45% pour les adultes) mais l’achat sur Internet s’est fortement développé chez les adultes (passant de 1% à 11%) depuis l’étude INCA 2 (2006-2007).

  • L’Anses rappelle que les compléments alimentaires, même s’ils sont souvent perçus comme anodins par les consommateurs, peuvent, dans certaines conditions, les exposer à des risques. Leur consommation ne doit pas se substituer à une alimentation équilibrée et diversifiée et devrait être assortie de conseils personnalisés auprès d’un professionnel de santé. Par ailleurs, elle recommande de respecter les consignes présentes sur l’étiquetage et d’être très vigilant vis-à-vis des produits mis en avant pour des propriétés « miracles » ou encore vendus en-dehors des circuits traditionnels, notamment sur internet.

  • L’Anses a mis en place depuis 2009 un dispositif de nutrivigilance, dont l’objectif est d’identifier, regrouper et expertiser d'éventuels effets indésirables liés à la consommation des compléments alimentaires (parmi d’autres produits). Ce dispositif contribue à renforcer la sécurité du consommateur. Il a notamment permis d’émettre des recommandations sur une dizaine de produits, parmi lesquels les boissons énergisantes, les compléments alimentaires contenant de la levure de riz rouge, et récemment les compléments pour femmes enceintes et pour sportifs.

  • L’étude plus approfondie des compléments alimentaires consommés dans l’étude INCA 3 permettra éventuellement d’ajuster l’expertise de l’Agence en cernant mieux les consommations.

Une connaissance limitée des repères alimentaires

L’étude INCA 3 a permis d’obtenir des données sur la connaissance des repères alimentaires par la population. A l’exception du repère alimentaire sur les fruits et légumes et du repère sur l’activité physique, seule une part minoritaire de la population connaît les précédents repères du Programme national nutrition santé (PNNS) établis en 2001.

Les adolescents de 11 à 17 ans sont plus nombreux que les adultes à connaître les repères sur les fruits et légumes (74% vs 59%), sur les produits laitiers (38% vs 22%), et sur les féculents (10% vs 7%). A l’inverse, les adultes sont plus nombreux à connaître les repères sur le poisson (36% vs 29%) et sur l’activité physique (71% vs 31%). Enfin, les proportions d’adultes et d’adolescents connaissant le repère sur les viandes, les poissons et les oeufs sont similaires (respectivement 52% et 51%).

Les individus de sexe masculin sont plus nombreux à connaître le repère concernant l’activité physique. Chez les adultes, les femmes sont plus nombreuses à connaître les repères alimentaires que les hommes, exceptés pour les repères sur les fruits et légumes et les féculents.

La connaissance des repères sur les fruits et légumes et sur les produits laitiers est plus faible chez les individus plus âgés. Ils ont en revanche une meilleure connaissance des repères pour le poisson et l’activité physique. Les individus ayant un niveau d’étude primaire ou collège sont moins nombreux à connaître le repère sur le poisson.

A l’exception des repères alimentaires sur les fruits et légumes, et sur les viandes, poissons et oeufs et du repère sur l’activité physique, l’étude INCA 3 révèle que seule une part minoritaire de la population connaît les repères du PNNS établis en 2001, cette part étant en diminution depuis le Baromètre santé nutrition de 2008.

Par ailleurs, l’Anses souligne les fortes variabilités de comportements et connaissances associées au sexe, à l’âge et au niveau social et insiste donc sur la nécessité que les actions de communication s’adaptent à la diversité des situations existantes au sein de la population pour cibler au mieux les messages, en particulier vers les catégories de population montrant les comportements les plus éloignés des recommandations nationales.

SOURCE : ANSES