Quand le sommeil fait pencher la balance...

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Dans les sociétés « modernes », le temps de sommeil diminue et l’obésité augmente. Un peu partout dans le monde, le parallèle est frappant. Par des connections multiples, qui ne sont pas toutes élucidées, la durée du sommeil influe sur les comportements alimentaires et sur la balance énergétique.

Les journées ne suffisent plus. On consacre beaucoup de temps aux travaux de toutes sortes On ne se couche plus avec les poules, à la tombée du jour. On regarde la télé ou l’ordinateur, on passe de plus en plus de temps devant les écrans. On boit du café, du thé, des boissons excitantes. Autant de faits de société d’une grande banalité. La roue de l’histoire ne tournera pas en arrière…

Et le sommeil s’en ressent. De plus en plus court. De moins bonne qualité. Avec des couchers tardifs. Tous ces facteurs interviennent dans l’obésité et jouent sur la balance énergétique. Ils sont associés à une augmentation de la consommation alimentaire et à de moins bons choix nutritionnels. En définitive à un excès d’adiposité et de poids…

Dans notre environnement, favorable à la consommation à tout moment de produits largement accessibles, un sommeil insuffisant semble faciliter l’ingestion de calories de toutes sortes. Le manque de sommeil favorise le grignotage. Le nombre des repas pris au cours de la journée augmente. Avec une préférence accrue pour les aliments hautement énergétiques. Et se coucher tard augmente le risque d’apports caloriques supplémentaires durant la soirée.

Moins de sommeil, plus d’apports énergétiques

Plusieurs études énumèrent les mécanismes par lesquels un sommeil insuffisant peut augmenter la consommation calorique. Une courte durée de sommeil laisse plus de temps et donne plus d’occasions de manger. Elle peut être liée aussi à des difficultés psychiques. Elle peut s’accompagner d’une plus grande sensibilité à la nourriture et à son rôle récompensant.

Elle peut entraîner une plus grande désinhibition vis-à-vis des prises alimentaires et de l’acte de manger. On fait aussi l’hypothèse que lorsqu’on dort moins, il faut plus d’apports énergétiques pour veiller plus longtemps. Enfin, plusieurs études suggèrent que le manque de sommeil modifie les hormones de l’appétit : les taux de ghréline (favorable à l’appétit) augmentent, les taux de leptine (qui limite l’appétit) diminuent. La sensation de faim et l’appétit augmentent, avec en particulier une plus grande attirance pour les glucides.

Dans la prise en charge de l’obésité, les professionnels de santé s’intéressent prioritairement à l’alimentation et à l’activité physique. Pour les chercheurs, le sommeil ne devrait sans doute pas être négligé : il fait partie du mode de vie et n’est pas sans conséquences. Un temps de sommeil de 7 à 8 heures par nuit semble favoriser l’équilibre énergétique. On devrait aussi sans doute s’intéresser plus aux aliments favorables au sommeil, censés agir sur les hormones et neurotransmetteurs cérébraux. Dans les pays occidentaux, par exemple, le lait est considéré traditionnellement comme une boisson qui aide à s’endormir…

Pas assez ou trop : on risque le syndrome métabolique !

Plusieurs études épidémiologiques témoignent qu’un temps de sommeil trop court –ou trop long – a des conséquences néfastes sur la santé. La durée de sommeil a été mise en relation avec l’obésité, le diabète, l’hypertension artérielle, les maladies cardiovasculaires, les décès prématurés…. Confirmation aujourd’hui avec une synthèse des études portant sur le syndrome métabolique, qui associe obésité abdominale, anomalies des taux de lipides et de glucides sanguins, pression artérielle élevée… Les adultes qui dorment moins de 5 à 6 heures ou plus de 8 à 10 heures ont un plus grand risque d’être atteints par ce syndrome.

Adolescents : bien dormir pour manger mieux

Plus les ados avancent en âge, plus ils ont tendance à réduire leur temps de sommeil. Avec, entre autres conséquences, un plus grand risque d’excès de poids. L’étude HELENA, menée chez des adolescents de 8 villes européennes, établit un lien entre la durée du sommeil et l’adiposité. Un nouveau volet de cette étude montre aujourd’hui que le gain de poids lié au manque de sommeil est en rapport avec une alimentation de moindre qualité nutritionnelle.

L’index de qualité alimentaire utilisé insiste sur la variété et les apports d’aliments riches en nutriments, vitamines et minéraux utiles : fruits, légumes, produits laitiers. Au détriment des apports d’aliments trop énergétiques et de faible intérêt nutritionnel : fast-food, snacks sucrés et salés, boissons sucrées, etc. Par rapport aux adolescents qui dorment au moins 9 heures par nuit, ceux qui dorment moins de 8 heures ont des comportements et des choix alimentaires beaucoup moins favorables à la santé. Et ceux qui dorment entre 8 et 9 heures par nuit ont aussi des progrès à faire !

Références

  • Chaput JP. Physiol Behavior 2013 ; DOI : 10.1016/j.physbeh.2013.09.006.
  • Ju SY, et al. Nutr Diabetes 2013 ;3 :e65. DOI:10.1038/nutd.2013.8.
  • Bel S, et al. Br J Nutr 2013; 110; 949-959. DOI: 10.1017/S0007114512006046.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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