Probiotiques et santé

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Nous ingérons chaque jour un grand nombre de bactéries vivantes. Parfois celles-ci ont une présence fortuite dans nos aliments, comme dans les légumes, les fruits frais ou même certaines eaux en bouteilles. Pour d'autres aliments, les bactéries sont introduites volontairement et interviennent dans la transformation du produit : saucisson, fromages et laits fermentés. Les plus importantes consommations de bactéries proviennent des yaourts et laits fermentés; leur nombre est de l'ordre de 100 millions de bactéries/gramme et la consommation quotidienne dépasse souvent les 200 grammes. Depuis plus d'une dizaine d'années, de nouvelles bactéries probiotiques ont été introduites dans les laits fermentés.

Depuis plus d'une dizaine d'années, de nouvelles bactéries, appelées probiotiques, ont été introduites dans ces produits. Elles en modifient le goût ou la texture mais surtout elles sont choisies pour induire des effets bénéfiques sur la santé humaine. Les produits contenant des probiotiques, micro-organismes vivants, pourraient, lorsqu'ils sont ingérés en quantité suffisante, exercer un effet positif à prendre en compte sur la santé, au delà des effets nutritionnels traditionnels.

Le yaourt nature, premier probiotique

Le yaourt est obtenu par la fermentation du lait, à l'aide de deux bactéries, Lactobacillus bulgaricus et Streptococcus thermophilus. Les deux bactéries se retrouvent vivantes dans le yaourt. L'appellation yaourt ou yoghourt est réservée aux produits issus de ces deux ferments lactiques. Si d'autres ferments sont utilisés, à la place ou en complément (Lactobacillus casei par ex.), le produit est simplement baptisé "lait fermenté".

Il a été démontré que la consommation de yaourt améliore la digestion du lactose et élimine les symptômes de l'intolérance au lactose. Ces qualités font du yaourt classique un probiotique.

Quelques exemples de probiotiques disponibles sous forme de laits fermentés, de compléments alimentaires ou médicaments

Bifidobactéries :

  • Bifidobacterium lactis Bb12
  • Bifidobacterium animalis DN 173 010
Lactobacilles :
  • Lactobacillus casei DN114 001
  • Lactobacillus acidofilus
  • Lactobacillus rhamnosus GG
Ultralevure :
  • Saccharomyces boulardii

Quelques effets bénéfiques chez l'homme de probiotiques alimentaires

Effets cliniques préventifs et thérapeutiques

  • sur l'allergie / l'eczéma atopique : démontré
  • sur les diarrhées infectieuses : démontré
  • effets limités sur les MICI (*) : démontré
  • sur la pathologie liée à Helicobacter pylori (ulcère stomacal) : fortement probable
Effets sur les fonctions physiologiques
  • digestion du lactose : démontré
  • effet sur le transit intestinal : démontré
  • effets sur certains marqueurs de l'immunité : démontré
Effets non démontrés
  • effets sur la réduction du cholestérol sanguin
  • réduction du risque de cancer
  • ré-équilibrage du microbiote digestif

(*) MICI : Maladies Inflammatoires Chroniques Intestinales

Les effets dépendent des souches (par exemple le Bifidobacterium bifidum souche Bb12 n'est pas équivalent à tous les Bifidobacterium bifidum) et la matrice alimentaire qui contient le probiotique peut jouer un rôle sur sa physiologie et ainsi sur son effet concernant la santé humaine.

Le rééquilibrage de la flore est souvent invoqué mais le plus souvent il ne se traduit que par la détection dans les selles du probiotique ingéré pendant la consommation du produit.

Les bénéfices santé affichés par les industriels (allégations) doivent être soutenus par des recherches de qualité publiées dans de bonnes revues scientifiques.

Survie des probiotiques dans l'environnement digestif

Les bactéries lactiques sont adaptées à une croissance et à une survie dans du lait ou dans des milieux dérivés du lait. Elles survivent à l'acidité du produit fini mais doivent pour cela changer leur métabolisme.

Dans le tube digestif, les conditions d'environnement sont très différentes du produit laitier. Dans l'estomac, l'acidité peut être très élevée mais une part importante des bactéries lactiques est évacuée avec les premières vidanges gastriques et elles atteignent rapidement l'iléon (segment terminal de l'intestin grêle), en une à deux heures après le repas. Dans l'intestin grêle, les sels biliaires, les enzymes pancréatiques et des défensines (petites protéines, ou peptides, qui se collent à la surface des bactéries et les tuent en altérant leur paroi) produites par les cellules de l'intestin grêle peuvent réduire la viabilité des bactéries lactiques. Dans le colon, les bactéries lactiques se trouvent confrontées à un microbiote qui leur est 1 000 à 10 000 fois supérieur en nombre et qui peut avoir des actions sur la viabilité et la physiologie bactérienne.

Pour comprendre comment les bactéries lactiques réagissent à cet environnement digestif complexe, il faut pouvoir disposer de modèles animaux assez proches de l'homme et d'outils de biologie moléculaire permettant d'étudier la physiologie bactérienne.

Le microbiote dominant de l'homme est très différent de celui des principales espèces animales domestiquées. Par exemple, les rongeurs possèdent un microbiote dominant riche en lactobacilles alors que ceux-ci sont détectés en petit nombre chez l'homme. C'est pourquoi des modèles de rongeurs, initialement sans germe, puis colonisés avec un microbiote humain sont développés à l'INRA de Jouy-en-Josas. Chez ces animaux maintenus sous bulle sans contact avec des contaminants extérieurs, l'équilibre des genres microbiens est proche de celui de l'homme. Les animaux sans germes peuvent aussi être utilisés pour étudier l'adaptation d'une souche en absence de tout autre germe ainsi que les effets qu'elle induit sur la physiologie de son hôte.

Grâce à ces modèles animaux, les chercheurs de l'INRA ont pu étudier la survie d'une souche de Lactobacillus casei dans le tractus intestinal. Ils ont montré que non seulement ce probiotique était capable de survivre, mais également qu'il était capable de moduler son métabolisme pour s'adapter à l'environnement digestif de l'homme.

Des essais cliniques chez l'homme ont récemment apporté des arguments solides suggérant que des probiotiques pourraient, dans un avenir proche, occuper une place dans le traitement de certaines situations cliniques des Maladies Inflammatoires Chroniques Intestinales, notamment la prévention des rechutes. De nombreux essais thérapeutiques sont actuellement en cours et des données s'accumulent qui permettront de mieux comprendre les mécanismes d'action des probiotiques et l'interface entre bactéries et cellules humaines au centre de la physiopathologie de ces maladies.

Cependant, la distinction doit être faite entre ce qu'on peut attendre d'un médicament et d'un aliment. Ainsi, un aliment qui réduit légèrement un risque ne doit par être confondu avec un médicament qui soigne un dysfonctionnement.

(Unité de recherche "Écologie et physiologie du système digestif", départements "Microbiologie et chaîne alimentaire" et "Alimentation humaine")

SOURCE : Service Presse INRA

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