Publicité et obésité infantile : le renoncement ?

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Pour freiner la progression de l'obésité parmi les plus jeunes, limiter la publicité pour les produits gras et sucrés à la télévision est une priorité. La charte de « bonne conduite » signée par les annonceurs, les chaînes et l'industrie agroalimentaire n'aura que peu d'effets dans ce sens.

« Publicité et obésité infantile : le renoncement ? » Les ministres de la Santé et de la Culture ont fait montre d’une belle unité de façade, mercredi dernier, au moment d’apposer leur signature au bas de la charte « pour promouvoir une alimentation et une activité physique favorables à la santé dans les programmes et les publicités diffusés à la télévision ». En réalité, en approuvant ce texte rédigé de A à Z par les publicitaires et les représentants de l’industrie agroalimentaire, le ministère de la Santé a perdu la main et laissé le champ libre à la publicité pour les produits gras et sucrés, y compris pendant les émissions pour enfants et en début de soirée.

Car les engagements inscrits dans la charte sont tout simplement insignifiants : les programmes courts consacrés à la nutrition et aux bons comportements alimentaires, qui seront réalisés par les chaînes ou les annonceurs sous le contrôle du CSA, équivaudront à seulement 14 secondes par heure. Contre 12 minutes de publicité autorisée. Et ce déséquilibre ne sera en aucun cas compensé par les messages sanitaires émanant du ministère de la Santé et de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) : le rabais de 60 % qui leur sera accordé à l’avenir ne changera pas radicalement la donne, tant le budget marketing de l’industrie alimentaire est supérieur au leur. En clair, le prix des espaces publicitaires restera trop élevé pour permettre le développement d’une véritable communication institutionnelle sur la nutrition.

Initiatives muselées

Plus fort encore, la charte réussit l’exploit de museler toute initiative visant à réguler de façon contraignante la publicité pour les aliments qui favorisent le plus l’obésité et le surpoids. Le document stipule en effet que les engagements sont pris pour 5 ans, sous réserve que le cadre législatif et réglementaire soit gelé. Les signataires s’assurent ainsi que l’amendement interdisant la publicité pour les produits trop gras et trop sucrés aux heures de grande écoute, qui viendra en discussion début mars au Parlement, n’aboutira pas. Et ce malgré l’évidence, martelée par l’ensemble de la communauté scientifique depuis près de 10 ans et relayée par les associations de consommateurs : pour juguler l’obésité infantile, il faut éduquer les enfants et moraliser la publicité.

(Par Anne-Sophie Stamane)

SOURCE : UFC-Que Choisir

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