Quand le fast food s'invite à l'hôpital...

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II n'y a pas (encore) de fast food dans les hôpitaux en France. Aux Etats-Unis : si ! Une étude récente, publiée dans le journal officiel de l'académie américaine de pédiatrie s'interroge sur les conséquences de l'incursion de Mac Donald's dans les hôpitaux pédiatriques américains.

100 à 125 Calories de plus

« Quand le fast food s’invite à l’hôpital... » Les Etats-Unis sont un pays de paradoxes. D’un coté, ils comptent 200 000 fast food dont le montant des ventes s’est élevé en 2005 à 135 milliards de dollars. Les compagnies de restauration rapide sont particulièrement attentives à la population enfantine : elles leurs offrent des jouets, mettent à leur disposition des aires de jeux, s’implantent particulièrement dans les lieux fréquentés par les enfants - entre autres, les écoles et les hôpitaux pédiatriques...

D’un autre coté, l’obésité infantile connaît, outre Atlantique, une progression fulgurante. Le surpoids est devenu la principale pathologie de l’enfant, avec près d’un tiers des enfants de 2 à 19 ans présentant une surcharge pondérale. Or, la consommation de fast food est considérée comme un des multiples facteurs à l’origine de l’épidémie d’obésité chez l’enfant. 30 à 50% y vont régulièrement et on a pu chiffrer que, quand un enfant mange au fast food, il consomme en moyenne 100 à 125 Calories de plus que quand il n’y va pas....

Bon. Rien de très nouveau. Sauf que les enfants, comme partout, sont parfois hospitalisés. Or il se trouve que les hôpitaux américains impliquent les compagnies de fast food dans leurs stratégies marketing. Ils installent même des points de vente de restauration rapide dans leurs murs. Pourquoi ? Pour améliorer leur environnement, le rendre plus attractif pour les patients et (last but not least...) accroître leurs ressources.

Selon une enquête réalisée en 2001, 38 % des hôpitaux américains hébergent un fast food qui est perçu par les patients et le personnel comme un endroit ou l’on se nourrit rapidement, pour pas cher, avec des menus familiers et fiables. D’un autre coté, l’hôpital apporte au fast food une certaine crédibilité et une image bénéfique en termes de santé.

30% des hôpitaux hébergent un fast food

Partant de ces données, des pédiatres de l’université de Chicago ont mené une double enquête : l’une pour évaluer la prévalence réelle (point de vente) ou figurée (par des logos et des produits dérivés) des compagnies de fast food dans les services hospitaliers pédiatriques américains ; l’autre pour évaluer comment l’environnement hospitalier affecte les achats et la perception du fast food.

Pour la première enquête, ils ont interrogé les responsables des 200 hôpitaux possédant des programmes de résidences pédiatriques en leur demandant s’ils hébergeaient un fast food ou étaient affiliés à une maison Ronald Mac Donald (résidence temporaire pour les familles d’enfants-hospitalisés).

Résultats : un fast food était présent dans 59 hôpitaux sur 200, soit 30 % (surtout les services qui avaient le plus grand nombre de lits). En outre, 60 % des hôpitaux étaient affiliés à une maison Ronald Mac Donald, indépendamment de la présence d’un fast food dans l’hôpital.

4 fois plus de chance de consommer Mac Do

Les auteurs ont ensuite effectué une enquête dans les 3 hôpitaux pédiatriques de la région de Chicago : l’un possédant un Mac Do (hôpital M), l’autre non mais utilisant les logos et produits de la marque Mac Donald’s (hôpital R), le troisième ne faisant aucune référence à la marque (hôpital X). Ils ont interrogé les parents accompagnés d’enfants à la sortie de l’hôpital.

Près de 400 sujets (en majorité des mères de famille d’une quarantaine d’années) ont été enquêtés. Parmi les questions posées : "Avez-vous acheté de la nourriture au fast food aujourd’hui ?" et "Avez-vous mangé ou acheté chez Mac Do aujourd’hui ?" et "Si oui, était-ce au Mac Do de l’hôpital ?".

Si en moyenne, 42 % des personnes ont répondu être allé au fast food le jour de l’enquête, il y avait de grandes différences entre les 3 hôpitaux. On s’en doute, la fréquentation de fast food était près de 2 fois plus élevée dans l’hôpital M qui possédait un Mac Do (56 % contre 29 % hôpital R et 33 % hôpital X). L’écrasante majorité (83 %) avait acheté la nourriture au Mac Do « du coin » c’est-à-dire de l’hôpital. Principaux arguments avancés : la localisation et la préférence des enfants. Globalement, les personnes ayant fréquenté l’hôpital M (possédant un Mac Do) avait 4 fois plus de chance de consommer Mac Do que celles des 2 autres hôpitaux... En outre, si les 3 hôpitaux disposaient d’une maison Ronald Mac Donald, la présence d’un Mac Do ou de logos Mac Do augmentait nettement la perception par le public que Mac Do aidait financièrement l’hôpital.

Une influence certaine sur la perception des qualités nutritionnelles des fast food

Les auteurs se sont également intéressés à la perception de la nourriture Mac Do selon les hôpitaux. Quand un Mac Do était présent dans l’hôpital, les visiteurs étaient deux fois plus enclins à considérer que la nourriture Mac Do était saine par rapport à ceux des autres hôpitaux. Preuve que le marketing, ça marche !

L’académie américaine de pédiatrie prône le marketing social pour développer les bons choix alimentaires chez les enfants. On peut se demander, comme les auteurs, si la présence de fast food dans les hôpitaux pédiatriques ne va pas à l’encontre des messages santé... Les hôpitaux qui hébergent des fast food visent sans doute moins la promotion de la santé publique que celle de leur image et de leur santé financière. Principal problème soulevé par cette étude ? Ce n’est pas que les parents et ies enfants mangent des hamburgers et des frites à l’occasion d’une hospitalisation. Non. C’est celui de la caution santé apportée à l’image du fast food quand celui ci est implanté à l’hôpital et de la perception faussée qu’ont les parents d’une alimentation - au final - pas très recommandable.

Sources et références :

D’après "Marketing fast food : impact of fast food restaurants in children’s hospitals" Hannah B. Sahud et al., Pediatrics 2006; 118; 2290-2297.

(Dr Thierry GIBAULT - Endocrinologue, Nutritionniste - Equation Nutrition n°67 - mai 2007)

SOURCE : APRIFEL

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