Qu'est-ce que le modèle alimentaire Français ?

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En parallèle d'un dicours alarmiste sur l'état actuel des habitudes alimentaires, les voix s'élèvent peu à peu pour défendre le modèle alimentaire français comme protecteur de la santé, notamment de la prévention de l'obésité. Parmi les piliers de ce que l'on pourrait définir comme le modèle alimentaire français, on retrouve la diversité alimentaire et la commensalité.

En 2008, l'ouvrage du socio-anthropologue Claude Fischler [1] montrait que les pays où le libre choix était le plus valorisé étaients également ceux où l'anxiété concernant l'alimentation était la plus forte. Il réaffirmait ainsi une hypothèse forte, celle que la culture et la tradition alimentaire en France protégeraient d'une certaine surconsommation alimentaire.

Cette hypothèse a été reprise récemment dans le Programme National pour l'Alimentation [2] et par le CREDOC [3] pour contribuer à expliquer une plus faible prévalence de l'obésité en France par rapport aux Etats-Unis (respectivement 14.5 % [4] et 26.7 % [5] des adultes français et américains.

Qu'est-ce que le modèle alimentaire ?

Il n'existe pas de définition officielle. Par contre, nous savons aujourd'hui que dans toute culture, l'alimentation se déroule selon des protocoles imposés par la société [6]. Ces règles informelles de la société déterminent non seulement la diversité de l'alimentation (en termes d'aliments comestibles ou non comestibles, de plats et de boissons consommées) mais aussi la commensalité (le fait de manger ensemble), les lieux et les horaires des repas et la séquence de ceux-ci (contiennent-ils entrée, plat, fromage, dessert ?). Ainsi le modèle alimentaire va bien au delà de la nature des aliments consommés dans une culture, intégrant également les manières de table et autres savoir-faire.

Les tendances fortes et durables du modèle alimentaires

Tout d'abord, la diversité des aliments consommés en France en fait une caractéristique importante du modèle alimentaire. Certains pays comme la Grèce et l'Italie se distingues par une consommation élevée de produits végétaux (hors pomme de terre). On consomme particulièrement des pommes de terre, des produits animaux, transformés et raffinés en Hollande et en Allemagne. La France a pour particularité le fait qu'aucun aliment ne ressort comme étant plus consommé, par comparaison avec les autres pays européens [7].

Autre particularité, pour la majorité des Français, le plaisir de manger est un phénomène social [8]. En pratique, 8 repas sur 10 sont des repas conviviaux [9] ! Cette commensalité a une vraie fonction d'apprentissage des règles de vie en société, comme la politesse ou le partage. Elle a aussi un impact sur la prise alimentaire, phénomène de plus en plus étudié et montrant que les quantités d'aliments consommés diffèrent selon la présence de convives et selon leur familiarité [10].

Cette commensalité est possible car les Français mangent dans des horaires beaucoup plus resserrés que dans d'autres pays. On observe ainsi un pic du nombre de personnes prenant leur déjeuner entre 12 et 13 h et leur dîner en 19 et 21 h [9]. Le fait de manger en dehors des repas appelé selon les cas "snacking" ou "grignotage", n'est pas si commun que l'on pourrait s'imaginer. Seulement 10% de l'alimentation est consommée hors-repas, contre le double aux Etats-Unis.

Il semblerait aussi que cette consommation hors-repas soit stable. Le Baromètre Santé Nutrition 2008 indique même une régression du "grignotage", passant de 8.8 % en 2002 à 5.6 % en 2008. Notons que les consommations hors-repas restent très difficile à quantifier dans les études, du fait de leur caractère informel, et que les impacts du "hors-repas" sur la santé sont sujet à controverses.

En parallèle, ce modèle alimentaire évolue à la fois sans le type d'aliments consommés mais aussi dans la cuisine et la structure des repas, ainsi que dans les valeurs attribuées à l'alimentation en France.

Références :

  1. Fischler C. Manger : Français, Européens et Américains face à l'alimentation. Editions Odile Jacob, Paris, 2008.
  2. Ministère de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche. Le Programme National pour l'Alimentation (PNA), septembre 2010.
  3. CREDOC. Tavoularis G. Mathé T. Le modèle alimentaire français contribue à limiter le risque d'obésité. Consommation et Modes de vie N°232, septembre 2010.
  4. Enquête Obépi-Roche 2009
  5. Behavioral Risk Factor Surveillance System (BRFSS), 2009.
  6. Poulain J-P. Manger Aujourd'hui. Attitudes, normes et pratiques. Editions Privat, Paris 2002.
  7. Données de l'étude "European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition" (EPIC).
  8. Dupuy A. Poulain J-P. Le plaisir dans la socialisation alimentaire. Enfance 2008/3 (Vol 60).
  9. CREDOC. Enquête CCAF 2007.
  10. Belliste F. Influence of dietary restraint and environmental factors on meal size in normal-weight women. A laboratory study. Appetite, 2010. Pliner P. The effects of degree of acquaintance, plate size, and sharing on food intake. Appetite, 2009. Roemmich JN. White TM. Paluch R. Epstein LH. Energy intake, parental control of children's eating and physical activity in siblings discordant for adiposity. Appetite, 2010.
(Par Julie Mayer, Sociologue - La Lettre Faxée de Nutrition ® - Février 2011)

SOURCE : Groupe Protéines

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